Concertations nationales : la grande confusion !

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opposition en turpitudeAu sortir de ce qui était attendu comme le round de clarification des termes de référence des Concertations nationales par Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat et « co-pilote » de ce forum, les observateurs constatent une grande confusion dans les esprits. Cela a eu pour effet néfaste de créer des foyers de mécontentement et de contestation aussi bien au sein de la Majorité Président que de l’Opposition, les deux principales composantes qui s’entredéchirent autour de leur convocation et de leur organisation.

Le dernier week-end en effet, les consultations menées en solo d’abord puis en synergie avec Aubin Minaku, président de l’Assemblée Nationale, par le président Léon Kengo du Sénat en direction de l’Opposition, ont révélé l’apparition d’un grand fossé entre ce dernier et une large frange de celle qu’il considère, depuis l’élection présidentielle de novembre 2011, comme sa nouvelle famille politique.

L’Opposition redoute une « infiltration »

En dépit de ses assurances de vouloir piloter un dialogue inclusif et de ne pas trahir les résolutions de la Déclaration commune de juillet 2013 et du Conclave de Limete, le président du Sénat ne rassure ni les partisans de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), ni ceux du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et du Groupe Parlementaire UDPS et Alliés, encore moins ceux des FAC (Forces Acquises au Changement). Le premier reproche qu’on lui fait est celui d’avoir accepté la présidence du présidium des Concertations Nationales, contrairement à la position adoptée par ses pairs exigeant la mise en place préalable d’un comité préparatoire mixte Majorité-Opposition-Société Civile appelé à décider d’une modération tripartite. Ensuite, la fixation unilatérale des thématiques suivie de la nomination également unilatérale des membres du Secrétariat technique a répandu au sein de l’Opposition l’image d’un Kengo totalement acquis au schéma de la caporalisation du Dialogue national par la famille politique du Chef de l’Etat.

D’où, en dehors de son propre parti, l’Union des Forces du Centre (UFC), et de quelques partis satellites sans assise populaire au pays, Léon Kengo wa Dondo parait de plus en plus comme un homme seul, que certains de ses anciens alliés d’un jour ou d’une semaine soupçonnent d’être un infiltré de la Majorité présidentielle.

 La MP pas d’accord avec Kengo

 D’aucuns pensaient que le discours tenu par Léon Kengo autour de la tenue des Concertations Nationales allait soulever l’enthousiasme chez les partisans du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, leur initiateur. Mais contrairement aux prévisions, la Majorité Présidentielle ne partage pas sa vision concernant « la médiation » ou « l’accompagnement » de ces assises et surtout le projet de formation d’un gouvernement d’union nationale, qui devait cimenter la cohésion nationale et résoudre la crise politique.

Dans le lot des réactions contre le schéma Kengo, il y a celle du député Emmanuel Ramazani Shadari, député de la circonscription de Kabambare, dans le Maniema. S’adressant aux médias samedi après l’échange entre le bureau du présidium et sa plateforme politique, il s’est farouchement opposé à toute idée de partage du pouvoir avec l’Opposition au sein d’un gouvernement. A son avis, les Concertations nationales sont sans objet s’il est acquis  qu’elles visent l’entrée au gouvernement des représentants de l’Opposition car il est possible de le faire à moindre coût, ici même à Kinshasa.

 Lambert Mende, pour sa part, a tenu à clarifier le rôle du président Sassou Nguesso, que le président du Sénat tend à confondre avec celui d’un médiateur. Selon ce membre de la MP en charge du ministère des Médias, des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté, le Chef de l’Etat du Congo-Brazzaville est appelé à remplir la mission d’« accompagnateur à la carte », entendez un médiateur à qui on ne ferait recours qu’en cas de blocage sur un point donné des discussions. Son intervention consisterait à amener les parties en désaccord à dégager un consensus autour de leur divergence et une fois le fil du dialogue renoué, il se retirerait pour être rappelé, le cas échéant, s’il y a un autre blocage.

Selon Lambert Mende, le président du Congo-Brazzaville, chef de l’Etat en exercice ne peut pas opérer comme médiateur des Concertations nationales, au risque de tomber dans le cas d’ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat, fait prohibé dans l’Accord d’Addis-Abeba. Rappelant le cas du Botswanais Ketumile Masire, il a relevé que ce dernier n’était plus aux affaires lorsqu’il était appelé à piloter le Dialogue Intercongolais. Par conséquent, il ne pouvait être accusé de s’être ingéré dans les affaires internes congolaises.

Avant Concertations = après Concertations ?

            Au regard de la méfiance suscitée par Kengo au sein de la classe politique congolaise et de la volonté affirmée de la famille politique du Chef de l’Etat d’exclure du Dialogue les questions liées à l’insécurité à l’Est du pays et à la crise de légitimité au sommet de l’Etat, il importe de se demander si le pays va s’installer dans le statu quo, à savoir avant Concertations = après Concertations. Dans pareille hypothèse, il faudrait expliquer aux citoyens du Congo profond par quel mécanisme la République Démocratique du Congo pourrait retrouver la paix, recréer la cohésion nationale et se relancer dans la voie du développement.

            Comme chacun le sait, le pays souffre d’une grave crise politique, avec des répercussions certaines sur les plans sécuritaire et économique, à la suite des fraudes électorales de novembre 2011. Les maîtres du monde, dans le souci de prévenir sa descente aux enfers, préconisent un dialogue global – cas de Ban ki-moon et de Mary Robinson pour le banc onusien- c’est-à-dire un forum où toutes les parties prenantes (Pouvoir-Opposition-Société Civile-M23-Diaspora) devraient être représentées et où toutes les questions d’intérêt national devraient être débattues.

Car, sans un forum inclusif et un débat sans tabou, comment régler la question de l’insécurité récurrente, de la nébuleuses M23 et de ses ramifications en Ouganda et au Rwanda, de l’infiltration des FARDC par des forces occultes, de la vérité des urnes faussée par la CENI de Ngoy Mulunda, du pillage des ressources naturelles nationales, de la corruption érigée en mode de gestion, de l’enrichissement sans cause des gestionnaires des affaires publiques, de la misère généralisée des Congolais « d’en-bas », des violations massives des droits humains, etc. Si ceux qui devaient se parler à la demande expresse de la communauté internationale refusent de le faire, à quels lendemains faut-il s’attendre ?

                                                                                  Kimp

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