Cimetières désaffectés de Kinshasa : des êtres « d’outre-tombe »  refont surface et frappent

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Traverser seul la nuit, des cimetières désaffectés ou non, procure des frayeurs aux hommes sensibles pour qui les morts réapparaissent à l’abri de certains regards  et causent des torts aux vivants. Ils soutiennent que des cheveux se dressent sur la tête au milieu d’un sentier et il arrive qu’on aperçoive au loin, des ombres humaines qui se déplacent et disparaissent soudain de leur champ visuel. D’abord une légende, cette opinion, maintes fois battue en brèche, par des agressions subies par des noctambules, s’est même vérifiée pour des incrédules. La criminalité est passée par là.

Suivez plus tôt. Un homme frisant la cinquantaine, blessé et le corps contusionné, presqu’inanimé, a été trouvé dernièrement à côté du cimetière désaffecté de Kasa-Vubu.  Récupéré par de bons samaritains, l’infortuné a été acheminé dans un centre médical où il a été admis en urgence. Pour le personnel soignant, ses jours n’étaient pas comptés. Heureusement, Masamuna n’était pas fracturé. Il ne souffrait que des douleurs dues aux traumatismes causés par des coups lui administrés  lors de son attaque. Après des jours de soins médicaux, l’homme s’est rétabli et c’est difficilement qu’il a tenté de se rappeler ce qui lui était arrivé au cimetière désaffecté de Kasa-Vubu.

La nuit des faits, Masamuna revenait de Barumbu où il n’avait pas pu rencontrer son neveu. Démuni, il s’est décidé à faire les pieds pour se rendre à Selembao. Il a choisi de prendre le raccourci en traversant le cimetière désaffecté de Kasa-Vubu. Au beau milieu de cet endroit presque désert, un froissement des feuilles balayé par une brise légère. Des bruits lugubres comme ceux des hiboux. Il verra surgir d’un plant de feuilles de patate douce, une jeune fille, maquillée comme au théâtre, qui lui proposait ses charmes. Cheveux dressés sur le crâne, un froid lui a traversé l’échine et il a pris peur. La demoiselle s’approcha dangereusement de lui et se mit à le couvrir de baisers, pendant qu’il se débattait en signe de refus.

Soudain, une meute de mauvais garnements est venue les encercler et lui demander ce qu’il faisait avec la femme d’autrui en plein cimetière. Masamuna a beau se défendre, mais la bande des délinquants s’est mise à le fouiller et à le tabasser. Il perdit connaissance et ne sut plus la suite de cette agression. La bande à certain Molunge venait de faire une unième victime.

Martin Tulonda, 38 ans, résidant à Bandalungwa, avait passé dernièrement toute la soirée auprès d’un de ses amis domicilié sur avenue Kanda-Kanda, commune de Kasa-Vubu. Trésorier d’une mutuelle, il avait accepté d’abriter la prochaine réunion mensuelle. Et pour ce faire, on lui a confié une partie des cotisations des membres, ainsi qu’une somme d’argent pour préparer les amuse-gueules et apprêter la boisson. L’argent glissé dans l’une de ses chaussettes, pas de dépense pour le transport. Car, il suffit de traverser le cimetière de Kasa-Vubu pour se retrouver à Bandalungwa, croyait-il.

La criminalité a installé ses quartiers dans certains cimetières

Le week-end dernier, Tulonda a emprunté l’avenue Gambela  jusque sur Victoire, avant de longer Saïo. Devant le Centre d’accueil kimbanguiste, il se voyait à quelque kilomètre de Bandalungwa. Aussi, il s’est engagé seul dans le cimetière désaffecté de Kasa-Vubu. Sûr de lui, le voilà qui saute les plates-bandes des légumes, les unes après les autres et bute contre des troncs d’arbres, jusqu’au moment où il se verra hélé par un groupe de jeunes filles. Dépaysement total dans ce no man’s land, aux allures d’un décor  de film d’émotion d’Albert Hitchcock. A cet instant, il a réalisé que les morts qui ressuscitent la nuit, pour causer du tort aux vivants sont bel et bien là. Il accélère le pas. Mais peine perdue, ces «  Amazones » le rattrapent et l’encerclent. Au milieu de ces jeunes filles, il implore qu’on lui épargne la vie, étant donné qu’il est père de cinq enfants et sa femme venait d’accoucher.

– Ou tu fais l’amour avec l’une d’entre nous et tu la payes et on te laisse partir ! Sinon, c’en est fait toi, suggère la plus entreprenante de l’écurie.

– Je n’ai rien et je n’ai pas envie de faire l’amour. Criblé de dettes, je cherche de l’argent, ne cessait-il de supplier, avant de signaler que s’il avait ne fut-ce que 500 Fc, il aurait pris un bus.

Les jeunes filles le fouillent et arrachent son téléphone de marque Titel. Relâché après des bousculades, il disparait pour se retrouver sur l’avenue Kasa-Vubu tout tremblotant de peur. Pour Tulonda, plus aucun doute, les esprits jaillissent des cimetières et agressent les humains. La preuve est qu’il les a rencontrés et ils lui ont arraché son téléphone.

            Un autre noctambule s’est procuré des frayeurs indicibles au cimetière désaffecté de Kintambo au camp Luka où empruntant un sentier, il a aperçu à quelques 200 mètres, une bande des êtres humains couverts des haillons, sans visages, qui sortaient l’un après l’autre, des tombes. A leur vue, il a paniqué et rentré sur ses pas en prenant la fuite.

            Ces esprits l’ont pourchassé  et il a réussi à les semer, a rapporté une source qui a requis l’anonymat et signalé qu’il est rentré à Bandalungwa pour passer la nuit sur une chaise au deuil d’un inconnu. Le matin, en compagnie d’autres piétons, l’homme a retrouvé sa famille à qui il a raconté sa mésaventure.

            On a beau soutenir que les morts sont morts, mais pour les victimes des agressions et à la lumière des rencontres insolites, elles sont convaincues de l’existence d’êtres d’outre-tombe qui peuplent nos cimetières.  L’insécurité ambiante s’est donc déplacée jusque là.

                                                                                                               J.R.T.