Congo-Angola : embarrassantes révélations de WikiLeaks

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 Chaque jour qui passe, le site de WikiLeaks laisse échapper des bribes d’informations croustillantes en rapport avec la République Démocratique du Congo. Après l’affaire des pots de vin aux députés nationaux en vue de faire tomber Vital Kamerhe du perchoir de l’Assemblée Nationale, les dernières nouvelles concernent les relations entre Kinshasa et Luanda. A en croire les câbles de WikiLeaks, la tension qui a longtemps plané entre la RD Congo et le Rwanda, depuis la chute du régime de Habyarimana (avril 1994), s’est déplacée vers l’axe Kinshasa-Luanda.
 En plus des pesanteurs politiques, notamment le rapprochement entre Kinshasa et Kigali que les autorités angolaises verraient d’un très mauvais œil, les câbles diplomatiques disponibles chez WikiLeaks ciblent les enjeux financiers liés au pétrole. L’on apprend ainsi que l’Angola retire annuellement 30% de ses revenus pétroliers du Bloc 15, celui-là même qui, avec les Blocs 14, 0 et 1 font partie du fameux Plateau Continental, lequel héberge aussi de fabuleux gisements pétroliers encore inexploités de la RDC. Ici, la firme Exxon Mobil s’active sur un filon qui représente des réserves pétrolières de l’ordre de 4 milliards de barils.

 WikiLeaks soutient que Luanda s’irrite facilement dès que Kinshasa revendique sa part du gâteau, bien qu’il soit établi qu’elle se sert grassement dans sa mangeoire pétrolière. La délimitation des frontières maritimes, surtout dans leurs espaces contenant le pétrole, est souvent source de graves divergences entre les deux capitales. WikiLeaks signale qu’en 2007, une commission mixte angolo-congolaise s’est penchée sur  le dossier et a abouti à un compromis de partage équitable et équilibré des dividendes pétroliers, à hauteur de 50% pour chaque partie, entre Kinshasa et Luanda. L’on avait parlé à l’époque d’une Zone d’Intérêt Commun (ZIC) qui devrait s’étendre sur une bande de 10 km sur le littoral. Mais, ce deal serait resté sans effet sur les quatre puits en exploitation par l’Angola, par l’entremise de la firme Exxon Mobil.
 WikiLeaks n’hésite pas à établir un lien de cause à effet entre les disputes angolo- congolaises autour de la manne pétrolière et les expulsions des Congolais d’Angola, même si les autorités angolaises accusent ceux-ci d’être à la base de l’évasion de 350 à 700 millions de dollars des recettes du diamant chaque année, à travers l’exploitation artisanale illicite de cette pierre précieuse.
 En mettant en place un comité d’experts chargés d’approfondir le dossier du Plateau continental, avec à sa tête le professeur Kabuya Lumuna, le gouvernement congolais risque, selon WikiLeaks, de s’attirer davantage les foudres de son homologue angolais, même si la RDC a sollicité, pour un règlement à l’amiable, l’arbitrage d’un allié commun, les Etats-Unis d’Amérique.
 L’autre information livrée par WikiLeaks et qu’il convient de prendre avec le maximum de réserve concerne la déception des Angolais, provoquée par l’octroi du Bloc Albertine, dans le Lac Albert, à une multinationale étrangère, alors que Kinshasa l’aurait promis à Luanda en compensation de son effort de guerre.
 Convaincus que WikiLeaks cache de nombreux câbles sur leur pays, les Congolais continuent d’attendre de ce site des éléments de réponse face à l’insécurité qui accable les parties Nord et Est de la République mais aussi au plan de balkanisation des terres leur laissées par leurs ancêtres. Si la boîte à Pandore pouvait être ouverte, chaque Congolaise et chaque Congolais pourraient savoir sur quel pied danser dans les semaines et mois à venir.

Kimp.

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