Clôture de la 1ère session de la formation des magistrats : Joseph Kabila, « Soyez une assurance pour le faible, un traumatisme permanent pour le criminel »

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C’est dans la grande tente située juste à l’entrée de la Cité de l’OUA, au Mont Ngaliema, qu’a eu lieu samedi la cérémonie officielle de la clôture de la première session de formation des magistrats ayant satisfait au test de recrutement. Mille jeunes magistrats, dont 40 % des femmes, ont été à l’honneur. Le chef de l’Etat lui-même a tenu à présider cette manifestation grandiose. Toutes les têtes couronnées des institutions de la République ont rehaussé de leur présence cette cérémonie, notamment le Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale, des membres du Sénat, les deux vice-premiers ministres, le Gouverneur de la Ville et le Président de l’Assemblée Provinciale, sans oublier tous les officiers généraux des FARDC et de la Police Nationale.

            Cette première session, qui a duré trois mois, a mis sur le marché mille jeunes-gens qui ont été nommés au titre de substituts du procureur par une ordonnance présidentielle signée vendredi dernier. Le magistrat suprême a aussi indiqué que la charge des affectations revient au Conseil Supérieur de la Magistrature.

            Dans son discours de circonstance, le chef de l’Etat est revenu avec force détails sur les principales valeurs qui doivent guider le comportement du magistrat. Notamment son rôle de gardien de la légalité et de l’ordre social, du sage placé au milieu du village « pour dénouer les nœuds de la discorde et créer les conditions de la concorde ». Joseph KABILA leur a confié la mission d’être réellement le maillon qui manquait pour le succès de l’opération « tolérance zéro ».

            Le vice-président du Conseil Supérieur de la Magistrature et Procureur Général de la République s’est contenté de remercier le gouvernement qui, par le biais du Ministère de la Justice et Droits Humains, a mis tout le paquet pour l’organisation et la tenue de ce test de recrutement. Les mêmes remerciements ont été adressés à la Communauté Internationale pour son appui tant moral que matériel et financier à ce processus de recrutement et de test. Aux jeunes magistrats, il leur a fait savoir que l’indépendance de la magistrature ne signifie pas se croire au-dessus de la loi ou se permettre de faire n’importe quoi.

            Pour sa part, le Professeur LUZOLO Bambi, Ministre de la Justice et des Droits Humains a relaté tous les engagements pris par le chef de l’Etat depuis son accession à la magistrature suprême pour le développement de la justice. Dans toutes ses adresses, le chef de l’Etat a toujours demandé aux organes et services de l’Etat à œuvrer dans le respect strict de la loi, afin que la sécurité juridique et judiciaire devienne une réalité, a signalé le ministre de la Justice et des droits Humains.

            Le professeur LUZOLO Bambi a révélé à l’assistance que des 13.000 candidats inscrits au départ puis réduits progressivement à 6.700 admissibles au concours, 3.500 ont réussi au test et enfin 2.000 au test oral. Lesquels ont été scindés en deux groupes, notamment à Kinshasa et à Lubumbashi pour une session de formation de trois mois. Le recrutement des 2.000 magistrats va accroître les effectifs de nos juges et officiers du ministère Public au nombre de 3.700, ce qui portera le taux de prise en charge judiciaire de nos populations à un magistrat pour 17.500 habitants. Alors qu’avant ce test, il était de l’ordre d’un magistrat pour 38.500 habitants. D’ici dix ans, le pays devra améliorer le taux d’occupation judiciaire du territoire qui est à ce jour de 243 juridictions et offices, soit une couverture de 1 pour environ 9.650 Km 2.

F.M.

Ci-dessous le discours du chef de l’Etat.       

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre, 

Monsieur le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, 

Mesdames et Messieurs les nouveaux Magistrats,

Distingués Invités,

Mesdames et Messieurs, 

            Nous sommes ici ce jour pour procéder à la clôture de la formation de mille nouveaux magistrats.

Je félicite chaleureusement tous les lauréats et salue la rigueur et l’assiduité dont ils ont fait montre pour arriver au bout de ce long et difficile processus de recrutement.

            Je me réjouis tout particulièrement de la forte proportion des femmes parmi les nouveaux promus.

            C’est une avancée notable sur la voie de la parité prescrite par notre Constitution.

C’est aussi un facteur d’efficacité supplémentaire dans la lutte contre les antivaleurs.

            Je félicite aussi les formateurs, ainsi que tous ceux qui ont contribué à la crédibilité et au succès du processus.

            Plus que tout autre agent public, celui chargé de distribuer la justice doit être conscient des attentes du peuple congolais et savoir s’en montrer digne.

            C’est le lieu pour moi de souligner que la magistrature n’est pas un corps de métier ordinaire. C’est plutôt une sorte de sacerdoce. On y entre en réponse à une vocation et porté par une conviction. Une vocation et une conviction vouées au service de la justice et des valeurs qu’elle incarne. Et pour le bénéfice exclusif des justiciables, de la paix civile et de l’ordre public.

            Serviteur de la justice, le magistrat est, par essence, un dignitaire de l’Etat. Il en assume l’un des pouvoirs essentiels, le pouvoir judiciaire.

            C’est au magistrat que revient la noble mais lourde mission de contrôler en dernier ressort tous les autres pouvoirs. C’est à lui qu’il incombe de constater les infractions et les abus; de poursuivre leurs auteurs, qui qu’ils soient; de prononcer à leur encontre les sanctions qu’ils méritent et de réguler les pratiques et les moeurs, y compris politiques.

            Gardien de la légalité et de l’ordre social, le magistrat est le justicier attitré de la société; celui par qui sont dispensées sanctions et réparations. Mieux: il est le sage placé au milieu du village pour dénouer les noeuds de la discorde et créer les conditions de la concorde. C’est lui qui est censé départager les parties litigantes en vertu de la loi, reconnaître aux unes et aux autres leurs droits, établir leurs responsabilités, les rétablir dans leurs prérogatives.

            La noblesse du magistrat implique, par essence, le dépassement de soi. Autant pour les honneurs, la considération et les droits attachés à la qualité et au statut de magistrat, que pour les servitudes, devoirs et responsabilités qui s’y attachent comme des exigences absolues.

Exigence d’éthique personnelle et collective.

Exigence de dignité et de noblesse.

            Exigence de respect de soi-même et de la personne humaine. 

Mesdames et Messieurs les Magistrats, 

Ce qui est sacré dans cette vision de la magistrature, ce n’est pas le magistrat, mais la mission de justice que celui-ci sert.

Je tiens à le rappeler solennellement à tous nos magistrats, anciens et nouveaux.

            Ce n’est qu’en étant conscients de cette distinction essentielle qu’ils pourront jouer, à la satisfaction de la Nation, le rôle irremplaçable, qui leur incombe, d’être les piliers de la révolution morale et du changement des mentalités que nous appelons de nos voeux.

Ce n’est qu’en évitant toute confusion à ce sujet qu’ils sauront contribuer à faire de la justice de notre pays, une justice responsable, une justice redevable au souverain primaire au nom duquel elle est rendue, une justice dont les décisions sont applicables et sont effectivement appliquées; bref, une justice qui jouit de la confiance du peuple.

Quant à vous, jeunes et nouveaux Magistrats,

Dans quelques jours, vous serez officiellement affectés et envoyés à travers le territoire national, pour servir la Nation dans le secteur de la Justice. 

Mesdames et Messieurs les nouveaux Magistrats, 

            Pour être réellement le maillon qui manquait pour le succès de l’opération «Tolérance zéro», vous devez être pétris d’éthique.

            Certes, vous avez en plus besoin de conditions matérielles propices à la bonne exécution de votre mission.

            L’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats est donc pour moi une priorité. Autant d’ailleurs que celle des conditions de toutes les autres catégories socioprofessionnelles.

Cependant, cette amélioration ne peut être que progressive.

            En attendant, la précarité relative d’aujourd’hui ne peut servir d’excuse à tous les manquements. Moins encore justifier la trahison de votre serment.

            Mes voeux de succès vous accompagnent toutes et tous.

            J’attends néanmoins de vous que vous soyez irréprochables.

            J’attends que Vous fassiez preuve, en toute circonstance, de discipline personnelle, et dans l’exercice de vos fonctions, de rigueur professionnelle.

J’attends que vous accomplissiez votre mission avec détermination et patriotisme.

            Soyez donc les émissaires et le visage de la nouvelle justice congolaise. Une justice citoyenne et équitable.

            Soyez une assurance pour le faible, un traumatisme permanent pour le criminel.

            Soyez des magistrats dignes et intègres, sans chapelle tribale ou politique, respectueux des principes moraux, éthiques et déontologiques.

Soyez des magistrats qui n’ont peur que de Dieu et de la loi, mais qui font peur à ceux qui enfreignent cette dernière, qu’ils soient congolais ou étrangers, jeunes ou vieux, citadins ou ruraux, riches ou puissants.

            C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que vous mériterez de la Nation, ainsi que d’entrer au Panthéon des bâtisseurs du Congo.

            Je sais que ce ne sera pas facile, que la solitude et la lassitude seront votre lot, et que souvent vous serez visités par le découragement.

            J’ai aussi une autre certitude et Je tiens à vous en donner l’assurance: si vous vous montrez à la hauteur des enjeux et de la mission qui vous incombe, vous pourrez toujours compter sur le Chef de l’Etat, les institutions de la République et l’ensemble du peuple congolais.

            En vous souhaitant, une fois encore, un excellent parcours professionnel, je déclare close la première session de formation de nouveaux magistrats. 

Je vous remercie.

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