Contradictions congolaises

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Des femmes venues de tous les coins de la planète se sont données rendez-vous jeudi dernier à Bukavu pour une grande marche de protestation contre les violences sexuelles et toutes autres formes de violences faites à la femme. En appui à cette action, une envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU a déposé, au siège de cette institution, un rapport accablant sur les viols des femmes dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Au nombre des auteurs de ces viols, il y a non seulement des éléments des « forces négatives » nationales et étrangères, mais aussi des membres des forces armées congolaises.  

            S’agissant des accusations portées contre les officiers et soldats congolais, les médias ont enregistré, pendant le week-end, une réaction musclée du ministre congolais de la Défense et des Anciens Combattants, qui accuse la communauté internationale de chercher à saper le moral des troupes congolaises et partant à maintenir le statu quo ante dans les contrées de l’Est passées sous la botte des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) notamment, depuis des lustres.

L’opinion constate que la RDC donne la nette impression de vouloir à la fois une chose et son contraire. En effet, les autorités congolaises sont les premières à dénoncer les massacres, les violences sexuelles, les actes de torture, les incendies des villages… bref les violations graves des droits de l’homme dans la partie Est du territoire national et solliciter le concours de la communauté internationale pour mettre fin à l’insécurité, la grande complice des seigneurs de guerre aussi bien nationaux qu’expatriés.

            Alors qu’elles ne cessent de parler de la « tolérance zéro » contre l’impunité des semeurs de la mort, des violeurs, des pilleurs et autres hors-la-loi qui écument les forêts, vallées, mines et villages du Nord-Kivu, du Sud-Kivu du Maniema et de la Province Orientale, elles sont les premières à se mettre sur la défensive dès lors que sont cités, au palmarès des inciviques, des éléments des FARDC, de la Police Nationale ou des agents des services de renseignements.

            Les démentis systématiques suffisent-ils pour détruire les informations que collectent, sur le terrain, des enquêteurs des Nations Unies, des organisations non gouvernementales nationales ou internationales ? S’il est démontré que la « voix » de la RDC n’est écoutée que d’une manière distraite à New York, à Genève ainsi que dans les capitales occidentales, il y a lieu de s’interroger sur l’opportunité d’une politique visant la négation systématique des faits, souvent avérés, dont les victimes sont des Congolaises et des Congolais.

            Lorsque la première dame de la République se place en première ligne pour faire chorus, avec ses consoeurs de la RDC et d’ailleurs, pour stigmatiser les violences sexuelles, est-il normal d’exiger des preuves aux structures internationales qui mènent le même combat qu’elle, celui de la lutte contre l’impunité et de l’éradication de ce phénomène avilissant pour la dignité de la Congolaise ?

            Le dossier des violences sexuelles et des violations graves des droits humains par quiconque, sur notre territoire, appelle une autre lecture de la part du gouvernement. Il s’agit de se défaire de la langue de bois qui fait que tout le monde se tait face aux antivaleurs dont les piliers se recrutent aussi, malheureusement, parmi des éléments égarés de l’armée et de la police nationale. A force de démentir, la RDC risque de donner, à l’extérieur, l’image d’un pays complice de l’impunité des criminels de guerre, des pilleurs, des violeurs, des voleurs, des démolisseurs des droits de l’homme.                                                                      

Jacques Kimpozo

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