Coup de tonnerre au Burundi : Nkurunziza se retire du pouvoir en 2020

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Des millions de Burundaises et Burundais sont sous le choc, un terrible choc. En effet, hier jeudi 07 juin 2018, dans son message à la Nation délivré à partir de la localité de Bugendana, au centre du pays, le président Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il n’allait pas
briguer un quatrième mandat, après celui en cours, qui s’achève en 2020. La surprise est de taille, car cette décision inattendue est intervenue quelques heures seulement après qu’il a promulgué la nouvelle Constitution, laquelle a fait passer la durée du mandat
présidentiel de 5 à 7 ans et remis les compteurs à zéro, ce qui lui laisse la latitude de postuler pour deux nouveaux mandats, jusqu’à l’horizon 2034.

Cela paraissait d’autant évident qu’il venait de faire adopter, par référendum, le 17 mai 2018, la nouvelle loi fondamentale du pays, sur fond d’un bain de sang, d’arrestations et détentions arbitraires de plusieurs opposants et leurs militants, ainsi que du départ en exil de plusieurs dizaines de milliers de Burundais, en plus des 240.000 ayant fui le pays en 2015, au lendemain de sa réélection controversée pour un troisième mandat.
Que s’est-il passé pour que celui qui s’était fait proclamer, en mars
2018, « Guide Suprême Eternel » et soutenait qu’il était oint par Dieu
pour rester éternellement au pouvoir au Burundi fasse subitement volte
face ? Aucun analyste politique ni aucun membre de son pré-carré n’est
en mesure d’élucider le mystère.
Selon l’explication qu’il a bien voulu fournir à ses concitoyens,
Pierre Nkurunziza a prétendu, dans son fameux discours à la Nation,
qu’il aurait juré, lors de sa prestation de serment, avant l’entame de
son troisième mandat, que c’était le dernier qu’il exerçait à la tête
du Burundi. Autre engagement pris par l’homme fort de Bujumbura en
marge de l’annonce fracassante de son retrait du pouvoir en 2020,
c’est celui de soutenir « de toutes ses forces et de toute son
intelligence » le candidat qui lui succédera au terme de l’élection
présidentielle de l’année précitée.
Pierre Nkurunziza a également soutenu qu’en prenant la décision de
quitter le fauteuil présidentiel en 2020, il voudrait envoyer un
signal fort à ses compatriotes, à savoir que la Constitution révisée,
qui plafonne les mandats présidentiels à deux mais porte leur durée à
7 ans, n’était pas taillée sur sa personne.

Prolongation illégale  de mandat

On rappelle que l’ex-futur président du Burundi, élu au second degré
le 19 août 2005 au niveau du Parlement, sous le ticket du CNDD-FDD
(Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Force de Défense de
la Démocratie), fut réélu le 28 juin 2010 avec un score à la
soviétique, soit 91,6 %.
Selon l’article 96 de la Constitution de son pays, il devait rendre
définitivement le tablier en 2015, à l’expiration de son second et
dernier mandat. Mais, il avait trouvé le moyen de « glisser », sans
raison objective. Son propre parti avait éclaté en deux. Quant à
l’Opposition, elle avait lancé des actions de protestation à travers
tout le pays. Le climat politique et social était si pollué qu’une
tentative de coup d’Etat militaire, vite étouffée dans l’œuf, était
même enregistrée le 13 mai 2015.
Initialement prévue le 26 juin 2015, l’élection présidentielle était
finalement repoussée et organisée le 21 juillet 2015, dans un
environnement de chasse systématique aux ennemis du régime et aux
médias de l’opposition, jugés hostiles au pouvoir. Afin de ne pas
énerver le peuple burundais, la Commission Electorale Nationale
Indépendante avait préféré donner à Pierre Nkurunziza un score presque
moyen soit 64,41 % des suffrages, contre des challengers de pacotille.

Partira… partira pas ?

Certes, Pierre Nkurunziza, orginaire de la province de Ngozi, au nord
du Burundi, et né le 18 décembre 1964, a annoncé publiquement sa
décision de quitter le pouvoir en 2020. Mais dans son propre pays
comme en dehors de celui-ci, les esprits restent sceptiques, tant
l’homme est connu pour le non respect de la parole donnée. L’on se
rappelle qu’avant sa réélection en juin 2018, il s’était affiché comme
le candidat du dialogue, de la reconstruction, la réconciliation, la
relance économique, de la stabilité politique.
On sait aujourd’hui ce qu’il a fait du Burundi, à savoir un enfer
pour les opposants, les médias, les activistes des droits de l’homme
et des mouvements citoyens, les médias, etc.
D’où, tant que l’échéance de 2020 n’aura pas été atteinte, personne
n’ose croire que l’hôte du Palais de Gitega va effectivement quitter
ses fonctions de Chef de l’Etat et son statut de « Guide Suprême
Eternel ».
Les Saints Thomas vont donc attendre 2020 pour assister à la sortie
de  Pierre Nkurunziza par la grande porte.
Kimp