Congo-Zaïre, l’empire du crime permanent : Dossiers colonel Mayolo et fusillade de Matete dans l’affaire Bindo et Masamuna

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Zemanta Related Posts ThumbnailLe peuple congolais a le droit de connaître, dans le moindre détail, sans ajout ni retrait, tous les faits liés à son «Histoire» passée, présente et à venir. S’agissant singulièrement de son passé, il se trouve des individus visiblement décidés à falsifier des pages pourtant infalsifiables de l’histoire nationale.

C’est dans le souci de replacer les faits dans leur vrai contexte que «Le Phare» s’est résolu à mettre le holà à l’entreprise de tripatouillage des «vérités» historiques. Compte tenu des circonstances et des attentes actuelles des millions de compatriotes, les pages d’histoire ainsi rouvertes ont eu pour point de départ l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Et la restitution de la longue série des crimes politiques qu’a connus le pays depuis les années’60 va se poursuivre jusqu’à l’épuisement total des archives à la portée du quotidien de l’avenue Lukusa. Sa démarche ne vise qu’un objectif : amener les générations présentes et futures à connaître leur «Histoire», la vraie.

Le lieutenant-colonel Mayolo  a été arrêté le dimanche 21 juillet 1991 à 9 heures à son domicile par le major Mandinga du SARM sur simple dénonciation de messieurs Kengo et Tambwe.

Déposant devant votre Commission, monsieur Kengo wa Dondo a déclaré que pendant qu’il dormait dans sa maison, monsieur Tambwe jouait au tennis à l’extérieur. A l’arrivée de Mayolo et Mokolongo dans la parcelle, Tambwe téléphona discrètement à Kengo pour l’informer qu’il avait quelque chose à lui dire. Sortant de la maison, Kengo trouva Tambwe en compagnie de Mokolongo et Mayolo. Ce dernier ne trouva aucun inconvénient à ce que Kengo assiste à la conversation. Mayolo fit part à Kengo et Tambwe qu’il est en contact depuis plusieurs mois avec des officiers du camp CETA et un adjudant de Mbanza-Ngungu ; qu’il voulait renverser Mobutu mais que ne disposant que de 600.000.000 Z sur 1.000.000.000 Z, il leur sollicitait une aide de 400.000.000 Z. Mayolo rassure ses interlocuteurs qu’une fois la crise du pouvoir devenue effective, ils allaient décider de la reprise des travaux de la Conférence nationale souveraine. Sur ces entrefaits, Kengo a posé à Mayolo la question de savoir comment il allait s’y prendre parce que l’Armée compte plus de 100.000 hommes alors que lui Mayolo ne dispose que de 5.000 hommes. Après le départ de Mayolo et Mokolongo, Kengo se concerta avec Tambwe et ils arrivèrent à trois hypothèse : soit que Mayolo leur tendait un piège, soit que Mayolo est un escroc, soit que Mayolo dit la vérité. Ils décidèrent de téléphoner au général Likulia qu’ils ne purent atteindre. C’est alors qu’ils ont joint Goga par la même voie. Un rendez-vous fut pris entre Goga, Likulia, Kengo et Tambwe. Ceci se passait le samedi 20 juillet 1991.

Entendu par votre Commission, Mayolo a déclaré avoir contacté Tambwe chez Kengo uniquement pour lui proposer la négociation d’une convention aux termes de laquelle, le personnel de l’OFIDA se ferait soigner à son cabinet médical.

2. Charges

 Un jour après sa rencontre avec Kengo et Tambwe, Mayolo fut arrêté comme dit plus haut, au motif, d’une part, qu’il préparait un coup d’Etat, et, d’autre part, qu’il avait créé un parti politique dénommé « Comité militaire pour le salut public ». Quelques heures plus tard, neuf autres officiers seront arrêtés, à savoir Ukaba, Kandolo Tshomba, Etisala Mokede, Likungu, Mbumba, Ilunga, Ntumbwa.

Mais Mayolo et ses codétenus ne seront déférés devant le Conseil de guerre supérieur pour la ville de Kinshasa que sous l’inculpation de violation de consigne, après onze mois de détention préventive. Cette juridiction condamnera Mayolo à 24 mois de travaux forcés. Bien qu’acquittés, les autres prévenus n’ont pas encore repris leur service.

3. Avis et considérations

Le lieutenant-colonel étant médecin stomatologiste, donc sans troupe ni commandement, il est logique qu’il ne peut réussir un coup d’Etat.

Ensuite, il est illogique que du putsch, l’accusation en arrive à une simple violation de consigne.

Enfin, il est aberrant qu’une simple violation de consigne puisse nécessiter près de douze mois de détention préventive. En effet, arrêté le 21 juillet 1991, le verdict du premier juge n’est intervenu que le 03 juillet 1992.

Pour votre Commission, la justice militaire constitue un puissant instrument du pouvoir pour écraser compatriotes sous le drapeau. Ainsi, cette justice est une insécurité permanente et dangereuse pour ces derniers.

4. Recommandation

Le lieutenant-colonel ayant appelé de la décision le condamnant, votre Commission propose à la plénière d’enjoindre le juge d’appel à vider cette affaire dans un bref délai.

5. Réhabilitation

 Les neufs militaires acquittés doivent réintégrer leur service et être indemnisé.

Dossier fusillade de Matete dans l’affaire Bindo et Masamuna

A) Récit des événements

Le 20 juin 1990, l’opération de remboursement des mises de souscripteurs de Masamuna avait débuté à Matete, devenu centre important dans la mesure où beaucoup de victimes de cette escroquerie financière de presque toutes les zones devaient s’y rencontrer. Le lieu de rencontre était le bar « Mon toit » dans le quartier Baboma.

La mauvaise organisation de cette opération associée à une impatience de plus en plus grandissante d’une population spoliée du peu dont elle pouvait disposer ont abouti à un affrontement entre gendarmes et souscripteurs.

A la fusillade des agents de l’ordre, la population a répondu par des jets des cailloux. Bilan : deux morts parmi les souscripteurs dont monsieur Mondjea dont la famille a déposé une plainte auprès de votre Commission.

b) Victime

 Monsieur Mondjea Limbosa, souscripteur dans une maison de placement.

c) Plaignant

Famille de feu Mondjea

d) Personnes entendues

1) Tshishimbi Kasaka, commissaire de zone de Matete (Kinshasa)

2) Musabu Engay, membre de la famille du défunt

3) Engea Engolo, cousin du défunt

4) Eale Bokongo, capitaine désigné pour le maintien de l’ordre au cours de l’opération

5) Edingwe Mapina : catcheur chargé aussi du maintien de l’ordre

Des responsabilités

1) le gouvernement Mulumba Lukoji pour :

– avoir cautionné et encouragé ces maisons de placements par les médias ;

– n’avoir pas pris suffisamment de précautions en vue de protéger une population tenue dans un paupérisme qui ne pouvait que l’inciter à souscrire à ce marché d’illusion ;

– n’avoir pas entouré de suffisamment de sécurité l’opération remboursement qui a été à l’origine des émeutes dans plusieurs points de ralliement;

2) Le commissaire de zone porte la responsabilité morale de ce meurtre perpétré dans sa zone pendant que lui-même était sur les lieux du drame.

3) Le capitaine Eale, commandant des unités chargées du maintien de l’ordre :

– pour n’avoir pas maîtrisé ses éléments pendant les affrontements ;

– pour n’avoir pas donné le nom du soldat qui a abattu Mondjea Limbosa alias Nene.

Recommandation

1) Ouvrir un procès pour faire davantage de la lumière sur ce problème

2) Réhabiliter la mémoire de toutes les victimes des maisons de placements.

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