Cinquantenaire : libéraliser les photos-souvenirs et les vidéos

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Avec sa réputation d’ « Etat-policier », la RDC passe pour un pays où prendre des photos-souvenirs sur des places publiques est une « infraction », saisir des images vidéos dans les marchés, des scènes de pêche au bord du fleuve, filmer les trains urbains bondés des passagers, ou le transport des personnes et des chèvres à bord des camions non bâchés, sont toujours interprétés comme des « actes d’espionnage » et passibles de poursuites judiciaires. De nombreux journalistes étrangers et des touristes gardent de très mauvais souvenirs de leurs derniers séjours tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays. Surpris par des policiers ou des militaires en train de filmer la navigation sur le fleuve, le paysage des bateaux et des barges surchargés, la Gare centrale de Kinshasa grouillant de monde, ils ont été interpellés par les services, leur matériel saisi, leurs poches fouillées de fond en comble. C’est après leur interrogatoire pour «  espionnage » et l’intervention de leurs ambassades et du gouvernement que finalement, ils seront relâchés, non sans avoir subi quelques menaces et engueulades et perdu quelques effets.

 

 

              C’est là la triste réalité que personne ne souhaite voir pérennisée quand notre pays s’ouvre davantage au monde, aspire à développer le tourisme et à encourager l’afflux sur son sol des investisseurs étrangers. Pour ce faire, des mesures ont certainement été prises pour que les tracasseries policières, autant que les interpellations intempestives et les contrôles de la police cessent. Lors des festivités du Cinquantenaire, les Congolais et les nombreux invités doivent se sentir libres de circuler dans toutes les places publiques, visiter des coins touristiques sans attraper la chair de poule dès qu’apparaissent des policiers, et prendre en toute quiétude des photos-souvenirs de leur séjour en RDC. Car, qu’on se le dise, là où l’on ne prend pas de photos, il n’y a pas de tourisme. Le tourisme, c’est un principe sacré mondialement connu, va de pair avec la photographie et le reportage vidéo avec caméra ou téléphone portable.

              Sous d’autres cieux, les places publiques telles que les gares de trains, les ports, l’Assemblée nationale, le Sénat, les résidences présidentielles ou royales,les Palais de justice, les ronds-points célèbres, les églises, les mausolées, pour ne citer que ces quelques édifices, sont gravés sur des cartes postales et cartes de vœux de fin d’année. On se fait photographier à côté de gardes des palais royaux sans que sourcillent la police et les services de sécurité. La cité du Vatican, le Palais royal au Maroc, les Champs-Elysées, le Matignon, la prison de Robben Island en Afrique du sud, les belles plages du Portugal, les Alpes suisses, sont à la portée de n’importe quel photographe amateur ou de n’importe quel peintre paysagiste et ne font l’objet d’aucune restriction dans la prise des images.

Grâce à la culture de la photographie qui est très développée,  on peut poser pour la postérité devant la Maison Blanche, le Kremlin, le Bundestag, le Kirinal, le Conseil fédéral suisse, sans être interpellé par les services spécialisés.

              Pour développer le tourisme, on ne peut donc pas soumettre les touristes à des fouilles systématiques chaque fois qu’ils prennent des clichés ou des images sur des coins ayant suscité leur émerveillement, leur admiration. Ailleurs, les habitants autant que les services d’ordre ne s’offusquent pas quand les touristes se font photographier avec eux. C’est cet élément qui rend le tourisme aussi attrayant qu’instructif.

 

Interpellés à l’Echangeur de Limete pour photographie à la 1 ère rue

 

              Des journalistes du quotidien de l’avenue Colonel Lukusa ont effectué la semaine passée, un reportage sur les travaux du pont en construction sur la 1 ère rue. Ils tenaient à rendre compte à l’opinion de l’état d’avancement des travaux et du dynamisme des ouvriers congolais aux côtés des techniciens chinois. A cette occasion, des photos ont été prises sur quelques scènes de travail.

              Quelle n’a cependant pas été leur surprise de se voir interpellés par des policiers qui ne s’expliquaient pas leur liberté de photographier, sans détenir une quelconque autorisation. Conduits manu militari au Groupe mobile d’intervention de Kin-Est comme des malfrats, ils seront soumis à un interrogatoire serré. Les policiers ne comprenaient pas que les journalistes soient libres de saisir des clichés des scènes de travail pour illustrer des articles de presse. A part le contrôle de pièces d’identité, ces deux journalistes ont passé un mauvais quart d’heure avant que certains responsables de la police fassent comprendre au commandant de cette unité que les médias sont libres de photographier des chantiers et que cela faisait partie de leur métier et de leur devoir d’informer le public. L’image constitue un complément à l’information, à l’interview des techniciens.

              D’autres journalistes d’une chaîne de télévision locale ont été également malmenés, alors qu’ils réalisaient un reportage sur la flambée des prix des biens de consommation courante au Marché central de Kinshasa. Pour les policiers, cette place publique était répertoriée comme un « site stratégique »,  interdit d’être photographié ou filmé.

              Ce genre d’interpellations n’honore pas nos services d’ordre qui pour la plupart ne savent malheureusement pas distinguer l’activité de journalisme, la collecte des informations, et la prise des photos et des images de tourisme, et actes d’espionnage.

              Nous croyons que les responsables de services spécialisés devraient vulgariser davantage les mesures prises par le gouvernement en faveur de nombreux invités et des touristes attendus en RDC, dans le cadre des festivités du Cinquantenaire de notre pays.      

              Laisser libre court aux dérapages de nos policiers et autres agents de l’ordre, c’est pérenniser les antivaleurs que nous avons tous décriées !

J.R.T.

 

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