Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent : mort suspecte du lieutenant-colonel Tshibangu Muzembe

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Mobutu seseLe peuple congolais a le droit de connaître, dans le moindre détail, sans ajout ni retrait, tous les faits liés à son «Histoire» passée, présente et à venir. S’agissant singulièrement de son passé, il se trouve des individus visiblement décidés à falsifier des pages pourtant infalsifiables de l’histoire nationale.

C’est dans le souci de replacer les faits dans leur vrai contexte que «Le Phare» s’est résolu à mettre le holà à l’entreprise de tripatouillage des «vérités» historiques. Compte tenu des circonstances et des attentes actuelles des millions de compatriotes, les pages d’histoire ainsi rouvertes ont eu pour point de départ l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Et la restitution de la longue série des crimes politiques qu’a connus le pays depuis les années ‘60 va se poursuivre jusqu’à l’épuisement total des archives à la portée du quotidien de l’avenue Lukusa. Sa démarche ne vise qu’un objectif : amener les générations présentes et futures à connaître leur «Histoire», la vraie.

I. Contexte Général et Intitulé

– Monseigneur le Président,

– Honorable membres du bureau et chers collègues conférenciers

Votre Commission a eu à se pencher sur le dossier ayant trait à la mort du Lieutenant-colonel Tshibangu Muzembe.

Sorti de l’Ecole Royale Militaire de Belgique en 1968, il est nommé lieutenant, capitaine, puis major. Il participe vaillamment à la première guerre du Shaba où il sera l’un des artisans de la reprise de Dilolo et de Sandoa.

Premier commandant du centre d’entraînement de Kota-Koli et plus tard commandant du bataillon de la BSP chargé de la sécurité éloignée du chef de l’Etat, l’ascension spectaculaire du lieutenant-colonel Tshibangu ne plaît pas à certaines personnes qui estiment la BSP chasse-gardée.

Il meurt dans des conditions mystérieuses. Sa nomination à la tête de la BSP était-elle un cadeau empoisonné comme d’aucuns l’ont prétendu ? Sa mort a été décidée par certaines personnes données. C’est à ces questions que votre Commission a cherché à répondre avant de conclure à une mort suspecte.

II. Les plaignants

En date du 26 juin 1992, votre Commission a reçu la plainte de la veuve Tshibangu ; Madame Mush, pour que la lumière soit faite sur la mort de son époux afin d’en déterminer les auteurs.

III. Les Faits incriminés

Le 27 août 1977 vers 13 heures, le Colonel Tshibangu reçoit un message sur talkies walkies. Il doit, de toute urgence se rendre au camp Tshatshi pour raison de service. Après en avoir informé son épouse, toutes affaires cessantes, il s’engouffre dans sa voiture, doublé de son garde du corps, l’adjudant Angoya.

C’est au tournant, sur la route qui mène au camp Mimosa alors qu’il montait vers le camp Tshiatshi qu’un gros camion fonce sur lui, heurte violemment sa voiture à l’aile gauche et atteint le colonel qui a des lésions superficielles et une hémorragie interne. Il est dans le coma.

Le chauffeur du camion va alerter le major Kabangu, à l’époque lieutenant, plus proche de l’endroit de l’accident. Celui-ci se porte sur les lieux, trouve le colonel en train de gémir, le transporte à bord de sa voiture ainsi que le garde du corps et le conducteur du lourd engin. Destination Hôpital Mama Yemo, peu après avoir informé les soldats en faction au poste de garde du camp Tshatshi.

A Mama Yemo, le lieutenant Kabangu confie le colonel Tshibangu à un médecin au service d’urgence. Il roule à tombeau ouvert, atteint la résidence du colonel où, en l’absence de l’épouse de ce dernier, il laisse un message aux enfants sur l’accident de leur père.

De retour à l’hôpital, il apprendra la mort du lieutenant-colonel Tshibangu dont le corps est déjà à la morgue et la fuite de l’auteur de l’accident. Le général Eluki Monga Aundu et monsieur Seti Yale arriveront peu de temps après sur les lieux et y seront rejoints par l’épouse du défunt.

Sur ordre du chef de l’Etat et, semble-t-il, à la demande de la population de Kota-Koli, le corps du défunt sera inhumé dans cette localité.

IV. Analyse des faits

Il ressort des dépositions et d’auditions au sein de votre Commission qu’aucune enquête n’a été ouverte à la suite du décès du lieutenant-colonel Tshibangu ; que l’identité de l’auteur de l’accident, pourtant un militaire œuvrant au moment des faits au camp Tshatshi, n’a pas été relevée tout autant qu’est demeuré inconnu le numéro d’immatriculation de l’engin ayant entraîné la mort du lieutenant-colonel.

De leur côté, le lieutenant Kabangu et le garde du corps du défunt n’ont jamais été entendus. Aucun procès-verbal de constat de cet accident n’a jamais été dressé.

Chose curieuse qui renforce les présomptions : l’identité de la personne qui avait lancé le message pour faire venir le lieutenant-colonel Tshibangu au camp Tshatshi demeure inconnu.

            Par ailleurs, dans sa déposition, la veuve soutient que certaines femmes du camp Tshatshi accourues sur le lieu de l’accident ont soutenu que le colonel Tshibangu parlait encore avant d’être embarqué dans la voiture du major Kabangu et qu’il aurait été achevé par ses bourreaux sur la route de l’hôpital Mama Yemo.

            Votre Commission a estimé difficile de retenir cette assertions d’autant plus que l’identité de ces femmes demeure inconnue ; que la seule personne qui pouvait peut-être éclairer ce point d’ombre est l’adjudant Angoya, garde du corps du défunt qui serait actuellement à Kota-Koli.

Votre commission a également retenu un grief présenté par la veuve qui soutient que depuis 15 ans, en dépit de multiples démarches, elle n’a pu se rendre à Kota-Koli se recueillir sur la tombe de son mari.

            Voulant éclairer sa religion, votre commission a lancé des invitations aux généraux Eluki et Singa et à monsieur Seti.

            Aussi est-elle arrivée à un constat : la mort d’un officier supérieur chargé de la sécurité éloignée du chef de l’Etat ne pouvait tout de même pas être entourée d’autant de négligence coupable dans une zone réputée de haute sécurité où les vigiles veillent jour et nuit. D’où votre Commission est arrivée à la conclusion de mort suspecte.

Quant aux promesses à lui faites par le chef de l’Etat, la veuve soutient n’avoir jamais reçu la parcelle à lui promise à Ma Campagne ainsi qu’une voiture.

V. Recommandations

            Plusieurs zones d’ombre ayant subsisté dans ce dossier de mort suspecte, votre Commission propose :

– qu’une enquête soit ouverte en vue de déterminer le (s) auteur (s) de la mort du lieutenant-colonel Tshibangu ;

– que les restes du corps du défunt soient exhumés pour être enterrés, selon le souhait de la famille du défunt, au lieu qui sera indiqué ;

– que la veuve et les orphelins du lieutenant-colonel puissent bénéficier de tous les droits et avantages qui leur sont reconnus par la législation en vigueur ;

– qu’une indemnité équitable soit versée à la famille du défunt, ce dernier étant mort brutalement pendant le service commandé ;

– que par respect au principe de la parole donnée, toutes les promesses faites à la veuve du lieutenant-colonel Tshibangu par le citoyen Mobutu Sese Seko soient réalisées.

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