Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent, coup d’Etat monté et manqué

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President Mobuto Sese Seko of Zaire Speaks at Press ConferenceLe peuple congolais a le droit de connaître, dans le moindre détail, sans ajout ni retrait, tous les faits liés à son «Histoire» passée, présente et à venir. S’agissant singulièrement de son passé, il se trouve des individus visiblement décidés à falsifier des pages pourtant infalsifiables de l’histoire nationale.

C’est dans le souci de replacer les faits dans leur vrai contexte que «Le Phare» s’est résolu à mettre le holà à l’entreprise de tripatouillage des «vérités» historiques. Compte tenu des circonstances et des attentes actuelles des millions de compatriotes, les pages d’histoire ainsi rouvertes ont eu pour point de départ l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Et la restitution de la longue série des crimes politiques qu’a connus le pays depuis les années ‘60 va se poursuivre jusqu’à l’épuisement total des archives à la portée du quotidien de l’avenue Lukusa. Sa démarche ne vise qu’un objectif : amener les générations présentes et futures à connaître leur «Histoire», la vraie.

Rapport de synthèse

I. Contexte historique

Depuis son accession à l’indépendance, le Congo (Zaïre) avec son vaste territoire au cœur de l’Afrique, est apparu aux yeux des observateurs sur le plan des relations internationales comme une chasse gardée des Etats-Unis d’Amérique. En effet, le rôle joué, de près ou de loin par Washington dans les différents événements qui ont marqué l’histoire de notre pays et celle de ses voisins n’est plus à démontrer. Il est arrivé qu’à certains moments de cette histoire, notre pays pose un certain nombre de gestes inquiétants pour les officiels du pays de l’oncle Sam.

            C’est dans ce cadre que s’inscrit entre autre la rupture par le Congo des relations diplomatiques avec Taiwan en 1972, renouant avec Pékin alors que la Chine de Mao était le bastion du communisme. En 1973, le chef de l’Etat zaïrois visitera Pékin dans une grande campagne de médiatisation. A la tribune des Nations-Unies, Mobutu annoncera à la face du monde, la rupture avec Israël qui a fait de lui un parachutiste, qui l’a aidé à reconstituer l’armée. Il dénoncera par la même occasion la politique collaborationniste des Etats Occidentaux avec Ian Smith en Rhodésie et le régime ségrégationniste d’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie.

            A cette même période, quatre étudiants chercheurs, citoyens américains seront enlevés par les maquisards du PRP, Parti de la Révolution Populaire sous la houlette de Laurent Kabila. Malgré la demande pressante des Américains, le Chef de l’Etat zaïrois refusera de négocier avec les ravisseurs. Néanmoins, les quatre étudiants seront tout de même relâchés à la suite d’une négociation directe entre leur propre gouvernement avec les maquisards du PRP ce qui causera le refus du Secrétaire d’Etat américain, Henry Kissinger, de rencontrer monsieur Mobutu, président du Zaïre, en voyage aux Etats-Unis. Il faudra aussi noter la présence du président du Zaïre, seul chef d’Etat d’un pays non arabe, au sommet de la Ligue arabe à Alger, ainsi que la politique de la zaïrianisation, radicalisation, rétrocession des capitaux privés qui seront perçues d’un mauvais œil outre Atlantique et dans les milieux financiers du monde occidental.

            Par la suite, les choses iront très vite : D.R. Hilton sera nommé ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Zaïre, ce monsieur qui quand il était directeur-adjoint au Conseil national de sécurité, avait fait le malheur du président Allende au Chili. Hilton ne viendra pas seul ; avec lui viendront trois autres anciens du Chili en même temps que le secrétaire d’Etat aux Affaires africaines N. Davis sera aussi un ancien du Chili comme les autres. Les services d’intelligence zaïrois ne tarderont pas à se rendre à l’évidence du spectre d’un bras de fer entre Kinshasa et Washington. C’est vraisemblablement à la suite de tout cela que Mobutu se lancera dans une fuite en avant avec ses services secrets.

            En janvier 1975, le chef de l’Etat zaïrois attaque la politique américaine en Afrique lors de l’ouverture de la conférence Afro-Américaine. 4 mois plus tard, l’OLP ouvrira un bureau de représentation à Kinshasa. Washington verra encore là une provocation de la part de monsieur Mobutu.

            Le 11 juin 1975, plusieurs personnalités seront arrêtées dans le plus grand secret. Les Zaïrois ne le sauront que quatre jours après. Le 17 du même mois, un quotidien zaïrois paraissant à Kinshasa accusera une fois de plus l’Amérique d’importer la déstabilisation en Afrique comme en Amérique Latine. L’ambassadeur américain accrédité à Kinshasa sera expulsé et celui du Zaïre rappelé à Kinshasa.

II. Le film des événements

a) Version officielle

            D’après la version officielle, le 15 mai 1975, le sous-lieutenant Kabamba de retour au pays, déclare à ses proches avoir eu pendant son stage aux Etats-Unis, plusieurs contacts avec le général Fallu alors attaché militaire à l’ambassade du Zaïre à Washington. Ces contacts s’inscrivaient dans le cadre de porter atteinte à la vie du président de la République et renverser son régime.

            La version officielle fait aussi état d’une importante somme d’argent ainsi qu’un plan d’action remis par le général Fallu au lieutenant Kabamba qu’il avait chargé de procéder au recrutement d’officiers subalternes à Kinshasa ,se réservant la tâche de recruter lui-même les officiers supérieurs une fois de retour au pays.

            Dès son arrivée, le lieutenant Kabamba s’était mis à recruter dans le milieu de ses anciens compagnons CEKI-KINTONA. Mais l’un d’entre eux, Nemani de son nom, considérant la gravité de l’affaire en fit part à monsieur Nkulu qui informera à son tour les autorités.

            L’enquête déclenchée avait permis d’appréhender le sous-lieutenant Kabamba qui fit des révélations accablantes à charge des condamnés et principalement du général Fallu. Il déclara en outre qu’un de ses amis stagiaires, en la personne du major Abdul, de nationalité afghane, lui avait déclaré que le major Mpika et major Bula avaient, au cours de leur formation aux Etats-Unis, présenté un brillant exposé sur la possibilité de renverser les régimes politiques dans les pays en voie de développement, notamment au Zaïre, exposé qui fut apprécié par les dirigeants du centre de formation. Cette révélation fut à la base de l’arrestation et de la condamnation de deux majors précités, car les enquêteurs avaient estimé que le susdit exposé avait inspiré les conspirateurs dans l’élaboration de leur plan.

b) Version des victimes

            Après sa formation au CEKI-KITONA, le sous-lieutenant Kabamba est parti en Angleterre pour y suivre les cours d’officiers à l’académie militaire de Forly. Son nom ayant été remplacé par le nom d’un autre Aaïrois, il ratera son inscription au cours de la formation d’officiers de renseignements. Lors des entraînements à Chypre, Kabamba connaitra une atteinte profonde des muscles de la jambe droite. L’intervention chirurgicale se fera aux Etats-Unis d’Amérique. Les frais de cette intervention seraient partagés entre d’une part la base militaire américaine où il poursuivait sa formation et de l’autre par l’ambassade du Zaïre. Et c’est à cette occasion qu’il rencontrera l’attaché militaire Fallu pour solliciter l’intervention et ses services pour les soins de sa jambe. D’ailleurs, Kabamba reconnaît n’avoir vu le général Fallu qu’une fois, le jour de son arrivée et lui avoir téléphoné une fois pour solliciter son intervention dans l’achat du nécessaire pour ses soins et que chaque fois qu’il avait des problèmes, il s’adressait à monsieur Kabwasa, secrétaire particulier du général Fallu.

            Le jour de son retour au Zaïre, à la fin de sa formation, Kabamba reçut un coup de téléphone de monsieur Kabwasa par lequel il lui demandait de passer à l’ambassade du Zaïre retirer un colis important que l’attaché militaire Fallu envoyait au colonel Omba, alors secrétaire particulier du chef de l’Etat. Ne disposant plus de suffisamment de temps, il ne put passer à l’ambassade et prit son avion jusqu’à Kinshasa.

            De retour au pays, le 15 mai 1975, Kabamba reçut quelques jours après la visite de ses anciens compagnons de Kitona venus le saluer : lieutenant Muanza, les adjudants Mukuna, Kayembe et Kalubi. Au cours de leur entretien, l’adjudant Muanza demanda à Kabamba de leur parler des conditions de vie des officiers américains. Celui-ci lui dira qu’elles étaient meilleures et ajouta que jamais la vie des officiers zaïrois ne pourra s’améliorer tant qu’il y aura un militaire à la tête du pays. Il précisa que les officiers zaïrois devraient s’organiser pour renverser Mobutu et le faire remplacer par un civil.

            Après cette entrevue, les compagnons de Kabamba le quitteront sans avoir muri son idée et sans même qu’une quelconque résolution n’ait été prise. Le même jour, l’adjudant Mukuna en parlera à son collègue Nemani Ntambwe qui en fit part à son neveu Nkulu alors chauffeur du député Kabimbi, absent de Kinshasa en ce moment-là. Nkulu conduisit par la suite Ntambwe chez monsieur Nguz Karl-i-Bond, alors directeur du Bureau politique du Mouvement populaire de la révolution pour l’en informer. Celui-ci en fit rapport au président de la République. Un autre groupe d’officiers composé de Mukuna, Nemani Ntambwe, Malebo et Kabeya fut constitué et envoyé chez Kabamba pour sonder ses idées. Celui-ci refusera de déclarer quoique ce soit. Malgré ce mutisme, il sera quand même arrêté le lendemain, 2 juin 1975.

            Le 1er septembre 1975, le Conseil de guerre de la ville de Kinshasa prononcera son jugement dans l’affaire dite « coup monté et manqué » ou « procès des conspirateurs ». Au terme de ce procès, sept personnes ont été condamnées à mort, 25 à des peines temporaires et quelques autres acquittées. Il était reproché aux condamnés d’avoir enfreint aux dispositions des articles :

– 431 du Code de justice militaire réprimant la trahison ;

– 44 et 45 du CPO Livre II prévoyant et sanctionnant l’assassinat ;

– 156 et suivant du CPO Livre II relatifs à l’association des malfaiteurs ;

– 127, alinéa 7 et 457 du CJM relatifs à l’incitation des militaires à commettre des actes contraires aux devoirs et à la discipline ;

– 496 du CJM relatif à l’incitation à commettre des infractions contre le secret de la défense militaire ;

– 4 et 145 relatifs à la tentative de détournement des deniers publics et 193 et suivant relatifs à la divulgation du secret militaire ;

            Dans leurs requêtes introduites à la Conférence nationale souveraine, certains condamnés ont soutenu qu’ils avaient été victimes d’un procès expéditif et truqué et sans respect des droits de la défense dans l’unique but de les faire partir de l’armée et de les dépouiller de leurs biens.

III. Observations

            Il est important de noter que l’arrivée de Kabamba à Kinshasa avait coïncidé presque avec celle du nouvel ambassadeur américain, monsieur Hilton dont question ci-haut. C’est ainsi que le rapport de monsieur Nguz sera une occasion pour le pouvoir de se débarrasser de cet ambassadeur. Il fallait simplement mettre au point un scénario dans lequel cet ambassadeur et la CIA seront cités, étoffer et amplifier les déclarations de Kabamba en entraînant dans l’affaire certains officiers jugés trop prétentieux en vue de les écarter de l’Armée.

            Durant le week-end du 8 au 9 juin 1975, le chef de l’Etat réunit alors les hauts responsables de l’Armée. Une commission révolutionnaire d’enquête fut mise sur pied composée des généraux Singa (Président), Babia, Molongia, Likulia et Bolozi (membres) à l’issue de cette réunion, cette commission ouvrit une enquête qui aboutit aux arrestations de toutes les personnes citées, sans qu’aucun indice sérieux de culpabilité ait été retenu à leur charge. C’est fut notamment le cas du général Fallu  qui sera rappelé au mois de juin 1975 au Zaïre, sous prétexte d’aller commander le 5ème groupement des FAZ à Lubumbashi ; mais qui sera arrêté quelques jours après son arrivée. C’est aussi le cas des attachés militaires Muendo Tiaka et Mudiayi en poste respectivement à Bruxelles et à Paris, qui seront eux aussi rappelés au pays pour se voir arrêtés dès leur arrivée sous prétexte d’avoir eu des contacts avec le général Fallu. Il en sera de même du général Katsuva et du colonel Omba, suspectés d’entretenir de bons rapports avec Fallu ; des majors Mpika et Bula, suspectés d’avoir préparé aux Etats-Unis une étude sur les possibilités de renverser le régime de Mobutu, étude ayant inspiré les conspirateurs.  D’ailleurs, le lieutenant Kabamba sera lui-même arrêté sans qu’on ait retrouvé un seul des officiers par lui recrutés.

            Par la suite, les détenus seront contraints de signer leurs procès-verbaux dans leurs cellules sans les avoir préalablement lus. Il est à noter, que selon les propres dires du général Singa, à la fin de ces enquêtes, la commission déposera entre les mains du chef de l’Etat un rapport par lequel aucune charge sérieuse ne pesait sur les personnes arrêtées.

            Néanmoins, le Conseil de guerre de la ville de Kinshasa sera saisi de l’affaire par l’Auditorat général et condamnera les personnes incriminées le 1er septembre 1975 comme renseigné ci-haut.

            Les condamnés à mort resteront en détention dans des conditions inhumaines. Ils passeront 20 mois dans les cachots souterrains de la 2ème cité de l’OUA avant d’être transféré à la prison d’Angenga où ils rejoignent les autres condamnés à des peines temporaires. Il faut signaler que ce transfert s’effectuera vers le début de la première guerre du Shaba.

            Le 18 octobre 1979, à l’occasion du 49ème anniversaire du chef de l’Etat, interviendra une mesure de grâce (ord.  N° 79/238 du 13 octobre 1979) permettant aux condamnés de recouvrer la liberté mais chacun en relégation dans son village d’origine.

            Il est important de signaler que la décision judiciaire susdite n’avait pas ordonné la confiscation des biens des condamnés. Pourtant, immédiatement après que le jugement fut prononcé, leurs familles seront expulsées des résidences ainsi que leurs biens confisqués. Et lorsqu’il interviendra la mesure de grâce, aucun d’entre eux ne récupérera ses biens. Au contraire, l’un d’eux, le général Fallu déclare que la confiscation de ses biens se poursuit jusqu’à ce jour, car tout dernièrement, le secrétaire général de la Commission des biens saisis et confisqués a ordonné la confiscation de sa parcelle située dans la vie de Kindu.

IV. Vérification des faits

            A la suite des déclarations écrites introduites respectivement par le général Katsuva, le colonel Mwendo Tiaka, le capitaine Mwamba Louis Pascal et les autres, votre Commission a procédé à l’audition des personnes ci-après :

– du côté de l’accusation : les généraux Singa, Babia, Likulia, Bolozi et du colonel Ponde

– du côté des victimes : le général Fallu, le colonel Omba, le major Mpika, le sous-lieutenant Kabamba

            Afin de mieux cerner l’affaire, une délégation de la sous-commission s’est rendue à l’Auditorat général dans le but d’examiner minutieusement le dossier judiciaire.

            De l’analyse des pièces fournies, des dépositions faites à charge ou décharge par devant la sous-commission, il est apparu que la conviction des juges qui ont eu à trancher cette affaire a été essentiellement basée sur les déclarations qu’avait faites Kabamba à ses anciens compagnons de Kitona.

            Malgré les dénégations persistantes de Kabamba sur les faits à lui imputés, l’accusation s’est basée sur les trois points suivants :

– les différents contacts verbaux et téléphoniques que Kabamba aurait eus avec le général Fallu aux Etats-Unis d’une part et les contacts que celui-ci aurait eus avec certaines autres condamnés ou avec les officiers américains d’autre part ;

– le plan de renversement du régime et de son assassinat que Fallu aurait remis à Kabamba lors de son départ des Etats-Unis pour l’exécution des tâches préliminaires à Kinshasa, notamment le recrutement des officiers subalternes ;

– les exposés que les majors Mpika et Bula avaient présentés au cours de leur formation à l’Ecole supérieure de commandement et d’Etat-major de fort Leavenworth des Etats-Unis, sur les possibilités de renverser le pouvoir mobutien par un coup d’Etat.

            Il importe de souligner que l’assertion selon laquelle le sous-lieutenant Kabamba aurait servi au général Fallu d’élément catalyseur pour la préparation et la réussite de ce coup d’Etat, de même que les soi-disant verbaux et téléphoniques que les condamnés avaient eus entre eux avec les officiels américains ne sont étayées d’aucune preuve. Kabamba persiste à déclarer que pendant tout le temps qu’il est resté aux Etats-Unis, il n’a vu Fallu qu’une seule fois à son arrivée. En plus, il reconnaît lui avoir téléphoné une fois pour solliciter l’assistance de ses services pour les soins chirurgicaux de sa jambe.

            D’autre part, l’affirmation selon laquelle le sous-lieutenant Kabamba aurait reçu du général Fallu une certaine somme d’argent ainsi qu’un plan de renversement du régime Mobutu n’est pas prouvée. En effet, non seulement que la preuve de cette remise n’est pas rapportée mais aussi ce plan que l’accusation a prétendu être écrit de la main de Kabamba fait cruellement défaut au dossier judiciaire qui a été examiné par une délégation de la sous-commission et aucun procès-verbal de sa saisie, ni décharge de son retrait du dossier, ni toute autre trace n’a été constaté.

            En outre, rien n’indique, qu’une fois rentré au pays, le sous-lieutenant Kabamba avait procédé au recrutement effectif des officiers. Aucun officier par lui recruté à cet effet, n’a été présenté.

            Enfin, rien n’indique non plus que Kabamba a eu des problèmes avec le général Fallu aux Etats-Unis, au point de fomenter une si grave affaire contre lui. Il a soutenu, au cours du procès, qu’étant marié, Kabamba avait mené une vie difficile aux Etats-Unis avec sa petite bourse, et profitant de cette opportunité, le général Fallu chez qui il sollicitait régulièrement des aides, lui avait offert des avantages financiers considérables en vue d’exécuter son plan. Mais Kabamba a rejeté cette affirmation en précisant que sa bourse lui suffisait amplement.

            S’agissant de l’exposé que les majors Mpika et Bula avaient présenté aux Etats-Unis, aucune preuve n’a été administrée pour soutenir cette assertion. D’après le major Mpika, l’exposé qu’ils avaient présenté se rapportait à des notions de culture générale et non à la politique car il leur était interdit de parler politique. Kabamba a d’ailleurs nié avoir informé les autorités de cet exposé dont il n’a été mis au courant pour la première fois que lors de son audition devant la Commission révolutionnaire d’enquête. Il a précisé que son ami Abdul l’Afghan ne lui avait jamais parlé de cette affaire qui n’était qu’une création du général Babia.

            Lors de la perquisition au domicile du major Mpika au cours de l’instruction préparatoire, aucun document séditieux n’a été saisi. Selon le colonel Ponde, après de vaines recherches des documents sans succès, il ordonnera à son collaborateur, le capitaine Kambala de saisir n’importe quel document à présenter à son chef, le général Molongya. Après traduction du livre saisi, écrit en anglais, il s’était avéré qu’il s’agissait d’un cours de géographie. Le major Mpika déclare avoir perdu toute sa bibliothèque à la suite de la saisie. D’ailleurs après son arrestation, la commission d’enquête lui enjoindra d’écrire quelque chose sur les possibilités de renverser le pouvoir. Il leur répondra que cela n’était pas possible, le Mouvement populaire de la révolution étant suffisamment implanté partout et fort organisé.

            Devant l’insistance de la Commission, il fut conduit dans un autre local où se trouvait ses livres saisis, retira dans le lot un livre relatif aux possibilités de combattre un coup d’Etat et traduisit un passage en ayant soin de le faire précéder d’une brève introduction, où il précisait que le texte ne venait pas de lui, ainsi que la mention LB31, qui est un sigle de repère de cet ouvrage dans la bibliothèque.

            Enfin, le mémoire de fin d’études du major Mpika, produit d’ailleurs par lui-même en manuscrit photocopié, est intitulé : « En cas de conflit militaire entre l’URSS et la Chine populaire, quelle sera la position des Etats-Unis ? », sujet qui n’a rien à voir avec les faits lui reprochés.

            Il y a lieu de signaler que les autres condamnations prononcées dans cette affaire n’avaient pour but que d’embellir le procès.

            L’audition des membres de la Commission révolutionnaire d’enquête a laissé entrevoir que les personnes condamnées le 1er septembre 1975, s’étaient concertées pour mettre au point un quelconque coup d’Etat.

            En l’absence des preuves, il nous paraît ainsi impossible de soutenir que les condamnés avaient ourdi un complot tendant à porter atteinte à la vie du président de la République et à renverser son pouvoir.

IV. Conclusion

            Il ressort de ce qui précède que ce complot a été inventé par le pouvoir dans le but évident de faire partir du Zaïre certains diplomates américains et d’écarter de l’Armée certains officiers ; car peu de temps après le jugement, l’ambassadeur  américain fut effectivement expulsé.

            La parodie de procès qui s’en est suivie n’avait pour but que de couvrir les intentions machiavéliques du pouvoir.

            Nous estimons que l’auditeur général ou à défaut les personnes lésées peuvent saisir le Conseil de guerre général pour obtenir la révision dudit procès conformément aux articles 303 et suivants du code de Justice militaire, étant donné que les violations des droits de l’homme décriées par elles, l’ont été dans le cadre d’un procès suivi devant les instances judiciaires légales.

            Elles peuvent aussi faire application du décret du 21 juin 1937 pour se voir réhabilité dans tous leurs droits.

            S’agissant des biens confisqués, il faut signaler que la loi 1976 était prise pour couvrir les saisies opérées anarchiquement après le prononcé du jugement. Tous les biens ainsi saisis devront donc être restitués à leurs propriétaires ou à leurs ayants droit, ou à défaut leur contre-valeur. Cette loi inique devra donc être abrogée.

            Quant à la réparation des préjudices causés, les personnes lésées devront s’adresser devant les Cours et Tribunaux.

Recommandations

            Votre Sous-Commission propose à la Conférence nationale souveraine :

1. d’enjoindre à l’auditeur général des Forces armées zaïroises d’initier une procédure de révision de ce procès devant le Conseil de guerre général à défaut pour les intéressés de le faire, en vue d’obtenir l’annulation du jugement décrié et la réhabilitation des condamnés ;

2. d’ordonner la restitution de tous les biens meubles et immeubles des condamnés saisis après le prononcé de ce jugement ou leur contre-valeur.

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