Au cœur du problème : de l’AMP à la MP, le bilan qui fait peur

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Des participants au séminaire d’échanges entre communicateurs de la majorité présidentielle, tenu 5 au 7/9/2011 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Des participants au séminaire d’échanges entre communicateurs de la majorité présidentielle, tenu 5 au 7/9/2011 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Les observateurs de la scène politique congolaise sont perplexes. A deux mois de la date du dépôt des candidatures à la présidentielle du 23 décembre 2018, ils sont stupéfaits par la teneur du discours politique en vogue dans le pays. Chaque jour qui passe, un sujet sorti
de nulle part enflamme les débats.  Si ce n’est pas Katumbi que l’on mange à toutes les sauces, c’est la Constitution qui aurait bougé dans ses dispositions les plus intangibles. Le débat sur le dauphin de l’actuel Chef de l’Etat serait ainsi clos parce qu’un jeune juriste, à
peine sorti de la faculté de droit, aurait découvert dans la loi fondamentale une faiblesse qu’aucun constitutionnaliste de renom n’avait jusque-là décelé !

Sans revenir sur la réplique qui lui a été réservée par un autre
juriste et des commentaires amers de l’un de ses professeurs
formateurs (Jacques Ndjoli) sur les antennes de CCTV, force est de
constater que les sujets à polémique continuent d’être furieusement
distillés dans l’opinion. Les derniers en date étant l’attribution du
label Rassemblement à Olengankoy et la reconnaissance de
l’Udps/Tshisekedi ainsi que  l’Udps/Tshibala sous un même numéro
d’agrément. Le plus officiellement du monde,  le Journal Officiel de
la République informe ainsi le public que le parti de Tshibala a son
siège sur le petit Boulevard à Limete, là où réside le parti de
l’opposant historique Etienne Tshisekedi et dans une propriété de
celui-ci. On aurait voulu tuer le Sphinx pour la deuxième fois qu’on
ne s’y prendrait pas autrement.
De toute évidence, le jeu a cessé d’être obscur. Nous traversons bel
et bien une période où l’essentiel  n’est pas de voir clair dans ce
qui est entrepris, mais plutôt de consommer l’énergie collective dans
des dénonciations dont personne ne se préoccupe. Essayez de dire que
l’accusation de financement d’une rébellion lancée contre Katumbi ne
tient pas la route, on vous répondra immédiatement qu’il doit venir le
déclarer lui-même à la barre. Tentez de démontrer que le parti de
Tshibala n’a rien à voir avec l’Udps normale, c’est-à-dire la vraie
Udps, on vous rabattra aussitôt les oreilles avec la célèbre allusion
au fameux compagnon de Tshisekedi  que Tshibala prétend être, lui dont
le nom ne figure nulle part sur la lettre des Treize Parlementaires,
et qu’on ne retrouve pas non plus sur le parcours du parti dans ses
années de clandestinité. L’histoire de la RDC a été trop falsifiée. Il
faudra, un jour, que nos historiens se remettent en question pour
restituer les véritables réalités du pays à travers les âges.

Stratégie de la distraction

Pour revenir au sujet qui nous préoccupe, il y a lieu de dire que la
diffusion en continu des sujets à controverse relève manifestement
d’une politique bien structurée. Les stratèges de ceux qui gèrent le
pays ont compris que le seul moyen d’aider leurs mentors à renouveler
leur bail de prédation est de contraindre le peuple à garder ses yeux
résolument fermés. En aucun cas, celui-ci ne doit avoir le temps de
s’interroger sur son bien-être, de réfléchir sur son destin, de faire
la comparaison entre sa situation d’hier et celle d’aujourd’hui. Pour
atteindre cet objectif, il faut le distraire à fond en alimentant ses
conversations quotidiennes avec des sujets qui énervent mais dont le
grand mérite est de l’occuper constamment.
Si cette stratégie semble réussir jusqu’ici, c’est parce que les
partis politiques de l’opposition et la société civile ne jouent pas
non plus leur rôle d’éveil des consciences. Ils se contentent
d’accompagner les gestionnaires au lieu de les rappeler à leur devoir
de redevabilité. Pris au jeu des dénonciations, ils ne réalisent pas
qu’ils accomplissent inconsciemment la mission qu’attendent d’eux les
caciques de la majorité politique sortante.
Dans tout système démocratique, la période tant pré-électorale
qu’électorale est toujours consacrée à l’examen de l’état de la
nation.  Pour se faire élire, les candidats présentent un programme.
Et au terme de leurs mandats, chacun doit être en mesure de dire ce
qu’il a réalisé pour le peuple dans des domaines aussi variés que la
sécurité des personnes et de leurs biens, les infrastructures,
l’emploi, la santé, l’éducation, l’agriculture, le développement
rural, le sport  etc. En aucun cas, il ne peut être question de vanter
la qualité des costumes que l’on porte ou des cylindrés que l’on
pilote.
C’est cet exercice-là qui devrait préoccuper tous les Congolais en ce
moment. En vertu du devoir de redevabilité qu’impose l’exercice du
pouvoir, ceux qui ont géré la République au nom de tous les Citoyens
ont l’obligation de rendre compte. De dire aux Congolais ce qu’ils ont
fait pour transformer le pays, éliminer la pauvreté, améliorer les
soins de santé, donner à nos enfants une formation de meilleure
qualité, donner accès au Congo profond par la construction des routes,
d’autoroutes, des ports et aéroports,  l’amélioration de la qualité de
transport terrestre, fluvial, lacustre et aérien etc.
Après dix ans de mandat et deux ans de bonus, le pays ressemble à un
champ de ruines. Nos mines sont pillées, le Congo profond crie famine,
la population est plongée dans une grande insécurité dans plusieurs
provinces et même le siège des institutions, Kinshasa, ressemble
aujourd’hui à un véritable Far West. Où seul prévaut la loi du plus
fort. Les secteurs de la santé et de l’éducation sont à l’abandon et
de plus en plus des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer ce
qu’elles considèrent comme un génocide intellectuel, les produits de
notre système éducatif n’étant plus de nature à assurer le
redressement de la nation. Cinquante-huit ans après « Indépendance
Cha-Cha », l’honnêteté recommande d’avouer que le Congo a terriblement
reculé.
Ainsi donc, c’est sur ce terrain du bilan que les débats devraient se
focaliser. Malheureusement, tel n’est pas le cas, parce que le sujet
fait peur à tous ceux qui ont été mêlés à la gestion du pays depuis
2006 et dont les empreintes marquent le marasme qui secoue tout le
pays. Et ce sont ces mêmes hommes qui, au nom des richesses mal
acquises, s’apprêtent à vendre de nouvelles illusions à une population
clochardisée. Quand on entend  aujourd’hui répétée à l’envi la phrase
« nous avons le mupatas », rappelant au passage l’afdélien Munyapenda
qui était venu narguer les Kinois en 1997, on réalise avec une
profonde tristesse mêlée d’une grande indignation que les citoyens de
la République Démocratique du Congo ne sont plus respectés. Mais
vraiment pas du tout. De manière claire, ils sont aujourd’hui
considérés comme des simples produits commerçables par certains
culotés prêts à mettre leurs voix et leur dignité aux enchères. C’est
une agression intolérable et une injure insupportable. Dans leurs
tombes, les pères de l’indépendance doivent sans aucun doute exploser
de colère, en attendant la réaction du peuple lui-même dans les urnes.
LP.