Dans les coulisses de la marche du 21 janvier 2018 : affaire Dechade Kapangala

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Alors que la guerre des chiffres fait rage entre le gouvernement, qui fait état de deux morts seulement et l’Eglise catholique ainsi que la Monusco, qui soutiennent le bilan de six personnes tuées, c’est présentement la grande confusion autour de la dépouille de Dechade
Thérèse Kapangala Mwanza, la jeune aspirante religieuse catholique fauchée par une balle des forces de l’ordre, en marge de la marche des chrétiens catholiques, le dimanche 21 janvier 2018, dans l’enceinte de la paroisse Saint François  de Sales, dans la commune de Kintambo.

Bien que le gouvernement ait décidé de prendre en charge les obsèques des deux  victimes de la manifestation pacifique organisée par les laïcs catholiques, la famille de Dechade se trouve dans la tourmente.

Visiblement sous le choc, elle décline toute participation financière officielle et tient à enterrer seule sa fille,  sans l’implication de l’Etat. Dans une correspondance adressée au Procureur Général près de la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, la famille dénonce le fait que les préposés
à la morgue centrale de l’Hôtel de Ville de Kinshasa leur ont refusé
l’accès à la dépouille de la disparue, tuée à l’âge de 24 ans, pour
les formalités d’embaument, en vue de la programmation imminente de
ses obsèques.
Il leur a été signifié sur place que seul le Parquet Général près la
Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe était compétent pour autoriser pareille
formalité.
Face à ce blocage, elle a dû s’en remettre rapidement à son avocat
pour une saisine rapide de cette juridiction, dans l’espoir d’un
déblocage rapide de la situation. La famille de Dechade Kapangala, qui
a cessé toutes activités depuis la mort brutale et atroce de la
précitée par balle, voudrait lui rendre l’hommage qu’elle mérite en
tant qu’être très cher et martyre de la démocratie, sans le concours
de tous ceux qu’elle considère comme les commanditaires de son
élimination physique.
Rappelons que le docteur Sondji, présent à la messe du 21 janvier
2018 à la paroisse Saint François de Sales, avait tenté en vain de
sauver la vie de la jeune aspirante fauchée par une balle assassine
tirée paradoxalement par un de ceux qui devaient la sécuriser.
ERIC WEMBA
Lettre de la Famille Kapangala

FAMILLE KAPANGALA
Rue Matadi Mayo n°301
Quartier Itimbiri
Commune de Kintambo
Tél. : 0820730500/0896129021/0813147074
Transmis copie pour information à :
– Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat;
(Avec l’expression de mes hommages les plus déférends)
Palais de la Nation
– Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement
– Son Excellence Monsieur le Vice-Premier ministre, Ministre de
l’Intérieur et Sécurité,
– Son Excellence Monsieur le Ministre d’Etat; Ministre de la
Justice et Garde des Sceaux;
– Son Excellence Madame la Ministre des Droits Humains;
– Son Excellence Monsieur le Gouverneur de la Ville-Province de Kinshasa;
– Monsieur le Commissaire Provincial de la Police/Ville de Kinshasa;
– Monsieur le Bourgmestre de la Commune de Kintambo.
(Tous) à Kinshasa

A Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe
à Kinshasa/Gombe

Concerne : le cas du décès de Dechade-Thérèse Kapangala Mwanza en vue
de la levée du corps de la morgue

Monsieur le Procureur Général,

Nous venons par la présente, auprès de votre autorité, vous faire
part de ce dont l’objet est repris en concerne.
En effet, le dimanche 21 janvier 2018, après sa participation à la
messe à la paroisse Saint François de Sale/Kintambo-Vélodrome, aux
environs  de 10 heures, notre fille Dechade-Thérèse Kapangala Mwanza,
âgée de 24 ans, aspirante à la vie religieuse, a reçu une balle en
plein coeur qui a causé sa mort sur le champ, dans la cour de
l’Eglise, due aux tirs à bout portant d’un agent de la police lors des
événements liés à cette journée.
Nous avons, le même jour et avec l’aide des agents de la Croix-Rouge,
acheminé son corps à la morgue centrale de Kinshasa, dont le badge
d’identification en annexe de la présente.
Mais, le lundi 22 janvier 2018, à notre arrivée à la morgue précitée
pour solliciter l’embaumement, et ainsi programmer les obsèques de
notre fille Dechade-Thérèse Kapangala, il nous a été signifié par les
agents de cette morgue ainsi que ceux du Ministère Provincial de la
Santé, que seul le Procureur Général peut prendre une telle initiative
ou toute autre démarche
C’est ainsi que nous nous référons à votre autorité, car notre
quiétude ne dépend que de la dignité que nous devons réserver aux
obsèques de notre fille qui devra être pleurée par les siens. Cela
permettra également, surtout à d’autres enfants de la famille encore
éleves, en cette période particulière d’examiner, de reprendre leur
vie ordinaire.
Dans l’attente d’une suite que nous espérons favorable, nous vous
prions d’agréer, Monsieur le Procureur Général, l’expression de notre
parfaite considération.

Pour la famille KAPANGALA

Jean-René MABWILO KABUYA
Abbé Joseph MUSUBAO