Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent : dossiers Bikeka Mafwila et Synamed

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Teste de paludisme dans un laboratoire médical. Radio Okapi/ Ph. John BompengoLe peuple congolais a le droit de connaître, dans le moindre détail, sans ajout ni retrait, tous les faits liés à son «Histoire» passée, présente et à venir. S’agissant singulièrement de son passé, il se trouve des individus visiblement décidés à falsifier des pages pourtant infalsifiables de l’histoire nationale.

C’est dans le souci de replacer les faits dans leur vrai contexte que «Le Phare» s’est résolu à mettre le holà à l’entreprise de tripatouillage des «vérités» historiques. Compte tenu des circonstances et des attentes actuelles des millions de compatriotes, les pages d’histoire ainsi rouvertes ont eu pour point de départ l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Et la restitution de la longue série des crimes politiques qu’a connus le pays depuis les années’60 va se poursuivre jusqu’à l’épuisement total des archives à la portée du quotidien de l’avenue Lukusa. Sa démarche ne vise qu’un objectif : amener les générations présentes et futures à connaître leur «Histoire», la vraie.

A) Récit des faits

 A la date du 28 août 1990, les rapports entre le PDG et le personnel de la RVA sont au beau fixe. Un protocole d’accord prévoyant une amélioration des conditions de travailleurs est signé à cette date.

En date du 23 février 1991, les techniciens de Labo Central des Aéroport Ndjili et Ndolo, dits ATC adressent au PDG Kikunda un ultimatum demandant la revalorisation de leur fonction tel que promis par ce dernier dès son arrivée à la RVA. Un bras de fer s’engage entre les syndicalistes et le général Kikunda qui, par sa décision n° RVA/DG/12.00/091/91.A du 1er mars 1991, révoque monsieur Binda Bambi, Mambulu Ngamilingi, Mukuta Gasungu et Zoba Zandu, tous délégués syndicaux. Le 17 et 18 mars d’autres délégués syndicaux seront frappés par la même mesure. Il s’agit de messieurs Mulumba, Difui-Di’AM, Bikeka Mafuila, Wakyengo, Mpoyi, Lutumba, Kunda et Mpandanjila.

Toutes les tentatives du secrétaire général de l’UNTZa monsieur Kitoko Nahe Monga, à faire revenir le PDG à la raison se sont soldées par un échec.

Le 6 mai 1991, le PDG Kikunda, par sa lettre RVA/DG/001215/91, dépose une plainte au Procureur général de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Gombe à charge des délégués syndicaux Mulumba, Mambulu, Ngamalingi, Mukuta et Binda Ndambi. Il leur est reproché d’avoir invité leurs collègues à saboter les installations techniques des aéroports et laboratoires de la Régie des Voies Aériennes et d’avoir, pour les mêmes fins apposé de fausses signatures en lieu et place de certains agents qui ne voulaient pas signer le mémorandum susvisé.

Le 03 juin 1991, les délégués syndicaux sous la conduite des responsables de l’UNTZA se rendent respectivement à l’aéroport de Ndjili et à celui de Ndolo, dans le but de tenir une assemblée générale en vue d’expliquer les difficultés rencontrées dans leurs démarches de revendications auprès du PDG.

            Les syndicalistes s’organisent en deux groupes dont le premier, celui de Ndjili conduit par monsieur Kitoko, secrétaire général de l’UNTZA chargé de la Fédération nationale des travailleurs des Transports aériens-routiers et transitaires, est composé des syndicalistes Mukuta, Binda, Mambulu, Mulumba, Mpoyi, Lutumba, Pandajila et Kunda. Tandis que le deuxième groupe, soit celui de Ndolo, dirigé par monsieur Bulambo, secrétaire général adjoint de l’UNTZA comprend les syndicalistes Lokongo, Bikeka, Eyenga, Mukengeshayi, Wanyengo, Bankoy et Lofalanga.

            Les deux délégations se voient l’accès aux aéroports interdit sur ordre du PDG. Un groupe d’individus non identifiés molestera tous ces syndicalistes sur ordre du PDG Kikunda. Ce dernier donnera, lui-même, un coup de poing sur le délégué syndical Binda Mbambi dont la veste est déchirée. Le même PDG récidivera avec un coup de pieds à la poitrine du délégué syndical Mambulu.

            Le PDG fera enfermer les syndicalistes du groupe de Ndolo c’est-à-dire, Lokondo, Bikeka, Wakyengo, et Mukengeshayi. Quoique neutralisés, les mêmes individus non identifiés continueront, sur ordre du PDG, à frapper les syndicalistes. C’est alors que feu Bikeka projeté par un coup à l’extérieur de la salle où il reçut un autre coup à la poitrine, tombe par la nuque sur la pointe d’un carreau de la marche des escaliers. Un bruit de claquement d’os suivi d’une marée de sang. Bikeka mourant est amené à la polyclinique IRIS tandis que ses autres collègues sont acheminés à la prison de Ndolo d’abord et à celle de Makala ensuite.

            L’affaire fut étouffée et le général Kikunda rétabli à la tête de la RVA. Quelques mois plus tard, le même gouvernement lui confiera une charge supplémentaire en le nommant à la tête de la compagnie aérienne Air-Zaïre.

B) Les victimes

1. Bikeka Mafuila syndicaliste

2. Lokondo syndicaliste

3. Wakyengo syndicaliste

4. Mukengeshayi syndicaliste

5. Eyenga syndicaliste

6. Bankoy syndicaliste

7. Lofalanga syndicaliste

8. Mulumba syndicaliste

9. Mambulu syndicaliste

10. Mufuta syndicaliste

11. Binda syndicaliste

12. Mpoyi syndicaliste

13. Lutumba syndicaliste

14. Kunda syndicaliste

15. Pandanjila : syndicaliste

16. Zoba, syndicaliste

c) Les plaignants

1. L’Union nationale des travailleurs du Zaïre (UNTZA)

2. La famille Bikeka représentée par :

– Luzala Kifembila, veuve

– Nkuwu Baseya, frère ainé du défunt

– Mwaka Gabrielle, tante paternelle

– Makanka Albert, oncle paternel

3. Les délégués syndicaux de la RVA :

– Binda Mbambi

– Mukengeshayi Kabamba

– Wakyengo Wakenge

– Mambulu Ngamilimi

– Mukuta Gasungu

– Lokonda Ngila

– Nkunda Mulomba

– Mulumba Difu

            Votre Commission tient à estimer à son niveau qu’un tel comportement est indigne d’un responsable.

            D’autre part, votre Commission a été choquée d’entendre le PDG affirmer que feu Bikeka était malade. Il s’agit ni plus ni moins que d’un mensonge destiné à banaliser un drame aussi grave. Il s’agit d’un simple mépris de la vie humaine.

Des responsabilités

a) Le général Kikunda :

– Pour refus de négociations avec les représentants des travailleurs en sa qualité de PDG de la RVA.

– Pour coups et blessures volontaires sur les délégués syndicaux battus par des individus inconnus à la solde et sous les ordres du PDG.

– Pour coups et blessures ayant entraîné la mort du syndicaliste Bikeka Mafuila.

– Pour des révocations et/ou des mutations des syndicalistes en guise de représailles.

b) Du général Mavua

– Pour avoir donné des instructions obstructives ou de prendre une attitude visant à retarder ou empêcher l’aboutissement du procès Kikunda.

            Toutefois de fortes présomptions pèsent sur le commandant suprême des FAZ et le chef de l’Etat Mobutu qui, dans pareilles circonstances, autorise la mise en accusation d’un général en activité, comme d’autres hautes personnalités politico-administratives.

Dossier

Synamed

            Tout commence par la suspension arbitraire de la Conférence nationale souveraine en date du 19 janvier 1992 par le gouvernement Nguz. Les médecins ne sont pas restés en laisse dans cette désapprobation et prestation générale contre l’arbitraire.

            Réunis au sein du syndicat des médecins Synamed, ils déclencheront une grève générale en prenant soins de présenter leur cahier de revendications comme seconde motivation à leur action.

            Le gouvernement qui tenait à légitimer sa mesure a initié des actions d’intimidation de large envergure. Les médecins directeurs des hôpitaux se sont révélés être des alliés inconditionnels du gouvernement. Un bras de fer s’engage entre les responsables des installations sanitaires qui trouveront des motifs divers pour expulser ceux qu’ils considèrent comme « agitateurs ».

I. Hôpital général (Mama Yemo)

1. Dr. Kanku M.

2. Ikwange Bombake

3. Mpaka Buka

4. Musasa Mayala

II. Hôpital de Kintambo

1. Dr. Tshiabu

2. Mpindi Kisusu

3. Muamba Bofua

4. Nkuli Itomo

5. Kalenga Nsoma

6. Dr. Mwepu Kalala

III. Clinique Ngaliema

1. Dr. Kitenge

2. Dr. Longo

3. Esise Etokolombo

4. Kibangula Nkolo

5. Tshimweneka Kalenda

Victimes

a. Pour l’hôpital Mama Yemo

1. Dr. Kanku Mukengeshayi : syndicaliste

2. Ikwange : syndicaliste

3. Bombake : syndicaliste

4. Mpaka Buka : syndicaliste

5. Kavuanda Nzimbu : syndicaliste

6. Musasa Mayala : syndicaliste

b. Pour l’hôpital de Kintambo

1. Dr. Tshiabu : syndicaliste

2. Kibangula Nkolo : syndicaliste

3. Tshimweneka Kalenda : syndicaliste

4. Esise Etokolombo : syndicaliste

5. Kalenga Nsoma : syndicaliste

c. Pour la clinique Ngaliema

1. Dr. Kitenge : syndicaliste

2. Dr. Longo : syndicaliste

3. Mpindi Kisusu : syndicaliste

4. Mwamba Bofua : syndicaliste

5. Nkuli Itomo : syndicaliste

6. Kalenga Nsona : syndicaliste

Plaignants

– Syndicat national des médecins

– Toutes les victimes dont la liste est reprise ci-haut

Personnes entendues

1. Dr. Kitenge : syndicaliste (Hôpital de Ngaliema)

2. Dr. Kanku : syndicaliste (Hôpital général Mama Yemo)

3. Dr. Sulu : médecin-directeur de la Clinique Ngaliema

4. Dr. Tshiabu : syndicaliste (Hôpital de Kintambo)

5. Dr. Falaki Moloma médecin-directeur intérimaire (Hôpital de Kintambo)

6. Dr. Mwepu Kalala médecin-directeur suspendu de l’hôpital de Kintambo

7. Mr. Mpindi Kibisu : infirmier à Kintambo

8. Mr. Nkuli Itulu : commis

9. Mr. Mwamba Bakwa

10. L’ex-ministre Lufuma Lwa Nkandi

Avis et considerations

            Nul n’ignore  l’épreuve de force amorcée par le Gouvernement en suspendant arbitrairement et illégalement  la Conférence nationale souveraine en date du 19 janvier 1992. Aucune association acquise au changement n’est restée dans l’expectative. Les ordres professionnels et les syndicats ont harmonisé l’application du mot d’ordre de grève venu de la base. C’est dans ce contexte que le Synamed s’est joint à la dynamique générale et a profité des problèmes spécifiques figurant sur un cahier de revendication.

            Tout le monde a assisté à des intimidations du Gouvernement qui s’était même permis d’utiliser des armes pour réprimer dans le sang, la marche pacifique des chrétiens, le 16 février et le 1er mars 1992. Des délégués syndicaux de la Fonction publique avaient été révoqués.

            Les tendances des médecins-directeurs de trouver des raisons particulières à chaque suspension ou révocation n’a pas résisté à l’analyse de votre Commission. Le fond du problème reste le déclenchement de l’action contre la décision du Gouvernement.

Des responsabilités

1. Le Gouvernement Nguz dans son ensemble

– pour avoir pris la mesure de la suspension de la CNS

– pour avoir encouragé et soutenu les mesures arbitraires prises à l’endroit des délégués syndicaux en général.

2. Du chargé de mission Bongo et de son comité de gestion

– pour la suspension et/ou la révocation illégale de tous les syndicalistes ;

– pour traitement vexatoire et dégradant dont le docteur Kanku a été l’objet de la part des surveillants de l’hôpital général.

            Le DGA Abulu est responsable des voies de faits et traitement humiliants infligés au docteur Kanku au Palais du peuple après son audition auprès de votre Commission.

3. Le gouverneur Kibabu et le ministre Lufuma assument quant à eux la responsabilité morale pour avoir toléré ou couvert la prise des décisions illégales à l’endroit des délégués syndicaux.

4. Les médecins-directeurs Falaki de l’hôpital de Kintambo et Sulu de la clinique Ngaliema sont également responsable des décisions arbitraires et illégales ayant provoqué la confusion et l’anarchie qui ont prévalu dans leurs institutions respectives.

Recommandations

1. Réhabiliter et indemniser tous les syndicalistes

2. Revoir les termes des accords avec la mission chinoise à l’Hôpital de Kintambo

3. Organiser un audit sur la gestion de la Clinique Ngaliema, Hôpital général (HMY) et Hôpital de Kintambo

4. La tenue des tables rondes dans toutes ces formations médicales.

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