Une contradiction bien congolaise : Katumbi « mapé » mais en liberté

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moiseKatumbiMoïse Katumbi, ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga, se trouve hospitalisé depuis le samedi 21 mai 2016 dans une formation médicale de Johannesburg, en Afrique du Sud, où il est arrivé la veille au soir, à bord d’un avion médicalisé. On laisse entendre qu’il souffre des difficultés respiratoires, consécutives à l’inhalation des gaz lacrymogènes lancés par la police lors des affrontements avec ses sympathisants, le vendredi 13 mai, avant l’audience avortée du Parquet général près la Cour d’Appel de Lubumbashi.

L’autorisation de sortie accordée par la justice à cette personnalité politique placée sous mandat d’arrêt provisoire (MAP) depuis le jeudi 19 mai 2016 fait l’objet de spéculations en sens divers. Spécialistes du droit comme profanes cherchent en vain à comprendre le sens de ce qui s’apparente à une faveur pour un prévenu poursuivi pour « atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’Etat », une infraction passible de la peine à perpétuité.

Quel est l’objectif poursuivi par les autorités congolaises en laissant partir une personnalité accusée d’avoir recruté des mercenaires étrangers en vue de déstabiliser les institutions de la République ? Certains pensent que par ce geste, le pouvoir a tendu à Moïse Katumbi un piège destiné à le décrédibiliser, dans l’hypothèse
où il déciderait de se soustraire à la justice et de ne pas avoir le courage d’assumer ses actes. D’autres, au contraire, y voient une perche offerte au président du TP Mazembe pour se tailler en douceur et ne plus déranger par ses prises de position.

En tous les cas, cette contradiction bien congolaise d’un prévenu « mapé » et laissé en liberté pousse d’aucuns à se demander pourquoi le Parquet général de Lubumbashi s’est précipité à émettre un mandat d’arrêt provisoire à l’endroit de quelqu’un qu’il savait très malade, une semaine après les incidents que tout le monde avait déplorés en son temps.

Quant on pense à d’autres personnalités politiques condamnées ou en détention mais très mal en point et auxquelles on continue de refuser des autorisations de sortie pour des soins à l’étranger, notamment Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo, Christopher Ngoy…on est en droit de se demander si Moïse Katumbi est à considérer comme l’exception qui confirme la règle. Si tel est le cas, des interrogations vont davantage s’accumuler autour de ce qu’on a coutume de qualifier de justice à double vitesse.
Kimp