Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent, la guerre de quatre-vingts jours

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Mobutu 8000Le peuple congolais a le droit de connaître, dans les moindres détails, sans ajout ni retrait, tous les faits liés à son «Histoire» passée, présente et à venir. S’agissant singulièrement de son passé, il se trouve des individus visiblement décidés à falsifier des pages pourtant infalsifiables de l’histoire nationale.

C’est dans le souci de replacer les faits dans leur vrai contexte que «Le Phare» s’est résolu à mettre le holà à l’entreprise de tripatouillage des «vérités» historiques. Compte tenu des circonstances et des attentes actuelles des millions de compatriotes, les pages d’histoire ainsi rouvertes ont eu pour point de départ l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Et la restitution de la longue série des crimes politiques qu’a connus le pays depuis les années’60 va se poursuivre jusqu’à l’épuisement total des archives à la portée du quotidien de l’avenue Lukusa. Sa démarche ne vise qu’un objectif : amener les générations présentes et futures à connaître leur «Histoire», la vraie.

Les faits

 Il résulte des déclarations faites de par devant votre Commission en date du 3 juillet 1992 par la veuve Mushia Mwanza, que le 8 mars 1977 vers 12 heures, pendant que toute la famille était à table, des coups de fusil retentirent dans leur cité minière « Kisenge Manganèse » du côté de la gendarmerie. Pris de panique, tout le monde se refugia dans le couloir tout en ayant pris soin de fermer la porte. Quelques minutes après, la porte fut secouée par des inconnus sans qu’elle ne soit forcée.

            Un certain laps de temps après, le Président-Délégué Général de Kisenge Manganèse, le sieur Rudahindwa, téléphone à son Directeur-Financier, Monsieur Mwanza, mari de la veuve Mushia, pour lui dire de rester calme en précisant que les coups de fusil entendus sont l’œuvre des ex-gendarmes katangais (Tigres) qui se disent être venus de l’Angola pour libérer le Congo. Que pour ce faire, ils demandent à la société de mettre à leur disposition un moyen de transport pour aller libérer Dilolo.

            Il y a lieu de relever ici que durant leur séjour à Kisenge Manganèse sous la haute direction du commissaire politique, un certain Mbumba, non autrement identifié, les Tigres obligèrent et obtinrent du Président-Délégué Général et de son Directeur Financier plus ou moins 40.000 Z qui restaient dans la caisse. Non satisfaits, ils réclamèrent en plus l’argent payé à un agent démissionnaire non identifié par la veuve.

Le 18 mars de la même année, un ex-gendarme katangais (Tigre) annonça au Président-Délégué Général qu’ils étaient attendus avec son Directeur Financier à Dilolo par le général Mbumba Nathanaël. Ils s’y rendirent mais ne rencontrèrent pas le général. C’est pourquoi ils rentrèrent le même jour.

            Il convient de faire remarquer ici qu’à cette même date, à Kisenge-Manganèse, les Tigres arrêtèrent et tuèrent Kipitabushi, agent du MPR et chef de sécurité, l’adjudant Kabongo et Rudigusha.

            Dans la nuit du 2 au 3 avril 1977, Mwanza reçut de nouveau un coup de téléphone du sieur Rudahmdwa afin qu’ils aillent à Dilolo répondre à l’appel du même général. Ils partirent et rentrèrent pas cette fois. Le lendemain matin, soucieuse, la veuve Mushia alla trouver le commissaire politique pour avoir des nouvelles de son mari. Elle fut reçue froidement par le commissaire politique qui lui dit que leurs maris avaient été attaqués en cours de route mais ils n’ont pas été atteints et qu’ils sont en Angola et plus précisément à Tshikapa avec le général Mbumba Nathanaël.

            Il importe de signaler que pendant leur absence à Kisenge Manganèse, le colonel Kawambo avait désigné un nouveau PDG en la personne du sieur Ilunga (à vérifier).

            Après cette désignation, la cité minière changea de philosophie de vie. En effet, les agents et cadres se regroupèrent en associations des Kasaïens, Kinois, Shabiens etc.

            Dans l’entretemps, la veuve Mushia Mwanza fut délogée au profit des Cubains et fut contrainte d’aller vivre avec ses enfants avec la famille Rudahindwa dans une même maison. Depuis lors, ces deux familles cohabitèrent durant leur séjour à Kisenge Manganèse jusqu’à Tshikapa, en Angola, base militaire et siège du général Mbumba Nathanaël. En effet, le 6 mai 1977, le commandant des ex-gendarmes katangais, le sieur Kabwita, craignant la contre-attaque imminente de l’armée régulière, avait demandé à tout le monde de quitter Kisenge Manganèse pour trouver refuge dans des villages environnants. C’était là le début d’un long et pénible voyage pour les réfugiés de Kisenge Manganèse. C’est dans ces circonstances que les deux mamans et leurs enfants ainsi que d’autres cadres de Kisenge Manganèse accompagnés des Tigres se dirigèrent et atteignirent Tshikapa où les deux femmes espéraient trouver leurs maris.

            Madame Rudahindwa ayant constaté que leurs maris n’étaient pas visibles à Tshikapa, demanda une audience auprès du général. Malheureusement, elle ne fut pas reçue sous le prétexte que le général était fort occupé à Tshikapa. Une certaine nuit un quidam trouva la veuve Mishia et lui dit que c’était en vain qu’elles cherchaient leurs maris. Après qu’il ait demandé à la veuve de ne rien révéler de peur qu’elles ne soient à leur tour tuées, cet homme lui révéla que leurs maris avaient été assassinés dans la nuit du 2 au 3 avril  sur la route Dilolo-Kisenge et jetés dans la rivière. Quelques jours après cette information, la veuve obtiendra la confirmation à la radio Kinshasa dans un communiqué nécrologique lancé par les parents de Rudahindwa.

            A partir de ce jour, les femmes, comme tant d’autres réfugiés, firent tout pour fuir ce fameux camp. Et c’est ce qui fut fait et réussi. Il sied de préciser qu’actuellement la veuve Rudahindwa vit en Europe où elle travaille tandis que la veuve Mushia Mwanza vit à Kinshasa et travaille comme caissière au siège de la société de Kisenge Manganèse ici à Kinshasa.

            Il importe de faire remarquer que les ayant-droits de Rudahindwa ont exposé ces mêmes faits dans une déclaration écrite versée au dossier.

De l’assassinat de Kapila Yangongo

            Il ressort des déclarations faites le 17 juillet 1992 par le vétérinaire Ngoie Kibemba, neveu de Kapila Yangongo, ex-agent de l’ONPTZ, opérateur des TSF que ce dernier cité avait été tué dans des conditions obscures par les ex-gendarmes katangais après la conquête de Dilolo.

            Toutefois, il sied de faire remarquer que Ngoie que son oncle avait été tué parce qu’il occupait, selon son informateur, le sieur Tambwe non autrement identifié, un poste stratégique en sa qualité d’opérateur (PV d’audition du 17.7.92 page 3).

            Entendu en date du 3 juillet 1992, le général Mbumba Nathanaël a déclaré qu’il avait, le 8 mars 1977 effectivement déclenché la guerre dite de quatre-vingts jours pour libérer le peuple congolais (zaïrois) de la dictature mobutienne. Que pour atteindre son objectif, il avait d’abord conçu le plan d’assiéger Kenge dans le dessein de détruire le pont de la rivière Inkisi afin d’isoler Kinshasa d’une grande partie du Bas-Zaïre. Mais, malheureusement, ce plan fut découvert et vendu à l’ambassade du Zaïre à Bruxelles avant qu’il ne soit mis en application. C’est ainsi que par la suite, il mit sur pied le plan de la guerre de 80 jours qui consistait à conquérir Kapanga-Dilolo-Kisenge Manganèse et Sandoa.

            C’est ainsi que le 8 mars 1977 à midi, ses Tigres prirent d’assaut Kapanga et à 13 heures Kisenge Manganèse. Le lendemain matin, selon toujours le général Mbumba Nathanaël, à 9 heures Dilolo tomba sous le commandement du colonel Mufu. Pendant cette progression, Simon Mujinga, reçut des instructions pour conquérir Kasaji.

            C’est dans ces circonstances qu’à Malonga, l’armée régulière tomba dans une embuscade. Lors de la confrontation, le commandant Mujinga reçut le concours de son collègue de Dilolo.

            Cependant, ayant constaté la supériorité numérique de l’armée régulière, les Tigres, pour disperser les éléments des FAZ sur plusieurs fronts, décidèrent d’attaquer à la fois Kasaji et Mutshatsha.

            Il importe de relever que le général Mbumba a précisé lors de son audition que pour assiéger Kisenge, Dilolo, Kapanga et Sandoa, ses troupes ont bénéficié de l’appui de la population sans distinction de race. Il a aussi déclaré qu’à Sandoa deux de ses Tigres avaient tué la nuit le sieur SAIZ, homme d’affaires de la place. Qu’aussitôt après leur forfait, ils le jetèrent dans la rivière Lualaba.

            Le lendemain matin, sur plainte de la femme du decujus, les responsables de son armée se réunirent et décidèrent de passer les deux assassins par les armes et furent jetés dans la même rivière pour servir d’exemple aux autres combattants.

            Interrogé sur l’assassinat de Rudahindwa, Mwanza et Kapila Yangongo, le général Mbumba nia les faits sans ambages  et soutint qu’en déclenchant cette guerre, il n’avait comme objectif que la libération du peuple et non de le tuer. Il ajoutera qu’il ignorait ces victimes et qu’il ne connaissait rien à propos de ces assassinats. Pour soutenir sa position, il déclarera que s’il avait été informé de cette situation avant les perpétrations (commission) de ces crimes, il se serait opposé. C’est ainsi que pour se disculper, il citera à titre exemplatif le cas de SAIZ tué à Sandoa par ses Tigres et le sort réservé à ses assassins. Et enfin, il déplora le cas d’un missionnaire (américain) tué par ses tigres.

            Auditionné par votre Commission, en qualité de témoin oculaire pour avoir vécu avec le général Mbumba à Tshikapa, le docteur Kalonda qui, d’une manière ou d’une autre, avait le statut d’un prisonnier de guerre, chargea le général. Rien ne pouvait se faire (se décider) sans qu’il ne soit mis au courant. En effet, il a prouvé que le général était en contact régulier avec son armée par phonie. Et, c’est la phonie qu’il utilisait pour donner des instructions à ses troupes chaque fois que cela s’avérait nécessaire. Il a en outre ajouté et précisé que toutes les grandes décisions se prenaient à Tshikapa et transmises par phonie aux différentes troupes.

            Pour éclairer davantage la religion de votre Commission, le docteur Kalonda a fait une longue et précieuse description sur les traitements inhumains que le général infligeait à ses Tigres, aux prisonniers de guerre et aux hommes qui vivaient avec lui à Tshikapa. Il cita, à titre exemplatif, l’assassinat de tout homme qui se permettait de cueillir du pondu dans ses champs.

            Le régime alimentaire était fort déplorable. En effet, le général remettait une boîte de sardine à 8 combattants. Et enfin, pour asseoir son autorité, sa case était entourée des vases remplies du sang humain.

            Ces déclarations du docteur Kalonda ont été corroborées par celle de Chasinga Kassole ainsi que celles de la veuve Mwanza, tous les deux ayant vécu à Tshikapa.

            En dépit des dénégations constantes faites par le général Mbumba, même lors de sa confrontation avec les sieurs Kalonda et Chasinga, il y a lieu d’inférer de ce qui précède que sa responsabilité en sa qualité d’auteur et d’initiateur de la guerre de 80 jours est engagée sur base des articles 260 et 258 du Code Civil Livre III. En effet, les Tigres ont agi chacun en qualité de milice du général Mbumba Nathanaël d’une part et les faits qu’ils ont commis, ont causé des préjudices (matériel et moral appelant réparation).

            C’est donc à bon droit que les ayant-droits de Rudhiandwa, Mwanza et Kapila ont demandé la réparation et l’allocation des dommages-intérêts.

De la responsabilité des FAZ

            Quand éclate la guerre du Shaba, les FAZ sont pris au dépourvu, par effet de surprise. Tout de suite, le général Bumba Moaso est chargé de prendre le commandement. Il est assisté par le général Eluki et le colonel Mampa. Les Pygmées à peine entraînés à l’arme de guerre mais bien outillés en flèches empoisonnées et évoluant au sein de la division Kamanyola sont envoyés au front pour des raisons psychologiques dira le général Eluki. A côté d’eux, il y a de vraies troupes combattantes – bérets rouges du camp Kimbembe de Lubumbashi.

            Les Forces armées zaïroises, très peu organisées connaîtront une véritable débâcle. Elles perdent hommes et matériels en grand nombre. Les pertes sont très importantes. En effet, elles se retrouvent devant un adversaire mal apprécié et connu et pourtant bien implanté tant du point de vue de la puissance du feu que de l’occupation du terrain. Partout les FAZ sautent sur les mines et ne parviennent pas à distinguer les rebelles du paisible citoyen tellement l’ennemi vit en bon intelligence avec la population.

            Aussi, cette défaite va-t-elle s’expliquer aussi dans la mesure où les FAZ ne seront pas ravitaillées en nourriture si bien qu’elles se verront dans l’obligation d’arracher à la population chèvres, poules, farine … Elles lui infligeront des sévices de tout genre comme si l’on se trouvait dans un territoire conquis. Ce comportement profitera sérieusement aux troupes tigres, diabos du général Mbumba Nathanaël. A titre d’exemple, Kasaji sera la grande boucherie que connaîtront les Forces armées zaïroises.

            Devant la faim et la découverte d’un dépôt de boissons, nos militaires ne trouveront pas mieux que d’arracher ce qu’ils pouvaient trouver à la population pour leur survie et s’enivreront. La population mécontente de ce comportement indiquera toutes les positions des FAZ au Diabos qu’elle dissimulera en son sein. Le coup et les pertes seront si importants que le général Bumba Moaso perdra le contrôle des opérations.

            Aux dires du général Eluki, la bombe à napalm aurait été utilisée. Le général Bumba entrera même en conflit avec le colonel Mamina et Mampa qu’il fera emprisonner ainsi qu’avec le général Eluki qu’il traduira au Conseil de guerre les deux précités pour refus d’ordre.

            Pour le général Eluki, ce refus tient à la conception tactique. Il échappera à la justice militaire grâce à sa progression dans la reprise du terrain à l’ennemi et à sa bravoure. En effet sa bonne conception tactique lui a valu le nom de serpent de rail apermis aux FAZ de mettre en déroute les troupes ennemies de Mbumba Nathanaël. Il exigera le renfort aérien pour compléter son plan afin de poursuivre l’ennemi jusque dans son dernier retranchement.

            Mais avec un hélicoptère en mauvais état mis à sa disposition par le général Kikunda, il ne put contrôler comme il se devait les opérations. Un accident est vite arrivé et mit fin à ses jours.

            C’est à cause de la débâcle des FAZ et du conflit au niveau du commandement que la haute hiérarchie se verra dans l’obligation de mettre les troupes sous les ordres du général Singa aidé dans l’axe Kamina-Sandoa par le colonel Dikuta. Le général Ikuku gardera l’axe Kolwezi-Dilolo et Mulimbi s’occupera de l’axe Luiza-Kapanga.

            Cette réorganisation en dépit du ravitaillement difficile en nourriture et en support aérien prendra le dessus sur les Diabos et permettra de récupérer rapidement tout le territoire.

            Comme vous pouvez le constater, les FAZ ont commis des actes ignobles sur les paisibles citoyens qu’elles avaient l’obligation de protéger ; cela par la faute de la hiérarchie qui ne s’est pas occupée de la logistique et de la mauvaise appréciation par les chefs d’opération sur terrain ayant entraîné du côté des FAZ beaucoup de pertes en vie et en matériels.

            Aussi recommandons-nous aux FAZ de prendre toutes les dispositions tant du point de vue logistique (matériel de guerre) que humain afin qu’elles soient présentes à tous les coins de la République surtout aux frontières. Ceci nous évitera toute surprise ennemie.

2. de réorganiser l’Armée en vue de n’avoir en son sein que des éléments disciplinés et des chefs compétents ;

3. d’harmoniser ses relations avec la population civile dont elle a la charge d’assurer protection au risque de passer pour ennemi avec toutes les conséquences qui peuvent en découler ;

4. de mettre fin à l’usage des armes de grandes destructions comme la bombe à napalm sur sa propre population pour l’exterminer comme si l’on se trouvait en territoire conquis.

            De ce qui précède, les Forces armées sont tenues de réparer les préjudices subis par ces populations pour usage de cette arme et que des poursuites en justice soient envisagées à l’endroit de ceux qui en ont ordonné l’usage après enquête.

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