Conférence de presse de Bruxelles : ce que Mgr Mulumba, F. Tshisekedi et Dr Kabanda ont réellement dit

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Félix TshisekediMgr Mulumba, Evêque de Kananga et jeune frère d’Etienne Tshisekedi, F. Tshisekedi, un des fils du défunt et Dr André Kabanda, représentant de l’UDPS en Belgique et au Luxembourg, ont animé une conférence de presse le lundi 13 février 2017 à Bruxelles. Celle-ci était intitulée : « La Communication de la famille et du Parti quant à la suite des obsèques de l’illustre disparu ».
Au lendemain de cette activité, on a beaucoup spéculé, dans les médias comme les réseaux , au sujet des exigences des familles biologiques et politique avant l’organisation des obsèques, de l’autopsie sollicitée par la famille en vue de connaître les circonstances exactes du décès d’Etienne Tshisekedi, de la succession du défunt au Conseil national de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2016, au Conseil des Sages du Rassemblement et à la présidence de l’UDPS. Beaucoup d’encre et salive a abondamment coulé à propos du testament politique d’Etienne Tshisekedi, qui aurait déjà donné le nom de son fils, Félix Tshisekedi, comme candidat unique du Rassemblement à la Primature. Afin de recadrer cette conférence de presse, Le Phare a résolu de la décrypter fidèlement.
– RTBF (Journal télévisé): Je veux savoir si aucune date à ce stade n’est fixée. Vous dites que les obsèques seront consécutives à l’application de l’Accord. Quelle est la réponse que vous obtenez du gouvernement ?
 
– Félix Tshisekedi : Il n’y a pas encore de date justement parce que nous attendons de terminer nos discussions avec le pouvoir en place. Il y a eu plusieurs sites qui ont été proposés pour l’érection d’un mausolée en hommage au disparu et donc nous attendons une réponse de ce côté-là sur le lieu de sépulture et la seconde préoccupation, c’est par rapport aux tensions que l’on observe dans toute la ville, même parfois à travers le pays, sur justement le retour de la dépouille. La famille est très inquiète quant à la possibilité, au risque de débordement. Et nous voulons aussi recevoir des garanties de ce côté-là. Mais c’est surtout le lieu de sépulture qui nous bloque encore pour fixer la date du retour.
 
– Et sur l’Accord politique…? 
 
Félix Tshisekedi :      L’Accord politique est un souhait, c’est une recommandation de la famille. Nous disons bien que ce serait bien de le conclure parce que manifestement c’est ça qui est à la base de la tension. Vous suivez un peu la situation. La population refuse que le gouvernement Badibanga organise les funérailles du président Etienne Tshisekedi. Elle souhaiterait que l’Arrangement particulier de l’Accord signé le 31 décembre 2016 soit conclu pour que le nouveau gouvernement s’en charge. Mais je pense que ça tient plus à la personne du Premier ministre actuel qu’à autre chose. Donc, nous demandons des solutions de ce côté-là pour apaiser des tensions évidemment.  Mais nous n’en faisons pas une exigence à la famille. Je tiens à le préciser.
 
– RTBF Radio : Excuses- moi d’être aussi concrète. Malheureusement, c’est aussi l’objet d’un bras-de-fer politique.  Je ne vois, si je me mets à la place du pouvoir, le pouvoir n’a aucun intérêt à accélérer la mise en place de l’Accord politique, me semble-t-il, parce que c’est l’UDPS qui risque d’être accusée de marchandage et qui risque, peut-être, d’être perdante dans une guerre d’usure autour d’une dépouille que n’importe quelle personne douée d’un peu de cœur et de sens ne peut comprendre.
 
– Félix Tshisekedi : Oui, dans ce cas, qu’on nous désigne très vite le lieu de sépulture, le site sur lequel le mausolée sera érigé. Et qu’on nous garantisse des conditions de sécurité, quant au retour de la dépouille.
Vous savez, moi je viens de Kinshasa, la nouvelle je l’ai reçue de là-bas, je peux vous dire qu’il y a eu beaucoup de tension les jours qui ont suivi. Et si nous le disons aujourd’hui, ce n’est pas du tout pour faire du marchandage. Notre souci, le vœu le plus ardent, c’est d’enterrer notre patriarche, notre leader, notre président, le plus vite possible, surtout, surtout dans les conditions les meilleures. Il ne faut pas qu’il y ait des débordements. Que nous soyons, nous famille, pris entre deux feux  : d’un côté les militants avec des projectiles, et de l’autre les forces de sécurité avec des tirs à balles réelles ou des gaz lacrymogènes. Je crois que vous pouvez comprendre notre souci. Etienne Tshisekedi était un homme de paix, il ne faut pas que ses funérailles soient une occasion d’émeute ou de bain de sang. C’est ça que nous évitons et que nous tenons à éviter avec beaucoup de détermination. Ça n’a rien à avoir avec un marchandage quelconque.
 
Cheikh Fita (journaliste infos en ligne congolaises) : L’UDPS est disposée à tenir jusqu’à quand, au cas où le pouvoir aussi s’entêtait ?
           Félix Tshisekedi : L’UDPS, c’est la partie politique du problème, mais ici nous sommes, je le rappelle, en train de parler au nom de la famille. La famille lance encore un appel pour que le lieu de sépulture soit trouvé. Et cette décision de désignation appartient aux autorités actuellement en place. Je  pense que la meilleure des choses à faire serait déjà de déterminer ce lieu et pour le reste, on peut voir comment est ce que ça peut se faire. Il y a même moyen, peut-être je dirai, de partir, d’envoyer une équipe d’avance, essayer de voir avec les dirigeants du parti  comment est ce que nous pouvons calmer les tensions, en demandant peut-être une présence discrète du gouvernement, voire du Premier ministre Badibanga, qui est la principale personne mise en cause dans cette histoire. Lui demander peut-être de s’effacer, de lancer un appel au calme, etc. Il y aura d’autres possibilités sûrement à explorer, mais le plus important ici, c’est le lieu de sépulture. C’est la réponse que nous attendons depuis tout ce temps. Mon oncle, l’évêque ici à côté, a pris langue avec les représentants de l’Etat pour ce faire, mais jusqu’à présent, nous n’avons toujours pas de réponse à ce sujet. Je crois que c’est ça qui bloque plus que tout.
 
– Baudouin Amba Wetchi : On a raconté beaucoup de choses sur les circonstances de la mort d’Etienne Tshisekedi. La famille a-t-elle reçu un rapport d’autopsie ? A propos du mausolée, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, avait déclaré que l’Exécutif allait prendre en charge toutes les funérailles. Est-ce que la famille a été contactée dans ce sens ?
 
– Félix Tshisekedi : Je vais répondre à la première question et je vais passer le micro à mon oncle pour la deuxième partie, car j’avais dit qu’il avait pris langue avec les autorités de l’Etat.
Au sujet de l’autopsie, nous avons longuement hésité d’en parler, mais puisque vous insistez, on va y répondre.
Ce n’est pas exclu, après qu’on ait consulté les intéressés, donc nous allons demander l’expertise d’un médecin et d’un avocat, pour voir les suites à donner à ce décès. C’est qui est clair, c’est que nous nous posons des questions dans la famille sur ce décès inopiné. Franchement, nous ne l’avons pas vu arriver et en tout cas, des voix se sont vraiment élevées pour que nous le fassions. Evidemment, la décision sera prise après consultation du médecin et des avocats de la famille.
 
Mgr Gérard Mulumba : Quant au deuxième volet, moi-même, il y a une semaine, j’avais été voir le gouvernement, le Vice-premier ministre de l’Intérieur avec tout un tas de ministres qui étaient là-bas pour leur donner des propositions que la famille avait faites sur les lieux d’inhumation. Ce que nous avions proposé n’a pas été retenu, notamment par le gouverneur de la ville. Et nous tenions à ce que l’un ou l’autre de ces deux lieux soit retenu ; Ils ont rejeté, sans indiquer quel site, eux désignaient. Nous avions décidé d’en reparler, ils ne nous ont plus appelé pour le faire, entre-temps moi je suis venu ici à Bruxelles.
            Donc, nous avions proposé au moins deux sites : sur la place Triomphal ou pont Cabu à Kasa-Vubu, un site historique où devrait avoir lieu le premier meeting de l’UDPS réprimé par les sbires de Mobutu et où il a rassemblé le peuple pour la dernière fois dans son dernier meeting. Le gouverneur de la ville n’a pas accepté. Le deuxième lieu, c’est au Palais de Justice, au Rond-point des Affaires étrangères, qui n’a pas été non plus accepté par le gouverneur de la ville. Voilà.
Concernant les frais, le gouvernement avait dit qu’il allait prendre totalement en charge les obsèques.
 
Le Soir : une double question. Souhaitez-vous que le Premier ministre n’assiste pas aux funérailles ? La mort de votre père laisse un vide. Que sera-t-il de sa succession ?
Félix Tshisekedi : A propos de la présence de Mr Samy Badibanga, il serait mieux qu’il ne soit pas présent pour calmer les tensions. Je ne le dis pas par rapport à lui. Je n’ai pas de problème personnel avec lui, mais je crois que politiquement ce serait indélicat d’être là parce qu’il sait très bien comment son parcours politique de ce dernier temps a été sujet à polémique dans le parti. Je crois que ce serait une maladresse de se mettre en avant-plan et qu’il soit celui qui va organiser, au nom du gouvernement congolais, les obsèques.
            Quant à son changement comme Premier ministre, je crois que c’est la conséquence même de l’Accord du 31 décembre. Maintenant la question est celle de savoir quand ? Mais, nous dans la famille, la priorité est encore l’enterrement de notre père, patriarche, leader. Le reste, c’est à la politique de s’en charger. Nous, nous voulons lui rendre un hommage digne de ce qu’il a été.
            Concernant la succession, au niveau de l’UDPS, il y a déjà eu une longue réunion au lendemain de l’annonce du décès et tous les grands cadres, autour du secrétaire général du parti, Jean-Marc Kabund, avait dit : « Consacrons-nous d’abord aux obsèques, donc organisons les dignement et ensuite, nous allons nous retrouver très rapidement, après l’enterrement, pour discuter de la période intérimaire c’est-à-dire la présidence provisoire. Et ici certaines idées lancées comme ça parlaient d’un directoire, d’autres ont proposé le renforcement du secrétariat général. Mais on verra bien le moment venu, car nous trouverons une solution. Et ce sera pendant une période très courte qui nous permettra d’organiser le Congrès qui désignera le prochain président full time de l’UDPS, donc le successeur d’Etienne Tshisekedi.
Quant à savoir si je serai moi-même candidat, je vous demande d’avoir un peu de patience, parce qu’au moment venu vous aurez la réponse. Ce n’est pas le moment d’en parler.
Anvers : Qu’est ce qui vous fait penser, concrètement, qu’une autopsie serait nécessaire ? Y a-t-il des indices sérieux ?
Félix Tshisekedi : D’abord la rapidité de la dégradation de son état de santé. Ensuite, le décès est arrivé après qu’il ait subi une intervention chirurgicale au pied gauche. Normalement, d’après le spécialiste, on aurait pu faire juste une anesthésie locale. Finalement les médecins nous ont expliqué qu’ils ont dû passer à une anesthésie générale parce que l’intervention a duré plus longtemps que prévu. Cependant, certains médecins ne sont pas d’accord, et ce sont des anesthésistes, affirmant qu’on peut maintenir un patient en situation d’anesthésie locale durant tout le temps que peut durer l’intervention chirurgicale.
Journaliste : concernant la mise en application de l’Accord, votre présence ici à Bruxelles ne risque-t-il pas de faire trainer davantage la situation ? Qu’est ce qui reste à faire ? Quels sont les points d’achoppement ?
Félix Tshisekedi : Demain normalement (mardi 14 février 2017) , sauf changement de dernière minute, je prends mon vol pour Kinshasa. Je tiens à repréciser ici que si nous en parlons, c’est pour honorer la mémoire d’Etienne Tshisekedi qui s’était beaucoup investi pour son aboutissement et avait pris beaucoup de responsabilité pour accepter cela. Beaucoup le savent qu’il a été le véritable président élu en 2011 et s’il a dû faire ce revirement, c’est-à-dire accepter cet accord qui redonne à Joseph Kabila une année de plus, malgré la fin de son mandat constitutionnel le 19 décembre de l’année passée, c’est une démonstration de la volonté de régler de manière pacifique la situation de crise politique qui sévissait au Congo. C’est au nom de ce combat là que nous voulons voir cet accord se concrétiser, se réaliser. 
Ce qui restait à faire, c’est des « Arrangements particuliers », c’est-à-dire la manière dont nous allons le mettre en œuvre. Normalement, ça devrait durer moins que les négociations de l’Accord lui-même.
Ca bloque sur des problèmes de caprices. Dans l’Accord, il est dit clairement au point 3 que le Premier ministre est désigné par le Rassemblement et ensuite nommé par le Président de la République, conformément à l’article 78 de la Constitution. C’est clair. Les amis d’en-face reviennent avec de problèmes d’ego, et interprétait cela comme une imposition de personne au Chef de l’Etat. Nous les soupçonnons de vouloir gagner du temps et de compromettre le processus lui-même. Vous savez qu’avant le compromis politique du 31 décembre, nous devrions avoir des élections présidentielle, législatives et provinciales. Plus nous prenons du retard, moins ce sera possible d’articuler ce programme et d’arriver à bon port pour les élections. Je crois et je soupçonne le gouvernement d’être quelque part en train de souhaiter ce scenario et de faire le constat à la fin de l’année qu’il n’y a pas eu élection. Ainsi, ils pourront déclencher le mécanisme d’un Referendum qui va nettoyer cette Constitution et la remplacer par une autre pour permettre à Joseph Kabila de se repositionner.
Nous nous sommes engagés à perpétuer l’œuvre de Tshisekedi et nous allons faire obstacle à ce plan. (Applaudissements dans la salle…)
 
Hilda Odia (CCTV/ Kinshasa) : Quel est le plan B si Kinshasa résiste pour agréer à vos préalables du rapatriement du corps ?
Félix Tshisekedi : Je le répète encore  nous ne conditionnons pas le retour d’Etienne Tshisekedi à la signature de l’Accord. C’est un souhait que nous émettons pour aider le gouvernement à calmer les esprits au pays qui sont surchauffés. Le plus important pour nous, c’est la désignation d’un lieu de sépulture où sera érigé un mausolée pour Etienne Tshisekedi comme on l’a fait pour Laurent Désiré Kabila.
Mgr Gérard Mulumba : Je crois que fermer les yeux sur le climat actuel, à Kinshasa surtout et ailleurs au pays, n’est pas une bonne chose. Le climat actuel n’est pas du tout indiqué pour que le corps arrive à Kinshasa, sans que les conditions d’apaisement soient réalisées. Un gouvernement qui ferait cela n’est pas un gouvernement responsable.
Fabien Kusuanika (Télé Tshangu) : Qu’est ce qui est envisagé sur le remplacement du président Tshisekedi à la tête du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement ? Quelle protection du site face aux profanations ? Quid de la possibilité d’un mausolée au siège de l’UDPS ?
Félix Tshisekedi : Ce n’est pas à l’UDPS seule de décider. Le Rassemblement, c’est la composition de plusieurs forces. Le poste du président du Conseil des sages tel que conçu avait été taillé à la dimension et la personne de Tshisekedi avec l’accord de tout le monde. Ce n’était pas par rapport à sa position en tant que président de l’UDPS, mais son charisme, son parcours, sa notoriété. Bref, un statut assez particulier qui n’avait rien à avoir avec son appartenance à l’UDPS. Ce qui fait qu’aujourd’hui on n’a plus de personnalité de cette dimension au sein du Rassemblement. D’où la nécessité de revoir même ce conseil des sages dans son influence dans le Rassemblement. Peut-être revenir à une formule classique « Président avec ses vice-présidents »et directement pourvoir à ce vide, car le président du Rassemblement est de surcroit président du Conseil national de suivi de l’Accord(CNCA). Très vite, c’est pourquoi je rentre aussi car il faut vite se réunir avec les amis pour voir quelle option lever de ce côté-là. 
Par rapport au site, c’est vrai que la profanation reste toujours du domaine du possible. Comme cela va devenir un site officiel, une garde sera confiée pour sa sécurité comme on le fait pour le mausolée de LD Kabila. Jusqu’ici, aucun acte de profanation n’a été enregistré parce que c’est bien protégé.
Oui, c’est possible un mausolée au siège du parti. Mais, il faut toujours des autorisations, mais jusqu’ici on n’en pas. La question est plutôt à poser au pouvoir.
 
Conférence de presse retranscrite par
Tshieke Bukasa 

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