Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent : résolutions d’hier et d’aujourd’hui : troublante similitude

0
67

Zemanta Related Posts ThumbnailAprès avoir momentanément marqué une parenthèse dans l’affaire de l’assassinat de Lumumba, en ouvrant ses colonnes à d’autres dossiers ficelés il y a plus de 20 ans par la «Commission des crimes et assassinats» de la CNS (Conférence Nationale Souveraine), Le Phare revient à la charge. Fidèle à sa ligne de conduite fondée sur la lecture  correcte et sans complaisance de l’histoire nationale, le quotidien de l’avenue Lukusa laisse parler les documents. Dans le témoignage sous examen émanant du chef d’Antenne de la CIA en 1960 à Léopoldville (Kinshasa), la thèse du complot international ourdi contre Patrice Emery Lumumba est évidente. La volonté de grandes puissances d’empêcher le jeune Etat congolais de se contruire en vue de faire le bonheur de ses filles et fils ne fait l’ombre d’aucun doute. Le décor de 1960, avec des Congolais incapables de gérer leurs ambitions politiques et agissant sous la dictée de leurs parrains des blocs Ouest et Est, fait penser à celui du Congo du 3ème millénaire, prisonnier des mêmes maîtres.

L’histoire semble se répéter 50 ans après, avec des troupes onusiennes qui dépassent la barre de 20.000 hommes mais qui peinent à protéger les civils et à rétablir une paix durable dans les zones troublées de l’Est. Pendant que les malentendus se multiplient entre Congolais quant à la vision de l’avenir du pays, les mouvements rebelles et groupes armés soutenus par des pays voisins créent et recréent des «Républiquettes» qui plantent le décor de la balkanisation. Le passé ne semble pas instruire les Congolais, visiblement décidés à ne pas baliser la voie de la réconciliation nationale. Comment réaliser la «cohésion nationale» dans un contexte où les uns revendiquent la direction unilatérale des affaires publiques au nom de leur triomphe électoral et les autres continuent à leur contester la légitimité institutionnelle ? Est-il possible de s’entendre quand certains autres, fatigués de ne pas être écoutés, ont choisi le langage des armes ? Comme en 1960, le démon de la division a repris son travail de sape au sein de la maison «Congo», pour un nouveau feuilleton de marche à reculons sur tous les plans.

Chapitre VII

La résolution du 24 novembre 1961 et l’offensive onusienne

 En cette fin de l’année 1961, le problème posé par I’existence des mercenaires venait d’apparaître en pleine lumière : ce n’était plus seulement leur présence à Élisabethville, et en d’autres points du territoire katangais, qui retenait I’attention de I’ONU et de I’opinion mondiale; pour la première fois, au milieu de septembre, les forces onusiennes s’étaient heurtées à des troupes incontestablement bien entraînées par ces mêmes mercenaires dont Moïse Tshombe avait pourtant évacué une partie ; pour la première fois aussi, était posé le problème d’une adéquation des objectifs posés par I’ONU et des moyens utilisés pour y parvenir. Il ne faut pas oublier que la défaite des « Casques bleus » qui tourna au désastre avec la mort de Dag Hammarskjöld, avait encore été plus patente en raison des attaques d’un unique avion à réaction katangais qui avait harcelé sans répit les militaires de I’ONUC. L’ONU n’avait pu utiliser, à son tour, d’avions militaires parce qu’à ce moment-là elle n’en disposait pas au Congo !

Mais il y a plus grave : la résolution du 21 février 1961, bien que conçue en termes extrêmement larges, et autorisant le recours à la force, en dernier ressort, avait été interprétée par certaines puissances, la Grande-Bretagne et la France notamment, comme ne permettant pas I’utilisation d’une telle force pour réduire la sécession du Katanga, activement défendue par des mercenaires dont un rapport du fonctionnaire chargé de I’Opération des Nations Unies au Congo, daté du 15 novembre 1961, fixait, à cette date, le nombre à 237, alors que Moïse Tshombe s’était engagé quelques semaines plus tôt à obtenir leur rapatriement du Congo.

L’armée nationale congolaise, sous les ordres du général Mobutu, prit à son tour conscience de la puissance représentée par la gendarmerie katangaise en se heurtant à sa résistance. Entreprise le 25 octobre 1961, l’offensive du général Mobutu fut stoppée le 5 novembre 1961. Il faut dire que le général congolais s’était lancé dans cette entreprise plutôt à contrecœur, étant donné les sentiments relativement cordiaux qu’il n’avait cessé jusqu’alors de manifester à M. Tshombe. Les quelque deux mille hommes que M. Mobutu avait envoyés dans le Nord-Katanga, sans avions, sans blindés, sans transports adéquats ni soutien logistique, étaient, d’avance, condamnés à la déroute.

Dans ces conditions, l’adjonction, le 13 novembre 1961, à l’ordonnance prise par le président Kasavubu le 21 août 1961 relative à l’expulsion des mercenaires étrangers du Katanga, d’un article 2 bis prévoyant des peines d’emprisonnement pour ces militaires risquait fort de demeurer lettre morte.

II était nécessaire pour I’ONU d’en finir avec le problème posé par la turbulence des mercenaires. Et puisque, dans un sens purement littéral et restrictif de la résolution de février, d’aucuns pouvaient penser que I’usage de la force n’était pas admissible directement contre les mercenaires, il était nécessaire que le nouveau secrétaire général par intérim, qui fut à partir du 3 novembre 1961 M. U’Thant, ne disposât pas seulement d’un « cadre d’action plus fort et plus précis » mais d’un cadre qui ne souffrît pas la moindre contestation tant dans l’analyse de ses termes que dans I’exigence de sa formulation. Ce fut l’objet de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 24 novembre 1961 qui prévit expressément l’usage de la force contre les mercenaires. A la suite du vote de ce texte, M. U’Thant pouvait entreprendre une action de grande envergure contre le Katanga, action qui, déclenchée avec des moyens puissants, que n’avait

pas connus Dag Hammarskjöld, se solda par un succès complet pour l’ONUC.

1. La résolution récapitulative

 La résolution du 24 novembre 1961 fut I’ultime résolution adoptée par les Nations Unies, relativement au fond de l’affaire congolaise.

M. U’Thant venait de remplacer Dag  Hammarskjöld : pour la première fois dans l’histoire de I’Organisation, le secrétariat voyait à sa tête non plus un Occidental, mais un Asiatique, appartenant à un État membre du groupe des non-alignés, en l’occurrence, la Birmanie. Cette élection revêtit donc un sens extrêmement apparent : en même temps qu’elle avalisait la force et l’influence du Tiers-monde, spécialement des Afro-asiatiques, elle contribuait à calmer les revendications qu’avait formulées un an plus tôt I’URSS en faveur d’un secrétariat tripartite. Cette dernière formule perdait de sa raison d’être : I’Union soviétique pouvait difficilement soupçonner M. Thant de favoriser plus I’Ouest que l’Est, malgré sa qualité de fonctionnaire international. Hammarskjöld avait parfaitement représenté ce type de fonctionnaire international, mais ses attaches occidentales avaient permis à l’URSS de déclencher ses attaques contre lui, en mettant en doute son impartialité. Désormais, elle ne le pourrait plus, la nationalité même de M. Thant et les excellents rapports qu’il entretenait avec les afro-asiatiques interdisant de soupçonner qu’il puisse être sentimentalement favorable plutôt au bloc de I’Ouest qu’à celui de l’Est, malgré ses fonctions internationales. Fidèle à la dynamique de I’ONU, conception qu’avait toujours défendue Dag Hammarskjöld, M. U’Thant ajoutera que le secrétaire général de I’ONU devait être « impartial, mais pas nécessairement neutre ».

Ces considérations, conjuguées avec l’accord tacite des deux Grands de voir finir au plus tôt la malheureuse affaire du Congo, expliquent largement que I’URSS et les USA apportèrent leurs voix au projet de résolution déposée par Ceylan, le Libéria et la République Arabe Unie, au cours d’une nouvelle réunion du conseil de sécurité commencée le 13 novembre et terminée le 24 novembre 1961 par l’adoptiion de la résolution. Les représentants permanents de I’Ethiopie, de la Nigéria et du Soudan avaient pris l’initiative de la convocation du Conseil le 3 novembre, .afin que celui-ci examinât la situation existant dans la province du Katanga, du fait des « actes déréglés des mercenaires ». La situation était critique. C’est ce qu’avait particulièrement affirmé l’empereur d’Éthiopie, Hailé Sélassié, dans un télégramme adressé le 1er novembre au président de l’Assemblée générale,- M.  Mongi Slim : «  Le Conseil de sécurité doit prendre sans tarder des mesures décisives. Des directives claires et sans équivoque doivent être données aux forces de l’ONU, de manière que leurs devoirs et leurs responsabilités soient incontestablement définis.

Finalement, le 24 novembre 1961, la résolution S/5002 était adoptée, sans opposition, par g voix contre 0, la Fiance et la Grande-Bretagne s’abstenant. Le passage essentiel de cette résolution était le paragraphe 4, aux termes duquel le secrétaire général était autorisé à « entreprendre une action vigoureuse, y compris, le cas échéant, I’emploi de la force de la force requise pour appréhender les mercenaires étrangers. Quoique nous ayons déjà formulé I’opinion que la résolution du 21 février autorisait implicitement l’usage de la force contre les mercenaires, toute équivoque fut désormais levée à partir de la résolution du 24 novembre. On mesure d’autant mieux la différence de rédaction entre les deux résolutions du conseil de sécurité tenant à ce que l’une, la résolution du 21 février, autorisait l’usage  de la force, « si besoin est, en dernier ressort », l’autre, celle du 24 novembre permettait cet usage sans autre limitation que celui nécessaire à l’accomplissement de la fin impartie par le conseil au secrétaire général : l’usage de la force devenait licite « en premier ressort ». Entre la résolution du Conseil du 14 juillet 1960 et celle du 24 novembre 1961, on mesure l’évolution impressionnante relativement aux objectifs et aux moyens d’action de l’ONUC.

            Ceci explique que la Grande-Bretagne se soit abstenue lors du vote portant sur le texte des trois puissances : on sait les entretiens qu’avait eus Dag Hammarskjöld avec Lord Lansdowne, envoyé spécialement par le gouvernement britannique pour lui signifier que le Royaume-Uni n’admettrait jamais l’emploi de la force contre les mercenaires. La Grande-Bretagne vota en faveur de ce texte parce qu’elle était intimement persuadé que Dg Hammarskjöld n’utiliserait jamais une faculté qui lui était pourtant reconnue, à plus forte raison pour réduire la sécession katangaise. Il faut se souvenir d’une petite phrase prononcée par le représentant du Royaume-Uni, quelques instants avant l’adoption de la résolution du 21 février : « En ce qui concerne en particulier le paragraphe I de la partie A, je tiens à indiquer que l’interprétation que donne ma délégation aux derniers mots de ce paragraphe, « et le recours à la force, si besoin est, en dernier ressort », est que les Nations Unies n’auront recours à la force que pour prévenir des heurts entre troupes congolaises hostiles. Il ne saurait être question de donner à l’ONU le pouvoir d’utiliser les forces dont elle dispose pour imposer une solution politique ». Qu’est-ce à dire ? que les Nations Unies devaient assister impassibles au démantèlement du Congo et qu’elles ne pouvaient agir en aucune façon pour aider le Katanga à réintégrer le Congo. L’échec militaire de l’ONUC en septembre avait d’ailleurs motivé une réaction sans ambiguïté de la part de la Grande-Bretagne en faveur du non-usage effectif de la force ?

            Aussi, mise en face d’un texte parfaitement clair, le 24 novembre 1961, qui autorisait la force contre les mercenaires, la Grande-Bretagne s’abstint-elle. La position de la France, au contraire, avait toujours été lumineuse : dès le début de l’affaire congolaise, elle s’était déclarée hostile à toute action des Nations Unies au Congo, en vertu d’une interprétation stricte et littérale de la Charte, tenant particulièrement au respect absolu du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures, celles-ci fussent-elles réduites à une « absence d’affaires intérieures ».

            A part l’accent mis formellement sur l’usage de la force dans les conditions sus-évoquées, la résolution du 24 novembre 1961, qui fut la dernière en date sur le fond de l’affaire congolaise, récapitule les objectifs que l’ONU avait définis dans ses précédentes résolutions, à savoir le maintien de l’intégrité territoriale du Congo, l’assistance au gouvernement central dans la restauration de l’ordre public, la prévention de la guerre civile au Congo et la fourniture d’une assistance technique. A ce point de vue, la résolution du 24 novembre fut largement récapitulative. Il n’est que de se référer à son texte intégral :

« Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions S/4405, S/4426 et S/4741,

Rappelant en outre les résolutions 1474 (ES-IV), 1592 (XV), 1599 (XV), 1600 (XV) et 1601 (XV) de l’Asemblée générale,

            Réaffirmant les principes et les buts de l’Organisation des Nations Unies en ce qui concerne le Congo (Léopoldville), tels qu’ils sont énoncés dans lesdites résolutions, à savoir :

a) Maintenir l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de la République du Congo,

b) Aider le Gouvernement central du Congo à rétablir et maintenir l’ordre public,

c) Empêcher le déclenchement d’une guerre civile au Congo,

d) Assurer le retrait et l’évacuation immédiate du Congo de tous les personnels militaire et paramilitaire et conseillers étrangers ne relevant pas du Commandement des Nations Unies, ainsi que de tous les mercenaires,

e) Fournir une assistance technique,

            Notant avec satisfaction le rétablissement du Parlement national du Congo conformément à la loi fondamentale et la formation d’un gouvernement central, le 2 août 1961, qui y a fait suite,

            Déplorant toute action armée menée contre l’autorité du Gouvernement de la République du Congo, en particulier les activités sécessionnistes et l’action armée qui sont actuellement menées par l’administration provinciale du Katanga avec l’aide de ressources de l’extérieur et de mercenaires étrangers, et rejetant entièrement l’allégation selon laquelle le Katanga serait « une nation souveraine indépendante »,

            Notant avec profond regret les actes de violences commis ces derniers temps et antérieurement contre le personnel des Nations Unies,

            Reconnaissant le Gouvernement de la République du Congo comme la seule autorité chargée de la conduite des affaires extérieures du Congo,

            Tenant compte de l’impérieuse nécessité d’une action rapide et efficace pour appliquer pleinement les principes et les buts de l’Organisation des Nations Unies au Congo afin de mettre un terme aux difficultés qui assaillent le peuple congolais, action qui est nécessaire dans l’intérêt tant de la paix mondiale et de la coopération internationale que de la stabilité et du progrès de l’ensemble de l’Afrique.

1° Réprouve énergiquement les activités sécessionnistes illégalement menées par l’administration provinciale du Katanga avec l’appui de ressources de l’extérieur et secondées par des mercenaires étrangers ;

2° Réprouve en outre l’action armée menée, dans l’accomplissement des dites activités, contre les forces et le personnel de l’Organisation des Nations Unies ;

3° Souligne que lesdites activités doivent cesser immédiatement et demande à tous les intéressés d’y renoncer ;

4° Autorise le secrétaire général à entreprendre une action vigoureuse, y compris,  le cas échéant, l’emploi de la force dans la mesure requise, pour faire immédiatement appréhender, placer en détention dans l’attente de poursuites légales ou expulser tous les personnels militaire et paramilitaire et conseillers politiques étrangers ne relevant pas du Commandement des Nations Unies, ainsi que les mercenaires, visés au paragraphe 2 du dispositif de la partie A de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 21 février 1961 ;

5° Prie en outre le secrétaire général de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le retour de ces éléments sous quelque couvert que ce soit, ainsi que d’armes, équipement ou autre matériel destinés à appuyer lesdites activités ;

6° Prie tous les Etats de s’abstenir de fournir des armes, équipement ou autre matériel susceptibles d’être utilisés à des fins bellicistes, et de prendre les mesures nécessaires pour empêcher leurs ressortissants de fournir lesdites armes, ledit équipement ou ledit matériel, et les prie aussi de refuser de transporter ou de laisser passer en transit lesdites fournitures sur leur territoire, si ce n’est conformément aux décisions, principes et buts de l’Organisation des Nations Unies ;

7° Invite tous les Etats membres à s’abstenir de favoriser, tolérer ou appuyer par action ou omission, directement ou indirectement des activités dirigées contre l’Organisation des Nations Unies qui aboutissent souvent à des hostilités armées contre les forces et le personnel de l’Organisation ;

8° Déclare que toutes les activités sécessionnistes dirigées contre la République du Congo sont contraires à la loi fondamentale et aux décisions du Conseil sont contraires à la loi fondamentale et aux décisions du Conseil de sécurité et exige expressément que les activités de cette nature actuellement menées au Katanga cessent immédiatement ;

9° Affirme son plein et ferme appui au Gouvernement central du Congo et sa résolution d’aider ce gouvernement, conformément aux décisions de l’Organisation des Nations Unies, à maintenir l’ordre public et l’intégrité nationale, de fournir une assistance technique et d’exécuter lesdites décisions ;

10° Demande instamment à tous les Etats membres de prêter leur appui, conformément à leurs procédures internes, au Gouvernement central de la République du Congo, en conformité de la Charte et des décisions de l’Organisation des Nations Unies ;

11° Prie tous les Etats membres de s’abstenir de toute action  qui risque directement ou indirectement de faire obstacle aux principes et aux buts de l’Organisation des Nations Unies au Congo et est contraire à ses décisions et aux buts généraux de la Charte. »

 Même si l’on retient la théorie selon laquelle, stricto sensu, la résolution du 21 février n’autorisait pas l’usage de la force contre les mercenaires, il faut reconnaître que la résolution du 24 novembre 1961, dirigée essentiellement contre le Katanga et ses mercenaires, justifiait sinon validait rétroactivement l’action de septembre (2) en supposant bien entendu l’existence du plan offensif « Morthor ». Pour notre part, nous l’avons dit, la résolution du 24 novembre ne faisait que renforcer celle du 21 février, cette dernière autorisant à elle seule l’usage de la force contre les mercenaires qui constituaient par leur seule présence au Katanga un ferment de guerre civile. Elle la renforçait en ce sens que l’usage de la force n’était plus autorisé seulement après l’échec des tentatives de réconciliation par les voies diplomatiques, mais pouvait bien être permis au premier chef, « en premier ressort ». L’on sait d’ailleurs que les tentatives de faire entendre raison à M. Tshombe par le fait seul des arguments pacifiques étaient d’avance vouées à l’échec. La résolution du Conseil de sécurité du 22 juillet 1960 avait formellement reconnu le principe de «  I’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de la République du Congo » comme « entité ». La sécession du Katanga était déjà implicitement condamnée par cette disposition. La résolution du 24 novembre 1961, non seulement consacre explicitement cette condamnation mais, pour la première fois, « exige expressément » la cessation immédiate de la sécession katangaise. Cette disposition, dans la logique de la précédente, en était une conséquence inéluctable.

Elle ne permettait pas à I’ONU de mettre fin elle-même à la sécession par l’usage de la force ; I’ONUC pouvait seulement, dans la limite de ses pouvoirs de police, utiliser la force pour mettre fin à l’activité des mercenaires, facteur de guerre civile. Curieusement, l’on constate que le vote de la résolution du 24 novembre fut précédé par des événements comparables à ceux qui avaient motivé à court terme l’adoption de la résolution du 21 février : la mort de Patrice Lumumba et le massacre de six personnalités lumumbistes avaient précédé l’adoption de la résolution du 21 février ; la disparition tragique du secrétaire général entraîna, pour une large part, la nouvelle réunion, en novembre, du Conseil de sécurité ; et l’événement qui précéda immédiatement la décision du Conseil fut l’annonce brutale, le 15 novembre 1961, du meurtre de treize soldats italiens appartenant à l’ONUC, dit pudiquement le rapport du Dr Linner, avaient été « roués de coups, abattus, puis coupés en morceaux ». Il semble qu’ils aient été dévorés par ceux qui les assassinèrent.

LEAVE A REPLY

*