Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent

0
545

2079173019_small_1Des responsables de fait et leurs fonctions

1. Le Chef de l’Etat, Joseph Kasa-Vubu. régnant sans gouverner, monsieur Joseph Kasa-Vubu a la responsabilité morale pour avoir cautionné la crise institutionnelle, en signant en date du 5 septembre 1960, l’acte portant révocation du Premier Ministre Lumumba et un autre nommant le Président du Sénat Joseph Iléo du MNC/K, Premier Ministre. Il aura violé la Loi Fondamentale sur laquelle reposait sa propre légitimité en tant qu’institution de la République.

Il a attenté à la Sûreté de l’Etat pour avoir contresigné le décret-loi constitutionnel instituant le Collège des Commissaires Généraux en lieu et place du Gouvernement central et du Parlement.

2. Le Gouvernement Iléo pour usurpation et abus du pouvoir. En dépit de n’avoir obtenu la confiance du Parlement, le Premier Ministre Joseph Iléo et ses ministres ont posé des actes de Gouvernement en organisant une chasse à l’homme (à Lumumba et aux Nationalistes), en destituant le Général Victor Lundula de ses grade et fonction, en nommant un nouvel Administrateur en chef de la Sûreté Nationale en la personne de monsieur Victor Nendaka, et en révoquant monsieur Muzungu, en ajournant pour un mois les chambres en date du 14 septembre 10960, etc.

3. Le Chef d’Etat-Major Général, le colonel Joseph-Désiré Mobutu pour détention arbitraire, tortures corporelles et séquestration de messieurs Lumumba, Mpolo et Okito d’abord au camp « 100 maisons » à Léopoldville et ensuite au camp Hardy à Thysville : usurpation et abus du pouvoir par son coup d’Etat de septembre 1950.

4. Le Collège des Commissaires Généraux : pour usurpation du pouvoir en faisant signer au Chef de l’Etat un décret-loi constitutionnel l’instituant comme gouvernement central, neutralisant par le fait même le Parlement, pouvoir constituant et législatif. Il a attenté à la Sûreté de l’Etat en voulant changer le régime constitutionnel. En vertu de la Loi Fondamentale, Messieurs Justin-Marie Bomboko, Président du Collège et Marcel Lihau, Commissaire Général à la Justice, en sont les responsables politiques. Toutefois, certains Commissaires Généraux et Adjoints ont laissé des empreintes dans le dossier sous-examen. Il s’agit de messieurs Albert Ndele, Vice-Président du Collège, Ferdinand Kazadi, Commissaire Général à la Défense Nationale, Jonas Mukamba, Commissaire Général-Adjoint à l’Intérieur, etc.

5. Le Gouvernement sécessionniste du Katanga par son Président Moïse Tshombe, en acceptant le transfert du Premier Ministre, Ministre de la Défense Nationale et Député National, Patrice Emery Lumumba, du ministre de la Jeunesse et des Sports et Député national, le Général Maurice Mpolo et du Président du Sénat, monsieur Joseph Okito à Élisabethville et leur mise à mort. Aussi, ce gouvernement peut-il être tenu pour responsable pour non-assistance à personne en danger.

Des responsabilités à titre individuel

1.  Monsieur Joseph Kasa-Vubu, pour non-assistance des personnes en danger et complicité d’assassinat d’un ennemi politique.

2. Monsieur Joseph Iléo, pour n’avoir pas refusé sa nomination illégale au poste de Premier Ministre ; pour non-assistance aux personnes en danger et pour complicité d’assassinat.

3. Monsieur Justin-Marie Bomboko, pour délation et complot en allant contresigner, en date du 6 septembre 1960, après un Conseil des Ministres de renouvellement de confiance au Premier Ministre Lumumba, l’acte du Chef de l’Etat révoquant ce dernier.

4. Monsieur Joseph-Désiré Mobutu. Pour la trahison du Président du MNC/L auquel il était inscrit au rôle, du Premier Ministre, Ministre de la Défense, dont il était le confident, l’enfant chéri. Pour non-assistance à des personnes en danger et complicité d’assassinat des leaders nationalistes.

5. Monsieur Victor Nendaka. Pour la ruse consistant à enlever les détenus et à les envoyer à la mort et pour complicité d’assassinat des leaders nationalistes.

6. Messieurs Ferdinand Kazadi et Jonas Mukamba pour non-assistance à personnes en danger et pour complicité d’assassinat des leaders nationalistes.

Toutefois, en dépit de certaines conventions internationales, il se dégage que la fin tragique des messieurs Lumumba, Mpolo et Okito a été organisée avec le concours ou sous les soins de beaucoup de puissances et personnalités étrangères.Ce sont :

7. Les Nations-Unies par le truchement de son Secrétaire Général, DAG Hammarskjöld pour non-assistance à  personnes en danger (cfr. Témoignage de monsieur Kamitatu, président provincial de Léo, selon lequel ce dernier avait refusé de lire la lettre de Lumumba envoyée de Thysville).

8. Le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique qui, pour des visées économiques et de contrôle stratégique de l’Afrique recruta par le truchement de son Ambassade un groupe d’hommes politiques pour neutraliser l’expansion communiste et tirer bénéfice des richesses du Congo (uranium, cuivre, etc.). Ce groupe est appelé groupe de Binza. Aussi le Président Eisenhower est-il fortement impliqué pour avoir ordonné, d’après le rapport Church du Congrès américain, l’élimination physique de Lumumba par la CIA.

9. Le Gouvernement du Royaume de Belgique en tant que puissance de tutelle de n’avoir pas su contenir la sécurité bilatérale d’une indépendance bâclée par elle-même intentionnellement. L’ambiguïté de la loi fondamentale fait foi. En dépit des accords du 29 juin 1960, il n’a pas offert aux autorités légitimes qu’il avait installées au Congo une assistance technique et militaire qui aurait permis d’éviter le pire.

Aussi, d’après les témoignages concordants des messieurs Justin-Marie Bomboko et Thomas Kanza, le discours de Patrice Emery Lumumba le 30 juin 1960 n’a pas plu aux autorités belges au point  que monsieur Eyskens souhaitait dès ce jour-là sa déchéance.

Le soutien du Gouvernement belge à la sécession du Katanga par sa reconnaissance officielle comme Etat indépendant avec ouverture d’un Consulat Général constitue autant d’acte infractionnel contre le Peuple du Congo. Sur intervention du ministre belge des Affaires Africaines, monsieur Harold Aspremont, le président Tshombe, acceptera en date du 16 janvier 1961, le transfert des colis.

X. Des recommandations

De ce qui précède, votre Commission recommande :

a) l’ouverture du procès judiciaire sur l’assassinat de messieurs Lumumba, Mpolo et Okito et que les responsabilités soient clairement établies ;

b) en attendant la clôture du dossier et au titre de mesure conservatoire, l’interdiction d’accès à un  mandat public de tous ceux que votre Commission a jugé impliqué dans ce crime pendant cette période de transition ;

c) l’indemnisation par la République des familles des disparus et la décoration d’une médaille de bravoure des orphelins et veuves qui ont gardé haut l’idéal pour lequel leurs parents ont donné leur vie ;

d) la restitution à la famille Lumumba par messieurs Nendaka et Mobutu des biens confisqués, au taux du jour.

e) Qu’une mission officielle avec des experts soit organisée aux fins de reconnaître les lieux du supplice de Patrice Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito et que ces lieux soient décrétés des hauts-lieux de sang patriotique.

f) Que les restes soient exhumés pour une sépulture digne de leur rang.

En ce qui concerne les puissances étrangères, à savoir les Etats-Unis d’Amérique (CIA), la Belgique, la France et les Nations Unies, votre Commission dénonce avec force la complicité, mieux la main-forte prêtée aux dirigeants congolais de l’époque, principalement ceux du groupe dit de Binza, en vue de perpétrer l’odieux forfait sous le prétexte fallacieux de lutte contre l’infiltration du Communisme en Afrique Centrale.

De plus, votre Commission saisit cette occasion pour alerter l’opinion internationale que ceux-là même qui nous enseignent le respect des droits de l’homme et du citoyen contenus dans la Déclaration des Nations Unies, ne puissent « in futurum » rééditer les mêmes erreurs qui ne cadrent pas avec l’opinion démocratique et patriotique grandissante dans le monde.

Dossier n° 2

Assassinat de cinq officiers et dix parlementaires à la prison d’Osio (Stanleyville) le 22 février 1961

Remarque

Nous faisons observer à la Conférence Nationale Souveraine que notre démarche a consisté avant tout à dénombrer les victimes pour ensuite recenser les plaignants et témoins, et enfin ressortir les présumés responsables.

De cette manière, nous avons rassemblé les faits qui nous ont permis de dégager les responsabilités et proposer quelques recommandations.

  1. I.              Les victimes

a) Les officiers de l’Armée nationale congolaise (ANC)

01. Pongo Gilbert, capitaine-commandant, Sûreté nationale

02. Lukusa Pierre, colonel, commandant 3ème Groupement à Stanleyville

03. Kabongo Paul, chef d’Etat-major 3ème Groupement à Stanleyville

04. Bononge Henri, capitaine, officier S.2

05. Mutombo Ferdinand, capitaine, officier S.4.

b) Les parlementaires (MNC/L – Province Orientale)

06. Songolo Alphonse, député national, ministre (Lumumba)

07. Othita Jean-Pierre, député, ministre (Iléo)

08. Azanga André-Gervais, député national en remplacement de Babade

09. Zambi Ernest, député national

10. Baelongadi Victor, député national

11. Danga Cyriaque, député national, indépendant

12. Iloko Victor, sénateur

13. Fataki Gilbert, sénateur

14. Fele Josias, sénateur

15. Mandiongwe M., sénateur (Maurice)

II. Les plaignants

(Les familles concernées et l’Association des orphelins des Parlementaires, Leaders de l’Indépendance)

Il s’agit de :

01. Mme Henriette Kabedi

02. Mme Azanga Lomoko Domitila

03. Mme Pongo Musikanda et fils

04. Iloko Likwendy Bernard

05. Baelongadi Bolio Patrice

06. Echelle Napoléon

07. Rukengeza Muhasha

08. Mandiongwe Membole

09. Mbatayo Sengilo Claude Mathieu

10. Bononge (Fils)

11. Docteur Lulanga Zihindwa François-Xavier

12. Mutambala Nemba Dieudonné*

13. Solomo Bossondo

14. Famille Fele

15. Population des zones de Kimbanseke, Masina et N’Djili

16. la Société civile du Haut-Zaïre.

III. Les personnes retenues pour être entendues

– Ayant répondu à notre invitation et déposé :

1. Monsieur Antoine Gizenga, Vice-Premier Ministre du Gouvernement à Stanleyville

2. Général Michel Utshudi, alors capitaine d’Etat-Major à Stanleyville

3. Monsieur Kashamura Anicet, ministre, commissaire, ambassadeur

4. Général Lundula Victor, alors commandant en Chef de l’ANC

5. Monsieur Nendaka Victor, Administrateur général de la Sûreté nationale

6. Monsieur Bomboko Justin-Marie, président du Collège, ministre des Affaires étrangères ;

7. Monsieur Ndele Albert, Vice-Président du Collège, ministre

8. Monsieur Lengema Dulia marcel, Secrétaire d’Etat dans le Gouvernement Lumumba.

9. Monsieur Christophe Gbenye, ministre de l’Intérieur du Gouvernement Lumumba ;

10. Général Loso, alors Major ;

11. Général Alexandre Singa, alors Commandant du Groupement à Bukavu ;

12. Monsieur Félix Mukuludundu, capitaine et commandant de la prison d’Osio ;

13. Monsieur Bernardin Mungul Diaka, Chef de Cabinet à la Défense Nationale Lumumba

14. Monsieur Paul Yalufi, Conseiller du Premier Bourgmestre Salumu à Stanleyville

– non invités et non citées mais ayant déposé

15. Monsieur Louis Lumumba, ministre de l’Intérieur et de l’Information de la Province Orientale à Stanleyville ;

16. Honorable Moligi Mabanze, rescapé de l’exécution du 21 février 1961 à Osio, Conférencier-délégué des Institutions publiques – Région du Sud-Kivu.

– n’ayant pas répondu à notre invitation : donc pas déposé :

(cette attitude ne nous a pas permis de rencontrer le souci du peuple de connaitre, relire et réécrire son histoire)

17. Colonel Mobutu Joseph-Désiré, alors Chef d’Etat-Major Général et Commandant en chef de l’Armée nationale congolaise

18. Monsieur Amela Lokima Bahati, Gendarmerie ;

19. Monsieur Weregemere Chrisostome., ministre, conférencier ;

20. Monsieur Mandungu Bula Nyati Tony Antoine, ministre

21. Monsieur Manzikala Jean-Baptiste (décédé)

22. Monsieur Salumu Bernard (décédé)

c) Documentation

– Extraits des journaux de l’époque

– CRISP : Congo 1960, Tome II, Congo 1961

IV. CONTEXTE

Demeurée au lendemain de l’indépendance, le fief politique et électoral par excellence de Patrice Lumumba, la Province Orientale représentait le bastion le plus radical, hostile à Léopoldville pendant la crise de l’après septembre 1960.

Les résultats des scrutins de mai 1960 sont éloquents avec la victoire éclatante du Mouvement National Congolais/Lumumba en dépit de la coalition de certains partis tels que le Parti National du Progrès et le MNC/Nendaka, proches des colonialistes, donc des forces conservatrices.

La fidélité du Gouvernement provincial au Premier ministre Lumumba est totale. C’est dans cette province que se situe la Prison d’Osio à 16 kilomètres de Stanleyville.

Le sort réservé dès le 5 septembre 1960 à Patrice Lumumba à travers sa révocation semble constituer le principal détonateur du drame que va vivre cette province.

A Stanleyville, la situation devient confuse entre partisans lumumbistes et leurs adversaires. Ceux-ci, aux yeux de ceux-là, seraient soutenus par le pouvoir de Léopoldville avec l’appui de ses antennes militaires à Stanleyville même. Sur ordre de Léopoldville, le colonel Lukusa libère certains membres du PNP et MNC/Nendaka arrêtés par l’administration locale fortement soutenue par la JMNC/L. A cette occasion, Bondekwe, Lebeaux, Likunga Léon et d’autres encore trouveront leur liberté. Animé par messieurs Finant Jean-Pierre, Président de la Province Orientale, Sabiti, ministre provincial, Babadet, député, Bocheley, Yangara Camille, sans oublier les commissaires de Police Kilanga-Langa, Kanhakoto et Solo Félix, le Gouvernement provincial n’a pas ménagé ses efforts pour étouffer l’opposition locale. Dans cette campagne, les victimes étaient qualifiées de « traîtres » « vendues », « race », « partisans de Tshombe ».

En date du 4 octobre, sur ordre du colonel Mobutu, Chef d’Etat-Major, le colonel Lukusa opère l’arrestation du président provincial Finant à Stanleyville. Ce dernier s’évade pour être ensuite réarrêté le 11 octobre. L’opération touche également le commandant de la Gendarmerie Fataki ainsi que monsieur Camille Yangara, commissaire de district de Paulis, sans oublier le 12 octobre 1960, monsieur Lumumba Louis, frère de patrice Emery Lumumba

Pendant ce temps, arrive monsieur Antoine Gizenga, Vice-Premier Ministre, parti le 1er octobre 1960 clandestinement de Léopoldville avec un ordre de mission signé en bonne et due forme par Patrice Lumumba. Il va tenter dès le 14 octobre d’y établir le Gouvernement légitime de Lumumba qui venait d’obtenir les pleins pouvoirs au Parlement le 13 septembre 1960.

V. Faits incriminés

Pour monsieur Antoine Gizenga entendu par votre commission, les Parlementaires, originaires de la Province Orientale qui s’étaient désolidarisés de Lumumba, donc du MNC/L, dont dix parmi eux, feront le voyage de Stanleyville en vue de fomenter un coup d’Etat et récréer un climat de confiance à la suite de l’arrestation et du transfert à Luzumu de Finani, Fataki et Yangara. Ils seront arrêtés le 17 octobre 1960 à leur descente de l’avion par la vigilance des activistes du MNC/L appuyés par les autorités locales dont messieurs Manzikala, nouveau président provincial et Bernard Salumu, Premier bourgmestre de la ville de Stanleyville. Immédiatement acheminés au camp Ketele, ils seront écroués et envoyés ensuite à la prison d’Osio alors sous le commandement du capitaine Mukulumbu Félix en attendant un procès équitable tel que l’avait recommandé le Premier Ministre Lumumba.

Interrogé à ce sujet par votre Commission, monsieur Yalufi, ancien conseiller de Bernard Salumu, a reconnu avoir été avec son chef à l’aéroport procéder à l’arrestation des parlementaires sur qui une forte somme d’argent et des armes avaient été saisies.

Il y a lieu de souligner ici que lors de l’arrestation de la bande à Songolo, le Gouvernement central de Stanleyville que devrait installer Gizenga n’existait pas encore. La province était sous l’autorité de monsieur Manzikala.

En outre, certains plaignants ont informé votre Commission que cette arrestation avait été dénoncée aux autorités de Stanleyville par monsieur Marcel Lengema Dulia qui aurait filé l’information à messieurs Tony Mandungu et Christophe Gbenye, respectivement ministres de l’Information et de l’Intérieur de Gizenga. Entendu, monsieur Lengema, réfuta ces allégations et, à juste titre. De prime à bord, Mandungu n’a jamais été ministre de l’Information de Gizenga. Les deux concernés n’avaient pas encore atteint Stanleyville durant cette période d’octobre et de novembre 1960. En plus, les déclarations tapageuses de ces parlementaires étaient connues du public et à travers la République par la presse écrite et orale (radio). Ces accusations ont été considérées comme non-fondées, gratuites et sans objet par votre Commission.

Au début du mois de novembre 1960, la confusion est totale à Stanleyville par le comportement contradictoire des gendarmes acquis au lumumbisme ainsi que des militaires du 3ème Groupement proches du groupe de Léopoldville.

Interrogé par votre Commission, le colonel Jacques Puati reconnaîtra avoir effectué plusieurs missions pendant cette période au compte du colonel Mobutu sans, souvent, connaître leur contenu, et cela, dans des zones de tempêtes : Stanleyville, Coquilathville, Bakwanga et Elisabethville. Monsieur Louis Lumumba, alors ministre provincial à Stanleyville, témoignera à l’occasion de cette audition que le colonel Puati était souvent chargé de fomenter des troubles moyennant quelques pots-de-vin au nom de Mobutu afin de récupérer la situation ; ce fut le cas à Stanleyville, en novembre 1960.

Les 12 et 13 novembre, les 300 gendarmes pro-Lumumba prirent la ville après avoir découvert l’existence d’un plan élaboré par Léopoldville (voyage de Puati) transmis au commandant Lukusa pour maîtriser la gendarmerie et arrêter Antoine Gizenga. La mise à l’exécution de ce plan permit aux 16ème et 19ème bataillons d’encercler la gendarmerie mais l’intervention des troupes de l’Onuc les mit en échec. Le colonel Lukusa et d’autres officiers : Mutombo, Bononge, Kabongo, Fataki, seront arrêtés et conduits à la prison d’Osio, rejoindre les dix parlementaires anti-Lumumba.

Si, comme le notent les auteurs de Congo 1960, page 1037, l’annonce du départ de Lumumba de Léopoldville et l’hypothèse de son arrivée à Stanleyville suscitèrent un enthousiasme extraordinaire dans la ville, mais l’annonce de son arrestation et son transfert à Thysville modifièrent très rapidement les perspectives. La situation s’aggrave singulièrement à travers toute la province. Par une ordonnance-loi du 7 décembre 1960, le Président Kasa-Vubu institue « le régime d’occupation militaire » dans la Province Orientale. Cette décision avait en fait été prise déjà le 20 novembre par le Collège des Commissaires Généraux. Le 20 décembre, le blocus de toute la province est décidé par Léopoldville et des renforts de troupes sont envoyés à la frontière Equateur-Orientale. Donc, la région se trouve dans une situation de guerre civile.

Au Kivu

Les troupes venant de Stanleyville prirent le contrôle de la ville de Bukavu et procèdent à l’arrestation, le 25 décembre, du commandant Alexandre Singa et du Président Provincial Mirhuo, qui seront aussitôt acheminés à Stanleyville et écroués à la prison d’Osio ainsi que tant d’autres fonctionnaires et militaires.

Le 1er janvier 1961, le commandant Pongo Gilbert, officier de liaison et inspecteur de la Sûreté Nationale, sur ordre des autorités de Léopoldville est chargé d’une mission à Bukavu avec la complicité de l’Armée belge stationnée à Bujumbura pour conserver le pouvoir lumumbiste à Bukavu et procéder, en progressant, à l’arrestation de Gizenga et ses compagnons. Pongo sera arrêté après un bref combat par les militaires du 36ème Groupement. Il sera, à son tour, acheminé avec ses complices à Stanleyville et écroué à a Prison d’Osio aux côtés des Parlementaires susindiqués.

VI. Avis et considérations

En vue de signer un compromis politique historique entre les deux gouvernements, des tractations sur la libération et l’échange réciproque des prisonniers de deux camps furent entamées mais en vain. Le commandant Pongo fut chargé d’entrer en contact avec les dirigeants de Léopoldville. Il est demeuré sans écho. Interrogé sur ce détail, monsieur Joseph Matuba, adjoint de Nendaka à la Sûreté nationale, confirma devant votre Commission que ces messieurs évitaient même de recevoir les femmes de ces officiers à leur siège.

Messieurs Lumumba, Mpolo et Okito seront exécutés le 17 janvier 1961 au Katanga pendant que Pongo, Mutombo, Lukusa, Kabongo, Bononge, Songolo, Fele… seront quant à eux sacrifiés à l’annonce officielle de l’exécution du Premier Ministre Lumumba.

Dans sa déclaration de politique générale faite à la plénière de la Conférence nationale souveraine, le Vice-premier ministre, Antoine Gizenga, soulignera que ce massacre d’Osio n’aura été qu’une conséquence de la colère populaire, qui après avoir explosé à la suite de l’annonce de la mort de Patrice et de ses compagnons a embrasé toute la ville de Stanleyville, voir toute la Province Orientale. Immédiatement contestée par le Général Singa Boyenge, alors rescapé d’Osio, cette allégation de monsieur Antoine Gizenga sera examinée avec minutie par votre Commission.

            Devant elle, le Général Lundula parlera de la tenue d’une réunion informelle extraordinaire sous pression populaire regroupant certains activistes radicaux de Stanleyville dont Manzikala, Salumu et leurs collaborateurs respectifs pour venger coûte que coûte la mémoire de Lumumba Patrice. N’étaient visés en cette date du 21 février 1961 à 11 heures que les officiers et les dix parlementaires. Messieurs Lumumba Louis et Sabiti, Ministres du Gouvernement provincial, assistèrent à l’exécution, sur demande personnelle de monsieur Antoine Gizenga, du commandant Pongo, déclarera Lumumba Louis en sa qualité de frère de Patrice.

            Interrogé par votre Commission, Monsieur Gizenga reconnait avoir été informé par son Général de la décision prise par le groupe informel  du M.N.C./L. dirigé par Manzikala et Salumu.

            Quant au Général Lundula, il reconnait avoir été à la prison d’Osio, pour l’exécution de 15 condamnés à mort. C’était une affaire de quelques activistes du M.N.C./L .

            Le Général Utshudi, alors Capitaine, cité comme témoin de l’exécution d’Osio par le général Singa dans un droit de correction de certains faits historique obtenu à la suite de la déclaration de politique générale de Monsieur Antoine Gizenga devant la Conférence Nationale Souveraine, s’est présenté devant votre commission sur son invitation radio-télévisée. Venu en catastrophe de la compagne au Kasaï  Oriental où il vit presque en relégation, le Général Utshudi déposera que ce jour-là du 22 février 1961, il était en mission à Paulis pour protéger les missionnaires en émoi vis-à-vis de l’agression populaire, et qu’il n’était pas à Osio.

            Par ailleurs déposera le Général Singa devant la Commission qu’il doit sa vie au Général Lundula qui, ce jour-là lui demandera de retourner dans sa cellule. En ce qui concerne le Capitaine, il déclarera que dans son droit de correction, des événements historiques fait oralement devant la plénière de la Conférence Nationale Souveraine, il l’avait bien cité car pendant ses nombreux interrogatoires au bureau du Général Lundula, il était toujours présent et menaçant. Mais il se pourrait que ce jour-là à Osio, il ait été absent.

            Qu’est-ce à dire ? Peut-on qualifier ce massacre d’Osio comme relevant du droit de la baïonnette pour venger le héros ou s’agit-il d’un acte prémédité commis sr la personne des officiers et des Parlementaires ?

VI. Responsabilité

            Eu égard aux faits incriminés, il y a lieu de faire observer le tumulte et la confusion qui ont caractérisé la vie de la Nation durant cette période permettent de responsabiliser d’abord toutes les personnalités impliquées de près ou de loin dans la crise institutionnelle, sans oublier leurs complices étrangers.

            Aussi, la non-déposition de certains acteurs n’a pas rendu aisé le travail dont certaines zones d’ombre y demeurent. Il s’agira singulièrement de celle de monsieur Joseph Désiré Mobutu, ancien Chef d’Etat-Major Général.

a. Responsabilités individuelles

            Sont tenus comme présumés responsables de ce massacre :

1.         Monsieur Joseph Kasa-Vubu, Chef de l’Etat pour refus de négocier l’échange des prisonniers.

2.         Monsieur Joseph Désiré Mobutu, Chef d’Etat-Major Général

3.         Monsieur Victor Nendaka

4.         Monsieur Justin-Marie Bomboko et Albert Ndele, respectivement Président et Vice-Président du Collège des Commissaire Généraux

5.         Monsieur Antoine Gizenga, Vice-premier Ministre du Gouvernement Lumumba pour avoir autorisé l’arrestation des Parlementaires, cautionné leur exécution sans jugement alors que l’ordre de les traduire en justice avait été donné par le Premier Ministre et pour avoir demandé à Mr. Louis Lumumba d’aller assister à l’exécution.

6. Monsieur Jean-Faustin Manzikala, président Provincial à Stanleyville, activiste MNC. Bien que décédé, il y a lieu de souligner sa responsabilité dans l’organisation du massacre pour venger l’assassinat de son chef du Parti.

7. Monsieur Bernard Salumu;

8.         Monsieur Victor Lundula, Général, pour avoir commandé le peloton d’exécution sans au préalable s’enquérir du jugement rendu sur les prévenus.

b. Responsabilités collectives

L’imbroglio congolais a poussé votre Commission à classifier les responsabilités collectives comme suit :

1.         Le Gouvernement Central de Stanleyville pour trois chefs d’accusation :

–           N’avoir pas traduit les prévenus devant un tribunal depuis leur arrestation,

–           N’avoir pas assisté les personnes en danger et

–           N’avoir pas su contrôler la situation qui prévalait à Stanleyville après la mort de Lumumba (la colère populaire)

2. Le Gouvernement provincial de Stanleyville pour avoir procédé depuis le 14 octobre 1960, à l’arrestation des dix parlementaire, et ce malgré leur immunité et l’exécution de 15 détenus politiques et militaires, et, ce, après avoir organisé une réunion informelle préparant l’acte.

3.         Les jeunes du MNC-L pour avoir semé la désolation parmi la population et participé à la réunion informelle préparant le massacre.

VIII. Recommandations

            De ce qui précède, votre Commission recommande :

1.         Que tous les acteurs présumés responsables et leurs complices pris individuellement ou collectivement soient traduits en justice pour crimes contre l’humanité.

2.         Que tous les coupables soient frappés d’interdiction de tout mandat public pendant deux législatives à dater de la période de transition.

IX. Options fondamentales

Pour assurer le caractère sacré de la vie humaine, votre Commission propose que :

– Soit levée l’imprescriptibilité de l’action publique qui frappe ces types de crimes appelés crimes contre l’humanité ;

– Soit condamnée avec énergie l’exécution sommaire.

DOSSIER N°3

MASSACRES DU SUD-KASAI

Contexte :

Ce que votre Commission appelle massacre du Sud-Kasaï concernent les cas d’assassinats et de massacres qui ont eu lieu en trois vagues, dans l’Etat autonome du Sud-Kasaï. Il s’agit de :

A.        Massacres des civils par l’ANC

B.        Les assassinats des Nationalistes par les autorités de Bakwanga avec la complicité de la Sûreté Nationale de Léopoldville (Mobutu, Nendaka, etc.)

C.        Massacres et assassinats inter-luba.

Ces vagues se sont découlés de 1960 à 1962 au moment de la proclamation de la sécession de l’Etat minier, du Front commun Anti-Lumumba et de la fin de la sécession.

a)         La sécession de l’Etat minier du Sud-Kasaï

La lutte Lulua-Luba déclenchée en 1959 avec la complicité de l’administration coloniale avait atteint son point culminant malgré les accords b de Bruxelles entre les représentants de ces deux peuples, au moment et après les élections générales de mai 1960. Elle donne lieu à un exode massif des Baluba dans le territoire de Bakwanga.

Minorisé à l’Assemblée et au Gouvernement provincial du Kasaï, les Ministre Baluba présentés dont Monsieur Ngalula Joseph réclamèrent la création d’une province au Sud-Kasaï et se rendirent à Bakwanga où les rejoignit Monsieur Kalonji Albert.

A la demande des parlementaires originaires de cette région et sur recommandation du Président Kasa-Vubu et du Premier Ministre Lumumba, une Commission parlementaire dépêchée au Kasaï déposa une proposition de répartition de la province. Mais le Parlement fut fermé sans avoir examiné ladite proposition.

Sur ces entrefaites, Messieurs Kalonji et Ngalula réclament unilatéralement la province minière du Sud-Kasaï, le 3 août 1960, qui devint l’Etat autonome ou Royaume du Sud-Kasaï.

Déjà aux prises avec la sécession katangaise, le gouvernement central décida de mettre fin à la dissidence du Sud-Kasaï par les armes. C’est au cours des opérations militaires des troupes en provenance de Léopoldville et de Stanleyville qu’eut lieu la première vague, celle des massacres des Baluba par l’ANC.

b)         Le front anti-Lumumba

Le jeu politique au Congo s’était vite transformé en conflit entre deux camps : celui des nationalistes autour de Lumumba et celui des Fédéralistes-sécessionnistes autour de Kasa-Vubu, Kalonji et Tshombe.

            Ce dernier camp fut momentanément ses différends tour s’attaquer à Lumumba et aux Nationalistes. Ils formeront l’axe Léo-Elisabethville-Bakwanga. A cet effet, une réunion des leaders des trois fractions se tint à Brazzaville le 28 novembre 1960, avec le Président Fulbert Youlou.

            Il y fut décidé le transfert de Lumumba et des Lumumbistes à Bakwanga et à Elisabethville pour leur élimination physique, une alliance militaire vint sceller le front le 28 février 1961.

c)         La fin de la sécession du Sud-Kasaï

Après l’élimination de Lumumba et des Nationalistes, les différents et les antagonistes resurgirent entre le pouvoir de Léopoldville et les Sécessionnistes. La décision est prise de réduire les sécessions, à commencer par la plus faible, celle du Sud-Kasaï.

            L’élimination de l’Etat Autonome est facilitée par les conflits internes à) celui-ci, conflits qui opposent Kalonji allié de Monsieur Tshombe, à Ngalula, plus proche du Groupe de Binza.

            Le Gouvernement Adoula, qui avait fait voter une loi créant la province du Sud-Kasaï, le 14 août 1962 fit occuper Bakwanga sans coup férir, le 29 septembre 1962. Sous le gouvernement Ngalula, s’engagent des luttes internes entre les Kalonjistes et les pro-Ngalula, les Bena Mukuna et Bena-Tshibanda (les gens d’en-haut et d’en-bas). Ce fut la troisième vague.

A.        Le massacre des populations civiles par les troupes de l’ANC

I.          Les victimes

Massacres : – plus ou moins 70 prisonniers fusillés à Tshimbo

–           Plus ou moins 1.200 personnes à Benzola

–           5.000 personnes à Kasengulu (source Kalonji).

Assassinats connus et déclarés de :

–           Odia Badiv, Président du Mouvement Sol. Muluba

–           Kadima-Nzuzi Pierre, agent territorial

–           Kashala Bonzola

–           Tshibangu Mpanya Lumuna

–           Mbuyi Kapunzula

–           Kapena Ambroise

–           Ilunga patrice, agent territorial

–           Katujudi Ambroise, Moniteur

–           Mukendi Alphonse, Moniteur

–           Kambala Philippe

–           Ntambala Léon

–           Kasedia wa Kasema

–           Mbuyi Tshibaka et autres…

–           Sekele Mutombo (manchot à Bonzola)

–           Mgr Nkongolo, arrestation et sévices.

II.         Les plaignants

01.       Kalonji Ditunga Albert

02.       Kalenga Ntabala Sylvain

03.       Bekele Mutombo

04.       Mulaja André Maurice

05.       Kayamba Oscar

06.       Famille Ilunga Patrice

07.       Kabila Katujudi

08.       Tshiamala Ntumba Patrick

09.       Ntumba Jérôme

10.       Mbombo Annze

11.       Kabeya, Ch.cout.

12.       Kamunga

13.       Famille David Odia

14.       Lumbala Mbayi Adolphe

15.       Mme Lonji

16.       Kanyeba Astrid

17.       Mukendi Jacques

18.       Banza Tshimbolela.

III.        Faits incriminés

Les troupes de l’ANC en provenance de Luluabourg sont arrivés à Bakwanga le 24 août 1960. Elles sont accueillies sans incident. Mais d’Elisabethville où il s’est réfugié la veille, Monsieur Kalonji appelle les Baluba à repousser les envahisseurs.

Les 29 août, 70 prisonniers sont embarqués dans un camion benne à destination de Luluabourg. Mais à la suite d’un coup tiré par un franc-tireur au village Bena Makala sur la route de Tshimbombo les militaires de l’ANC mitraillent le camion et tuent la majorité des passagers et passants. Les quatre notables sont ramenés à Bakwanga. Deux seront tués ; Odia David et Kadima Nzuji Pierre.

Le 31 août 1960, les militaires s’introduisent dans les écoles de Bonzola et bombardent la cathédrale où s’étaient réfugiés des milliers des personnes : adultes et enfants. Ces derniers sont tués au fusil ou à l’arme blanche.

            Le 4 septembre, les militaires se déploieront en dehors de Bakwanga en direction de Miabi, Tshilenge et Ngandajika. A Kasengulu, les troupes de l’ANC attaquées par la jeunesse Kalonjiste, massacrent les civils venus au marché de la localité.

            A Tshilenge, ils enferment les habitants dans leurs cases, auxquelles ils mettent le feu.

IV. Témoins

– Monsieur Kalonji Ditunga Albert

– Ntumba Jérôme

– Colonel Loso

– Monsieur Omonombe

– Famille Odia David

– Monsieur Christophe Ggenye, alors ministre de l’Intérieur du Gouvernement Lumumba.

V. Avis et considérations

            Pour monsieur Albert Kalonji, son peuple était en péril. Les troupes de l’ANC se sont comportés comme dans les expéditions punitives de l’époque coloniale. Comme le corroboraient les observateurs de l’ONU et le Secrétaire général, monsieur Dag Hammarskjöld, ces expéditions échappèrent à leurs autorités.

            En effet, le 9 septembre 1960, dans un témoignage, monsieur Hammarskjöld déclara : « J’ai, en ce qui concerne l’évolution dans la région du Kasaï, déjà mentionné l’état d’une partie des unités militaires de l’armée nationale congolaise. Il convient d’ajouter qu’il y a des preuves que les soldats ont cessé d’obéir à leur commandement, qui n’a pu contrôler leurs actes. Quels qu’aient été les motifs d’amener les troupes dans la région et quel que soit le rôle que l’on a pu se proposer de leur faire jouer dans le conflit intérieur, elles ont, bien entendu, par tels manquements à la discipline et une fois que les autorités ont perdu le contrôle, cessé d’être des éléments d’une armée responsable ».

            Cependant, l’appel de Kalonji à la résistance et à la chasse aux lumumbistes à partir d’Elisabethville où il avait fui, a hérissé la population contre l’ANC et provoqué les heurs.

            Les massacres de Makala, de Bonzola et de Kasengulu ont dû être considérés comme « génocide » ce qui aurait motivé la révocation de monsieur Lumumba comme Premier Ministre.

            Bien qu’il n’a pas été possible pour votre commission d’accéder au contenu du message du Premier Ministre ordonnant l’ANC de réprimer la sécession sud-kasaïenne et d’entendre les autorités militaires de Léopoldville de l’époque, en l’occurrence le chef d’Etat-major de l’ANC, le colonel Mobutu, il lui a été donné de constater avec Brassine que : « En réalité, la principale responsabilité du massacre repose probablement sur Mobutu, qui était chef d’Etat-major. Certes, il n’a pas ordonné les massacres, mais c’est lui qui a organisé l’opération, se vantant d’ailleurs de l’avoir fait seul, en dehors de tout conseiller militaire. Mais la seule responsabilité est celle d’une troupe indisciplinée qui va d’ailleurs se mutiner à nouveau après la reprise de Bakwanga ».

            Pierre Davister, confident privilégié du colonel Mobutu, avait confié à l’époque à l’un des auteurs de ce livre, Jean Kastergaart, que Mobutu lui avait dit avoir organisé tout seul, l’opération (entendez, la Boucherie de Bakwanga). A quoi Davister répondit : « … Joseph ne te vante jamais de cela ». Le conseil fut entendu.

            Monsieur Christophe Gnebye, ministre de l’Intérieur déposera devant votre Commission qu’en rapport avec ce génocide une ordonnance de révocation du colonel Mobutu avait été préparé mais hélas ! les événements se sont rapidement précipités. Toutefois, c’était pendant que le Premier Ministre était en visite officielle aux Etats-Unis d’Amérique qu’une décision du Conseil des ministres fut prise pour mettre fin à cette sécession.

VI. Responsabilités

a) Responsabilités individuelles

1) Monsieur Kalonji qui, sans mesurer les rapports de force, a poussé la population devant la machine de la mort et en connivence avec monsieur Cravate, Président-Délégué Général de la Miba proclama illégalement un Etat autonome du Sud-Kasaï.

2) Monsieur Joseph-Désiré Mobutu, pour avoir organisé cette expédition à Bakwanga.

b) Responsabilités collectives

1. Les troupes de l’Onu pour non-assistance des personnes en danger conformément à la mission des Nations-Unies face au génocide ;

2. Les troupes de l’ANC en opération pour indiscipline ;

3. Les commandants troupes pour abus du pouvoir et massacre par vengeance de la population civile. Il s’agit de messieurs Loso, Tshatshi et Somao

4. Le Gouvernement central pour n’avoir pas arrêté le massacre et sanction les coupables.

VII. recommandations

            De ce qui précède, votre Commission recommande :

1. Que toutes les personnes impliquées dans ce massacre soient déférées devant la justice pour crime contre l’humanité.

2. Que tous les coupables soient frappés d’interdiction d’exercer un mandant pendant deux législatures.

3. Privilégier le dialogue dans tout conflit politique dans notre pays et éviter le recours aux armes.

B. « Assassinat des Nationalistes à Kasengulu le 12 février 1961 »

I. Plaignants :

1. Mutombo Otshsudi Godefroid

2. Lumbala Mutanta Maurice

3. Kasongo Muzungu

4. Muzungu Kabemba Christophe

5. Kabongo Tshitenge

6. Finant Marie-Josée

7. Tshiala Mbala Muloway

8. Nzuzi Mbombo

9. Famille Nzuzi

10. Mukonkole Mukaya André

11. Veuve Mbuyi Ntumba Katalayi

12. Nsomwe Tshiswaka

II. Victimes :

1. Finant Jean-Pierre, président provincial à Stanleyville

2. Lumbala jacques, Secrétaire d’Etat à la Présidence (Conseil)

3. Nzuzi Emmanuel, Secrétaire général JMNC/L

4. Muzungu Christophe, Adm. En chef de la Sureté nationale

5. Major Fataki jacques, Commandant gendarmerie à Stanleyville

6. Elengesa Pierre-Léopold, étudiant à l’ULB et Moscou (1959)

7. Yangara Camille, commissaire de district à Paulis

8. Ndele, commandant ANC à Bakwanga (août-septembre 1960)

III. personnes retenues pour être entendues

1. Mobutu, chef d’Etat-major général

2. Monsieur Bomboko Justin, président du Collège des Commissaires généraux ;

3. Monsieur Ndele Albert, Vice-Président du collège des Commissaires Généraux ;

4. Nendaka Victor, Administrateur en chef de la Sûreté nationale

5. Monsieur Matuba Joseph, Administrateur en chef-adjoint de la Sûreté nationale

6. Monsieur Kalonji Albert, président Mulopwe, Sud-Kasaï

7. Monsieur Ngalula Joseph Mpandajila, Premier ministre Sud-Kasaï

8. Monsieur Kadima Honoré, ministre Intérieur Etat Sud-Kasaï

9. Monsieur Kabeya André et Katanga Paul (Ministre de l’Etat du Sud-Kasaï)

10. Yangar Robert,

11. Nzuzi Mbombo, fille de Nzuzi

12. M veuve Mbuyi Joseph

IV. Les faits incriminés

1. La chasse aux Lumumbistes

            Après la révocation et surtout la mise en résidence du Premier Ministre, ainsi que l’attentat sur le Commissaire Général Albert Ndele, survenu à l’Hôtel Régina à Léopoldville le pouvoir de Léopoldville entreprit une rafle des Lumumbistes et des Nationalistes à travers toute la république ; et plus particulièrement à Léopoldville et à Stanleyville.

            A Stanleyville, le colonel Lukusa, commandant du 3ème Groupement de l’ANC obéissant aux ordres du chef d’Etat-major général à Léopoldville, procède à l’arrestation de Finant (Elengeza à Yangara et du major Fataki, qu’il fait acheminer à la prison de Luzumu.

            A Léopoldville, M. Nendaka fait arrêter son prédécesseur monsieur Muzungu Christophe le 20 septembre après l’attentat sur Ndele, messieurs Emmanuel Nzuzi et Jacques Lumbala (arrêté le 14/2/61), Kamanga Grégoire, ministre de la Santé Publique de Lumumba et d’autres nationalistes sont gardés dans la prison de Makala, Ndolo et Luzumu ou au camp Hardy à Thysville.

2. Le transfert à Bakwanga, le 17 février 1961

            Le 15 février, les prisonniers sont ramenés par monsieur Joseph Matuba de la prison de Luzumu et rassemblées à la prison de Makala. Il s’agit de Finant, Nzuzi, Muzungu, Fataki, Elengesa, Yangara Camille, Yangara Robert, Kamanga etc.

Le 17 février, à 3 heures du matin, ils sont tirés de prison par monsieur Matuba qui les amène chez le commissaire Général Kazadi Ferdinand où un café leur est servi. De là, les conduira à l’aéroport.

            Il faut signaler que selon la déclaration de monsieur Albert Kalonji, « Joseph Matuba, adjoint de Nendaka, fut provisoirement détaché à Bakwanga pour organiser la réception et les exécutions de prisonniers qu’on y transféra, et surtout pour y préparer une somptueuse mise en scène (voir Congo 1960, 1961 et « la vérité sur la mort de Patrice Lumumba », par Kalonji, in vérité, le dossier du mois, n° 4/5 avril-mai 1964, p. 7).

            Selon le rescapé, monsieur Robert Yangar, interrogé par votre Commission, onze prisonniers seulement furent embarqués à bord de l’avion DC 4 d’air-Congo. Mons sieur Grégoire Kamanga, son frère et lui-même furent soustraire grâce au pilote belge qui le reconnut et déclara ne pouvoir prendre que 12 personnes.

            Cependant, selon monsieur Nendaka, Grégoire Kamanga était amené à Bakwanga et ne sera sauvé que sur son intervention. Une autre version attribue le salut de Kamanga à monsieur Paul Katanga Mukete comme lui (selon Congo 60 P. 93). Ayant participé à la Conférence de Léopoldville en janvier 1961, Grégoire fut arrêté le 14 février 1961 et transféré à Bakwanga le 16 février. Sauvé, il sera condamné à 5 ans de prison le 17 février. Libéré mi-mars 1961, il devint président de la province  de l’Unité Kasaïenne en avril 1961. Il participe à la Conférence de Coquilhatville.

            Les infortunés sont accueillis à Bakwanga par monsieur Ngalula, Katanga Paul, Kadima Honoré, Katombe et Kabeya André, membres du gouvernement.

            Quant à la présence de monsieur Albert Kalonji à Bakwanga, il y a deux versions qui s’affrontent. La première, celle de robert Yanga nie. La seconde issue d’autres sources l’affirme. De toute façon pour votre Commission Kalonji était à Bakwanga et les prisonniers lui furent présentés.

            Le jour même de leur arrivée, ils sont exécutés au camp de Gendarmerie, en présence des précités. Leurs corps furent enfuis dans une fosse commune à Kasengulu, à 12 kms de Bakwanga où eurent les massacres des baluba par l’ANC en septembre 1960. Il s’agissait, pour les autorités de Bakwanga, de venger des massacres.

LEAVE A REPLY

*