Concertations nationales : échec programmé

3
58

Palais du peuple, le parlement à Kinshasa, 2007.On s’achemine inévitablement vers une nouvelle bipolarisation de la vie politique sous prétexte de résoudre cette crise aux visages apparemment multiples qui déchire la nation congolaise depuis le déclenchement de la démocratie en RDC. Et comme à l’accoutumée, les acteurs sociopolitiques se déchirent sans pitié et sans vergogne pour se positionner dans tel ou tel camp. Celui qui avait lancé il y a quelque temps l’histoire du bal des chauves n’avait pas eu tord car il a été rattrapé par la réalité sur le terrain. Le ciel jusque-là très sombre s’est brusquement éclairci. Avant que le soleil ne se lève, les faux chauves se sont découverts, à l’aube, couverts d’une longue et abondante barbe sous les regards ahuris de ceux qui assistaient naïvement à ce bal des chauves.  Il n’y a plus de doute, les masques sont tombés et les gens ont enlevé leurs fausses barbes.

L’un des deux co-présidents du Présidium, en l’occurrence Léon KENGO Wa Dondo semble être allé vite en besogne, jetant très tôt un pavé dans la marre en annonçant très haut ce que tout le monde pensait tout bas. A savoir que ces concertations politiques auront comme finalité la formation d’un gouvernement d’union nationale. Selon ses proches, c’est cet appel qui a sonné le toscain pour alerter toutes les espèces vivantes et savantes de la faune et de la flore politique congolaise qui n’ont pas attendu longtemps pour sortir du bois et de la savane.

Fin du bal des chauves

            Un autre évènement qui a donné aux véritable coup d’arrêt à ce faux bal des chauves, c’est le report de la rencontre initialement prévue le week end dernier entre le Président du Congo-Brazzaville, Denis SASSOU Nguesso, et le président national de l’UDPS, Etienne TSHISEKEDI. Selon ses proches, ce dernier a déjoué un complot mal ficelé, à savoir que sa présence dans la capitale brazzavilloise aurait été exploitée par le camp de la MP et ses nouveaux Alliés comme une caution aux concertations nationales telles que lancées par l’ordonnance de Joseph KABILA. Autrement dit, Etienne TSHISEKEDI aurait par cet acte reconnu la légitimité de son rival aux élections de novembre 2011. Il ne lui resterait plus qu’à envoyer ses délégués au comité mixte de pilotage de ces travaux, auraient crié haut et fort les partisans de la famille proche de Joseph KABILA. C’est ce qui explique toute la colère mal retenue de ceux qui l’attendaient à ce piège et qui se sont immédiatement répandus en injures et autres qualificatifs désobligeants et immoraux à l’endroit du leader de l’UDPS dans les médias locaux.

            De même, en effectuant le déplacement de Brazzaville, Etienne TSHISEKEDI aurait cautionné le titre «d’accompagnateur à la carte» que les partisans de ces concertations ont donné au Président SASSOU Nguesso.

Echec programmé de ces concertations

            En insistant sur le caractère inclusif de ces concertations politiques, la communauté internationale comptait sur la présence de toutes les sensibilités politiques les plus marquantes pour résoudre la crise politique née de ces élections de novembre 2011 qui, selon le Cardinal Laurent MONSENGWO, n’ont pas reflété ni la vérité, ni la justice. Il saute ainsi aux yeux qu’il y aura deux camps protagonistes. Le premier est celui composé des délégués des partis politiques se réclamant proches du président Joseph KABILA et ceux des partis proches de l’Opposition, notamment le MLC, l’UFC de KENGO, la plate-forme de José MAKILA et bien d’autres ainsi que certains animateurs de la société civile.

            Le deuxième camp est celui des délégués de l’UDPS et Alliés, de l’UNC, des FAC ainsi que ceux des groupes armés et certains animateurs de la société civile. Comme lors de tous les rendez-vous entre congolais pour résoudre une crise politique, notamment à la Table Ronde politique de Bruxelles, au Conclave de Lovanium, à la Conférence nationale et à Sun City, il y aura certainement un blocage dès l’ouverture de ces travaux. Des voix vont s’élever pour réclamer la présence du leader de l’UDPS.

            On rappelle que l’UDPS conditionne sa participation à l’inscription à l’ordre du jour de la question de la vérité des urnes. Pour l’UNC de Vital KAMERHE et les FAC de Martin FAYULU, les préalables s’articulent autour du rejet pur et simple de l’ordonnance de convocation des concertations nationales, de l’enrichissement des thématiques avec la question de la légitimité des urnes, la révision de ce présidium et l’intégration des délégués des groupes armés et surtout la désignation d’un médiateur neutre en lieu et place d’un accompagnateur à la carte.

            Ainsi donc, l’on se pose la question de savoir quel sera le visage du Congo si le train de ces concertations nationales démarre en l’absence de ceux qui posent des préalables. Dès lors que ce sont les thèmes de la cohésion et de la réconciliation qui constituent les fondements de ces concertations nationales, comment parvenir à la réconciliation et à la cohésion sans avoir résolu la crise de légitimité née de ces élections de novembre 2011 qualifiées par le Prélat Catholique de ne pas refléter ni la vérité ni la justice ?

F.M. 

3 COMMENTS

  1. Ces concertations ne sont qu’un trompe -l’oeil quand tout le monde sait que la vraie question réside dans la légitimité de ce pouvoir usurpé depuis 2001 Masquer la vérité ne sert à rien. . Quand le peuple ne se retrouve pas dans sa majorité et croûpit chaque jour un peu plus dans la misère alors que le pays peut lui donner tout ce dont il a besoin, il se pose alors un problème de gestion de la res publica. Qu’on arrête ces simagrées où beaucoup ne courent que pour le maintien de leurs privilèges.

  2. J’habite le Canada et c’est unique journal congolais que je trouve sérieux dans ses analyses. Continues et ne vendez pas votre conscience, Bravo Le phare, toujours égale è lui-même.

LEAVE A REPLY

*