Compilation des résultats des législatives : Ceni – Experts américains, le divorce !

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Arrivés à Kinshasa juste après la fête de Nouvel An, à la demande de la CENI (Commission Electorale Indépendante), les experts américains appartenant à l’Ong NDI (National Democratic Institute) sont rentrés précipitamment, le week-end dernier, dans leur pays d’origine. A en croire diverses sources, les violons ne se sont pas accordés entre les parties congolaise et américaine au sujet des termes de référence en rapport avec le travail de compilation des résultats des élections législatives nationales qu’elles étaient censées réaliser ensemble.
On laisse entendre que les partenaires de la CENI tenaient non seulement à jeter un coup d’oeil dans le serveur, mais aussi à vérifier l’état du fichier électoral, la cartographie des bureaux de vote, des procès-verbaux de dépouillement des résultats signés par les témoins des bureaux et même celui des urnes et des bulletins de vote, etc. Au fait, les experts américains cherchaient à obtenir des données physiques et techniques pouvant leur permettre d’émettre des avis autorisés sur le caractère transparent ou non des résultats des scrutins législatifs nationaux du 28 novembre 2011.

Ils auraient refusé, indique-t-on, d’être traités comme de simples caisses d’enregistrement des chiffres pré-compilés par le personnel de la CENI et déjà rendus publics dans les médias ainsi que le site Internet de cette institution d’appui à la démocratie.
Selon certaines indiscrétions, les experts américains ont placé la barre très haut, dans leur quête de la vérité des urnes. En effet, il était matériellement et techniquement impossible à la CENI de mettre à leur disposition son serveur central, son fichier électoral, les procès-verbaux de dépouillement des scrutins, les bulletins de vote ainsi que les urnes, plus près de deux mois après le vote. L’opération était d’autant compliquée que, suite à divers impondérables politiques et techniques, la plupart des données de nature à concourir à la contre-vérification des résultats avaient été soit perdues, soit détruites, soit encore complètement maquillées.

Le serveur central et le fichier électoral par exemple, ne pouvaient être mis à la disposition de témoins gênants, en raison du tabou entretenu à leur sujet par la CENI depuis qu’elle avait récupéré les opérations pré-électorales des mains de la défunte CEI (Commission Electorale Indépendante).
S’agissant des bulletins de vote et des urnes, leur revisitation n’est plus possible, car détruits ou vendus aux enchères après le transfert des procès-verbaux des résultats vers les centres locaux de compilation. Point n’est besoin de rappeler que la sécurité de ces kits sensibles laissaient à désirer. Il y a lieu de relever à ce sujet que certains matériels électoraux avaient connu les affres des intempéries (pluies, soleil, humidité), tant et si bien qu’ils ne peuvent renseigner sur rien. L’unique alternative était de leur faire endosser du «prêt à porter».

A en croire certains analystes politiques et spécialistes du droit, la tradition, aux Etats-Unis d’Amérique, veut que les urnes soient scellées, avec leur contenu (bulletins de vote), peu après la fin des opérations de dépouillement, pendant toute la durée de la législature (4 ans). Ainsi, dans l’hypothèse d’un contentieux électoral, le recomptage manuel des voix peut intervenir à tout moment. Et, dans le cas où il y a un ou plusieurs cas de recomptage de voix, on déscelle et rescelle les urnes autant de fois que l’exigent les circonstances.
D’où, dans l’entendement des experts américains, les urnes ayant recueilli les voix des électeurs congolais le 28 novembre 2011 devaient rester scellées jusqu’à l’épuisement total des cas de contestation des résultats. Ils ne pouvaient comprendre que moins de deux mois après les élections et surtout avant que la Cour Suprême de Justice n’ouvre les dossiers des contentieux électoraux pour les législatives nationales, les urnes ne puissent plus être disponibles comme pièces décisives pour la contre-vérification des résultats des scrutins.
Bref, face à un tas de documents de travail indisponibles pour la bonne lecture des résultats compilés par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), les experts américains ont estimé plus honnête et prudent de rentrer au bercail.

Que va-t-il se passer après ?
Comme pour la présidentielle, la CENI va naturellement proclamer les résultats provisoires des élections législatives nationales, sans tenir compte de la rupture de la confiance entre elle ses partenaires tant internes qu’externes.  Un membre du gouvernement a du reste apporté de l’eau à son moulin, en faisant remarquer que les experts américains n’avaient pas pour mission de certifier les résultats. En posant une panoplie de préalables avant de travailler en synergie avec la CENI, a-t-il relevé, ils ont outrepassé leur mission. Au nom de sa souveraineté, la RDC est en droit de s’opposer au diktat de ces experts venus à l’invitation de la partie congolaise.

Le dossier de la transparence contestée des élections tant présidentielle que législatives nationales est-il pour autant clos ? Il est permis d’en douter, au regard des réactions négatives que continuent de susciter, dans les chancelleries occidentales, les résultats compilés par la Commission Electorale Nationale Indépendante. Ce qu’il faut le plus craindre désormais est que les puissances politiques, militaires, économiques et industrielles de notre planète, de concert avec des institutions financières telles que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ne confirment, à bref délai, leur rupture avec les hommes au pouvoir à Kinshasa.
Pays post-conflit en phase de refondation en tant qu’Etat et de reconstruction économique, industrielle et infrastructurelle, la République Démocratique du Congo dispose-t-elle de reins suffisamment solides pour soutenir un embargo politique, diplomatique et financier ? Ou encore, les « grands » de ce monde vont-ils fermer les yeux sur les tripatouillages du 28 novembre 2011 et des centres de compilation pour ne pas compromettre les chances de renaissance du Congo en tant que Nation et future puissance économique et industrielle du continent africain ? L’avenir ne manquera pas de nous fixer dans les semaines à venir.

KIMP

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