Cobra Matata : mauvais signal contre la paix

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cobraDes dizaines d’innocents victimes de la barbarie de Cobra Matata et ses miliciens en Ituri entre les années 1999 et 2004 puis 2007 et 2014 doivent s’être retournés dans leurs tombes en apprenant sa reddition spectaculaire en vue d’une réintégration imminente  dans les rangs des FARDC. Comme dans un compte de fées, les autorités civiles et militaires s’apprêtent à  effacer, d’un revers de la main, tous les crimes de sang, les pillages et incendies des villages et champs, les vols des minerais, les tortures commis par ce terroriste de la pire espèce.

            Des patriotes dignes de ce nom s’interrogent sur les services que cet ennemi de la paix aurait rendus à la Nation pour être accueilli comme un héros. Cette énième prime à la criminalité choque tous ceux qui pensent que les décideurs politiques de Kinshasa comme de Kisangani viennent d’émettre là un mauvais signal contre la paix. En effet, l’ouverture des négociations entre des émissaires civils et militaires du pays et de la Province Orientale en vue de l’examen des préalables brandis par ce hors-la-loi, à savoir une amnistie générale pour lui-même et ses combattants ainsi que leur réintégration au sein des FARDC avec leurs grades de tueurs (généraux, colonels, majors, capitaines, etc) n’est rien moins qu’une insulte à la mémoire des compatriotes massacrés, mutilés, violés, dépouillés, torturés et chosifiés en Ituri entre 1999 et 2007.

On a du mal à croire qu’un individu qui mérite mille fois un long séjour dans les cellules de la CPI (Cour Pénale Internationale), au même titre que Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda, puisse se retrouver encore en liberté et soigné aux petits oignons aux frais du Trésor public.

            Quels dividendes compte-t-on tirer d’un bandit faussement repenti, déserteur des FARDC de son état depuis 2007, après avoir fait semblant de se laisser «brasser» et « mixer » entre 2004 et 2007, sous le régime du 1+4 (Un président et quatre vice-présidents) ? Un ministre belge avait déclaré, après la fausse reddition des combattants du M23 et leur réintégration éphémère au sein des FARDC en 2009 d’abord et en 2013 ensuite qu’on ne construit pas une armée avec des mutins.

Les Congolais peuvent se souvenir, à ce propos, des redditions et rébellions à répétitions d’anciens combattants congolo-rwandais du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), sous les bannières respectives du général Laurent Nkunda, du colonel Jules Mutebusi, du général Bosco Ntaganda, du colonel Sultani Makenga.

            Alors que la page noire de l’insécurité entretenue par le M23, l’ADF/Nalu, les FDLR, les Mbororo, les Bakata-Katanga, les nébuleuses Mai-Mai et autres forces négatives internes et externes est loin d’être fermée, voici qu’une réintégration automatique est offerte, sur le plateau d’argent, à la bande à Cobra Matata. Comment veut-on qu’une paix durable revienne au Nord-Kivu, en Ituri, au Sud-Kivu, au Katanga et dans d’autres parties de la République si ceux qui ont la charge de protéger les Congolais sont les premiers à tendre les bras aux criminels.

            C’est parce qu’à un moment donné, la communauté internationale avait estimé que le prix à payer pour la paix était d’organiser le Dialogue Intercongolais et de placer les belligérants aux commandes des institutions de la République que le pays est toujours à la merci des guerres et rébellions. C’est aussi  parce qu’il y a eu négociation et réintégration d’un certain Laurent Nkunda et d’un certain Bosco Ntaganda et leurs combattants au sein des FARDC que le Nord-Kivu vit une insécurité à durée indéterminée. Comment veut-on que des inciviques renoncent aux projets de création de milices armées et de mouvements rebelles s’ils savent qu’au bout du compte, il y a toujours une offre d’amnistie générale, de reconnaissance de grades qu’ils se donnent dans leur maquis, de réintégration au sein de l’armée régulière, de réinsertion sociale aux frais généraux, etc? Tant que l’impunité va couvrir les dossiers des seigneurs de guerre, il serait difficile d’arrêter la spirale de l’insécurité en RDC.

                                   Kimp

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