Commune de la Nsele : Mikonga à la croisée des chemins de la modernisation

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Les « Mikongais » peuvent, enfin, bien se reconnaître dans l’immense mégapole Kinshasa. Cette capitale qui s’étend sur 24 communes avec environ sept millions d’habitants, selon les dernières statistiques. Localisée à quelques encablures de l’Aéroport international de Ndjili (Est de la capitale), cet énorme quartier d’environ 5 milles âmes, est réputée la moins lotie contrairement à l’urbanisation moderne de sa « voisine » Kinkole, la célèbre cité où Mobutu, le 24 avril de chaque année, fêtait avec les pécheurs la journée du poisson. Mikonga-Kinkole, c’est à un jet de pierre. A Kinkole, c’est l’eau courante de la Régideso et l’électricité de la Snel. Depuis que le « chef » Petro trône à la tête de cette entité champêtre, tirée de la « ruralisation » par des actions modernes des religieux de la congrégation des Claretains, un acte moderne vient d’en rajouter : un géant immeuble, d’environ cinq niveaux le surplombe sur la Nationale numéro I. « Nous sommes flattés par cet investissement qui vient donner à notre cité un visage digne d’un quartier urbain », lâche, sourire en coin, Mulumba, batteur des briques à dobe. 

            Des sources locales rapportent que l’immeuble est l’une des maisons d’un homme d’affaires très connu dans le commerce d’import sur l’axe Gouanzhou-Kinshasa. A tel point que des espaces vierges qui se négociaient à moins de 2000 Usdo, ont triplé le prix. « J’ai vendu mon espace à 5000 Usdo l’année dernière parce que le quartier n’est plus ce vaste village mais bien un centre urbain », laisse entendre Jacques Lilua, propriétaire d’une vaste parcelle où il élève quelques têtes de porcs. Une rapide modernité qui a valu à ce vaste quartier après Kinkole, l’érection de l’administration foncière de la Nsele. La Circonscription foncière et ses services connexes sont logés au bâtiment qui abritait, jadis, le BNPS (Bureau national pour la promotion sociale), disparu du fait de mauvaise gestion, selon des sources. 

Jusqu’aux cimetières 

Le besoin en habitat se fait sentir à tel point que le centre ville, saturé, refuse du monde. De nouveaux lotissements, dont certains anarchiques, sont créés. Aux côtés des cimetières. Comme au centre de Kinshasa, des propriétaires de parcelles, rongés par la misère, proposent à la vente, des « demis ».

«Notre père ne travaille plus et nous sommes obligés de vendre une moitié de notre parcelle pour survivre ou alors nous allons nous lancer dans le petit commerce», explique Kadi, 23 ans, chômeur depuis qu’il a terminé son cycle des humanités. 

            Les maisons poussent sur les espaces réservés à l’enterrement des morts. Et même certaines tombes ont cédé leur place aux constructions, quelques fois hors normes. Mais l’autorité les a fait démolir. Officiellement fermé, le cimetière de Ngbanda, du nom d’un ancien proche collaborateur du président Mobutu (1965-1997) continue de recevoir des corps, avec la complicité des commis de l’Etat. Honoré Ngbanda avait acquis une résidence à Mikonga, restée une référence pour ses voisins proches et lointains.

Un autre site actuellement ouvert à l’enterrement mais rongé peu à peu par de gigantesques constructions est « Antenne ». La plupart sont attribuées à de hauts responsables de l’Armée. « Mikonga se révèle actuellement comme une cité d’avenir, de grands y achètent des espaces et érigent des constructions en attendant… », allègue, pour sa part, Gétou Yedi, qui habite ce quartier depuis une dizaine d’années. « C’était un village, nous allions en ville une fois le mois. Mais, maintenant le taxi est régulier et le transport à un prix abordable ». 

Au-delà de l’administration, la magouille… 

Si Mikonga est actuellement loti selon les normes, certains services fonciers entretiennent l’arbitraire. Certains fonctionnaires sont accusés de revendre, pour peu, à plusieurs personnes un seul lopin de terre et auxquelles ils délivrent des documents requis avec la complicité du chef coutumier. « On vous remet des documents authentiques de propriété mais qui se révèlent faux parce qu’on ne peut pas vendre une parcelle à deux personnes », regrette Bahati qui dispose de plates-formes de légumes sur la berge de la rivière Bondo, du nom de l’éditeur de Salongo qui dispose d’une large concession actuellement vendu par morceaux. Une magouille que d’aucuns attribuent à l’extrême précarité de la vie du fonctionnaire mais aussi au désordre délibérément entretenu au niveau des services compétents.                 

D-I.K

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