Commission Mutamba au Nord-Kivu : Sénat, un huis clos suspect en 2008

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Au fur et à mesure que disparaissent les zones d’ombre qui enveloppaient les véritables facteurs de l’insécurité au Nord-Kivu, Congolaises et Congolais  saisissent mieux les dessous des cartes. Il est maintenant établi qu’entre autres enjeux cachés de l’instrumentalisation des groupes armés, nationaux comme étrangers, il y a l’exploitation et l’exportation frauduleuses des minerais : or, diamant, coltan, cassitérite, cobalt, uranium, etc. Chaque jour qui passe, des aéronefs en provenance des pays de l’Afrique de l’Est, dont certains reçoivent des autorisations de l’administration de l’aviation civile congolaise, atterrissent et décollent des aérodromes du Nord-Kivu.

S’agissant du business qui se développe sous couvert des mouvements rebelles qui poussent comme des champignons dans cette partie de la République, d’aucuns se souviennent qu’en 2008, le Sénat avait décidé de mettre sur pied une commission d’enquête chargée de faire l’état des lieux dans le secteur minier. La Commission Mutamba Dibwe, du nom d’un sénateur, ingénieur des mines de son état, ayant exercé dans les années ’80 les fonctions de Directeur Technique de la Gécamines, était chargée de passer au peigne fin les contrats et titres miniers à travers toute la République.

Alors que des millions de Congolaises et Congolais attendaient un débat public autour de la maffia qui gangrenait le secteur minier, un huis clos avait été décrété par le bureau du Sénat. Etaient ainsi interdits de connaître les dessous des cartes non seulement les journalistes et les experts en questions minières, mais aussi les secrétaires parlementaires et les assistants des sénateurs. De mémoire des habitués des séances plénières du Sénat, ce genre de huis clos n’interviennent que lorsqu’il s’agit de débats autour des émoluments des sénateurs.

Mais, en dépit de toutes les précautions prises en vue de tenir la majorité de nos concitoyens sous informés, des fuites ont été enregistrées en fin de législature, surtout après l’abandon de leurs mandats par plusieurs sénateurs élus députés nationaux. Selon les documents en circulation dans certaines officines politiques, le Nord-Kivu est d’abord et avant tout victime des vautours, internes comme externes, qui semblent décidés à piller, pendant des décennies, ses mines d’or, de diamant, de coltan, de cassitérite et autres, sans rendre compte à qui que ce soit.

L’axe du mal part des territoires du Nord-Kivu contrôlés par les forces négatives (CNDP, Mai-Mai, Pareco, FDLR, M 23…) passe par des pays voisins tels que le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie à destination des ports de l’Océan indien : Nairobi, Mombassa, Dar-es-Salam. Dans le lot des aéroports de transit, on cite ceux de Kigali, Bujumbura, Kampala, Entebbe, Nairobi. Le marché de l’Afrique de l’Est sert ainsi de plaque tournante du trafic illicite des minerais congolais sur les marchés asiatiques et occidentaux.

Par conséquent, pendant que les compatriotes du Nord-Kivu comptent leurs morts et mutilés, assistent à la fuite éperdue des millions  de leurs congénères vers l’inconnue, voient se planter le décor de la balkanisation, l’insécurité favorise l’émergence de nouveaux riches qui s’achètent à la pelle des bateaux, des avions, des maisons, des fermes, des véhicules… Les bourgeois politiques qui ont la mainmise sur les minerais du sang s’installent et installent à Kinshasa et dans plusieurs villes du pays.
Pour bloquer toute velléité d’investigation sur les réseaux maffieux qui ont pris le Nord-Kivu en otage, avec la complicité de certains de nos concitoyens, des foyers de tension y sont entretenus de manière ininterrompue. L’insécurité que déplorent chaque jour des patriotes dignes de ce nom est ainsi devenue un fond de commerce qui fait le bonheur d’une poignée d’initiés, civils comme militaires.                              

 Kimp

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