Climat des affaires : pertes immenses pour les entreprises et risques de désinvestissement

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Pour des impératifs sécuritaires, on se le rappelle, le gouvernement avait pris une série des mesures administratives dont la coupure de l’accès à l’internet pour faire face à la situation de l’heure, lors des journées folles du 19 au 24 janvier 2015. S’il est vrai que l’exécutif a connu des insomnies avec le déluge des messages d’alerte et des images de tristes événements véhiculés dans les réseaux sociaux, qui faisaient craindre des campagnes d’intoxication et de désinformation, aujourd’hui, ces raisons ne se justifient plus au lendemain de la décrispation du climat politique et social à la suite de la réponse d’apaisement quelque peu satisfaisante que le Parlement a donnée au peuple congolais.

Malheureusement, pour le commun des mortels, comme aussi bien pour les opérateurs de téléphonie cellulaire et autres sociétés de télécommunications, la mesure de restriction de communications de l’internet n’a pas été levée, sinon partiellement levée. Elle est demeurée en vigueur pendant bien des jours, continuant à causer d’énormes préjudices aux internautes et dans les milieux financiers, particulièrement les réseaux bancaires. Même le «  Mobile banking » d’utilisation récente en RDC et système auquel ont souscrit toutes les sociétés de téléphonie cellulaire, et qui a suscité un grand engouement auprès des milliers d’utilisateurs de téléphone portable pour leurs opérations de transfert de fonds, ne peuvent plus intervenir en faveur des membres de famille pour des cas sociaux. La liste des victimes collatérales ne s’arrête pas là. Il en est de même des abonnés de chaines satellitaires ( câblées) qui ont renouvelé leurs abonnements et qui ne peuvent pas être alimentés aux différents programmes télévisés. Car, la réactivation de la carte d’abonnement se fait par SMS. Des milliers de familles sont ainsi privées de nombreux divertissements et surtout de la retransmission des matches de la CAN 2015.

Les transferts d’argent par voie électronique au niveau des messageries financières nationales et internationales qui ont connu dernièrement un véritable boom dans notre pays, sont inopérants. L’internet, le canal par lequel passent toutes les transactions financières, étant interrompu, les milieux financiers viennent d’enregistrer une paralysie de leurs opérations commerciales. L’on parle des pertes qui avoisineraient 20 millions de dollars par jour. Et si l’on fait le décompte pour une semaine, on franchirait facilement la barre de plus d’un milliard de dollars. Et si l’exécutif n’entend pas la voix du ton qui monte dans le secteur économique, on imagine l’étendue du gouffre.

Le fait que les opérateurs économiques aient tiré par la voix de leurs organisations patronales, la sonnette d’alarme à travers le communiqué Fec/Copemeco et Fenapec, en brandissant le spectre de pillages de 1991 et de 1993 avec leur lot des morts et des dégâts importants, ne peut que pousser à la révision de cette mesure gouvernementale, afin de réactiver l’internet.

Des pertes de plus de 20 millions de dollars par jour doivent faire réfléchir

L’activité économique et les transactions commerciales et financières, à la suite du blocage de l’accès à l’internet, laissent entendre ces opérateurs économiques, sont paralysées depuis plus d’une semaine. A-t-on évalué les pertes enregistrées par ces PME congolaises, les banques, les compagnies aériennes et les petits épargnants ?

Pour un pays qui se targuait d’avoir réalisé un taux de croissance le plus élevé au niveau de la région de l’Afrique subsaharienne, et qui par de multiples performances, a réconforté sa stabilité macro-économique et redonné confiance aux investisseurs étrangers, nous voilà replongés dans une chute libre de laquelle on ne remonterait pas de sitôt.

Aux yeux de bien des analystes économiques, la mesure gouvernementale a suscité de vives critiques, non seulement parce qu’elle revêtait un caractère restrictif au droit à l’information, mais avait provoqué une forte perturbation des communications téléphoniques locales et internationales. Au moindre appel, le répondeur accusait un problème de réseau, alors qu’en réalité, il n’en était pas question.
Mais au-delà de ces problèmes d’ordre communicationnel, les petits épargnants qui ne pouvaient pas accéder à l’information sur leurs avoirs, à la suite de la coupure de l’internet, sont tentés de garder quelques économies dans leurs maisons, dans les valises ou tiroirs ou sous les lits.

La marche de l’économie moderne passe à plus de 60 % par la voie électronique, ne l’oublions pas, et si plusieurs secteurs ne peuvent plus fonctionner normalement, c’est que les préjudices ne cesseront de s’alourdir avec des conséquences fâcheuses que l’on n’est pas prêt de réparer.

On l’a dit, la perte de confiance des épargnants dans le système national de paiement, surtout après l’introduction de la monnaie électronique et la multiplication des transactions commerciales et financières grâce à l’internet, ne peut qu’entraîner le désinvestissement et la thésaurisation de triste mémoire.

Cette thésaurisation, comme il faudrait le rappeler, avait été aggravée par la liquidation des banques publiques dont la BZCE, la BCA, la NBK, l’UZB et récemment des banques privées, telle la Banque congolaise. A cette époque, la création des comptes A et des comptes B n’a pas arrangé les choses. Et quand la démonétisation est intervenue, elle a porté un coup fatal à l’épargne.

Pour toutes ces raisons, le gouvernement devrait statuer toutes affaires cessantes, sur sa mesure et constater qu’elle a causé d’énormes préjudices aux PME et aux épargnants. Elle a même refroidi les ardeurs des investisseurs potentiels qui étaient attirés par l’amélioration du climat des affaires de notre pays et surtout par ses performances économiques récentes.

J.R.T.