Congo Airways énerve les recommandations du Sénat

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La question orale avec débat du Sénateur Flore Musendu Flungu adressée à Mme la ministre du Portefeuille sur le trafic aérien en RDC continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive tout en soulevant d’énormes vagues dans le monde de l’aviation civile. Si l’opinion nationale semble sidérée devant les conditions nébuleuses ayant prévalu à la prise de décision du Gouvernement congolais d’envoyer à la trappe la Compagnie aérienne nationale Lignes Aériennes Congolaises, LAC-Sarl, l’on est loin de l’accalmie attendue après les conclusions de l’interpellant ainsi que le vote du Sénat sur ce dossier de brûlante actualité.

Le Sénateur Musendu a clos les débats après avoir suivi les réponses fournies par Mme la ministre Louise Munga Mesogi du Portefeuille et les éclaircissements de son collègue Justin Kalumba Mwana Ngongo des Transports et Voies de Communication.

         Tout l’argumentaire développé par les deux membres du Gouvernement à la table des délibérations a été battu en brèche par les cinglantes conclusions du Sénateur. Preuves à l’appui, l’interpellant a démontré que la décision de la dissolution et de la liquidation de LAC prise par le Gouvernement au cours d’une session du conseil des ministres tenue à Zongo, dans le Kongo Central en décembre 2012, repose sur des prémisses fausses dès le départ. D’où celle dissolution est-elle perçue comme précipitée, cavalière, manipulée, suspecte et mal faite.

         Le Sénat a adopté à l’unanimité les recommandations lui proposées qui portent  sur : a) la suspension de la dissolution de LAC-Sarl b) l’initiation d’un audit  avec l’envoi dune enquête parlementaire au sein de la Compagnie aérienne nationale.

Démarche de la Chambre Haute terminée en eau de boudin ?

 

         En attendant la communication officielle par le Sénat de toutes ces recommandations à la ministre concernée, cette matière se trouve au cœur de nombreux débats dans les médias écrits et audiovisuels qui en ont fait leurs choux gras. Avant la descente sur le terrain de la commission d’enquête parlementaire, des francs- tireurs distillent des faussetés dans l’opinion sur la terminaison en eau de boudin de la démarche de la Chambre Haute.

         Ainsi, les milieux des aviateurs sont-ils envahis par de folles rumeurs faisant état de la non applicabilité des recommandations des Sénateurs qui se limiteraient aux confins de l’habitacle pierreux de la commune de Lingwala et qui n’auraient aucun caractère contraignant. Voilà pourquoi certaines gens tant aux ministères de tutelle qu’au sein de LAC-Sarl feraient la sourde oreille et continueraient leur travail de sape comme si de rien n’était.

         Comme pour alimenter cette version des faits, le vendredi 29 mai 2015, une délégation de Congo Airways s’est présentée vers 14 heures au bâtiment administratif de LAC-Sarl à l’aéroport international der N’Djili. Conduits par le Directeur général accompagné de ses proches collaborateurs, les dirigeants de Congo Airways ont frappé à la porte du Directeur des ressources humaines de LAC-Sarl.

         Grande a été la surprise des cadres et agents d’apprendre que leur présence sur les lieux se situait dans le cadre de la visite d’inspection qu’ils comptaient effectuer dans les locaux du bâtiment administratif de LAC-Sarl. L’entretien a été de très courte durée pour des raisons évidentes. Les visiteurs ont été simplement priés de rebrousser chemin.

Evier d’encourager des actes de provocation

 

         Mis au parfum, les travailleurs de LAC-Sarl encore présents sur le site aéroportuaire, ont tous accouru vers le bâtiment administratif. Fort heureusement, la délégation de Congo Airways venait de quitter les lieux à bord de trois jeeps. La tension est montée d’un cran.

         L’opinion se souviendra que le personnel de LAC-Sarl est généralement réservé. Mais placé le dos au mur, sa réaction fulgurante dépasse tout entendement. Les deux ministères de tutelle qui en ont déjà vécu plusieurs fois les effets, devraient se garder d’encourager de tels actes de provocation.

         Renseignements pris, il ressort que Congo Airways serait à la recherche des bâtiments où placer ses services. Des souffleurs tapis dans l’ombre leur auraient fait croire qu’ils peuvent à tout moment occuper les locaux du bâtiment administratif de LAC-Sarl à l’aéroport international de N’Djili à l’abri des regards indiscrets.

         Abordé à ce sujet, un cadre de l’ONG de défense des droits des agents et cadres de LAC-Sarl parlant sous le sceau de l’anonymat a livré ce qui suit : « A ce jour, aucune convention ne lie Congo Airways à LAC-Sarl qui a une personnalité juridique bien distincte de celle de l’Etat congolais. Il est hors de question que son patrimoine constitué au fil des décennies grâce à la sueur du front de ses travailleurs soit livré en pâture à qui que ce soit, sans que les créanciers privilégiés n’y trouvent leur compte ».

Une témérité aux antipodes du fruit du hasard

 

         Un agent de la Direction technique renchérit : «Il y a quelque temps, nous avons la reçu la visite impromptue du ministre des Transports et Voies de Communication deux ans après qu’il ait pris les commandes de ce ministère. Il n’a pas caché son agréable surprise devant tant de richesses que constituent la capacité installée, les infrastructures, les matériels et les équipements techniques de LAC-Sarl. Le premier ministre est passé par ici deux semaines après lui. Ceci démontre que la témérité des dirigeants de Congo Airways n’est nullement le fruit du hasard ».

         « Et pourtant, complète un délégué syndical mis à l’écart, lorsqu’il a été propulsé à la tête de Congo Airways, l’ancien conseiller du Premier ministre a déclaré haut et fort que cette nouvelle Société disposait de moyens substantiels pour ne pas s’intéresser au patrimoine de LAC-Sarl. Les faits sur le terrain contredisent ses bonnes intentions ».

Comment expliquer cette descente des dirigeants de Congo Airways dans les installations de LAC-Sarl comme s’ils étaient en territoire conquis ? Les Congolais ont encore fraîches dans la mémoire individuelle et collective les recommandations pertinentes du Sénat relatives à la suspension de la dissolution de LAC-Sarl. De tels actes ne pousseraient-ils pas les gens à croire que Congo Airways n’a aucune considération pour la Chambre Haute ? C’est un pas que les agents et cadres du « Léopard volant » ont vite franchi.

Du haut de la tribune du Sénat, l’interpellant Flore Musendu Flungu a démontré que Congo Airways portait en elle tous les germes d’un mort-né. Les spécialistes en aéronautique civile ont longtemps tiré la sonnette d’alarme. Les cadres expérimentés de LAC-Sarl ont indiqué aux autorités du pays les difficultés énormes qui jonchent la voie de la création ex-nihilo d’une nouvelle compagnie aérienne. Soit dit en passant, ce sont les experts congolais qui ont mené toutes les études techniques, financières et opérationnelles à la base de la création de la compagnie aérienne nationale camerounaise Cameroon Airlines ainsi que de la flotte de la Force aérienne congolaise. Comme nul n’est prophète chez soi…

Recours à la sous-traitance auprès des exploitants outillés

         Les experts du constructeur américain Boeing l’ont redit en termes sans équivoques aux responsables du ministère des Transports et Voies de Communication. Cet avionneur a toujours travaillé en étroite collaboration avec les compagnies aériennes en difficultés, surtout celles utilisatrices de ses produits pour les accompagner, les relever et les remettre à flots. Boeing a du reste une longue tradition Air Congo, Air Zaïre, LAC dans l’exploitation commerciale des Boeing 707, 737, 747 (ex Pan Am) et 767 pendant plusieurs années.

         Selon un expert de l’Autorité de l’aviation civile, dont LAC-Sarl constitue le cheval de bataille, vue l’immensité des contraintes diverses, l’Etat congolais a tout à gagner en arrimant Congo Airways aux transporteurs aériens existants de la trempe de LAC-Sarl. Les engagements de nouvelles unités viennent à peine de commencer. S’agissant d’un domaine de haute technologie, la formation du personnel qualifié prendra deux à trois ans, voire plus. Entretemps, Congo Airways sera obligée de procéder à la sous-traitance de certaines prestations par des exploitants outillés en la matière. Ce qui ne constitue nullement une faiblesse.

         Tout en se pliant aux exigences de la loi en matière de certification des transporteurs aériens, Congo Airways ferait œuvre utile en évitant tout passage en force à travers la dépossession indue des patrimoines de certaines entreprises de la place qui ont pignon sur rue comme d’aucuns ont tendance à le conseiller. Il y a suffisamment d’espace dans la ville où Congo Airways peut installer ses pénates sans pour autant chasser sur les plates bandes de LAC-Sarl. L’opinion attend impatiemment la mise en œuvre des recommandations du Sénat.

                Ya’EBENDE