Chebeya : les raisons de son assassinat, selon un activiste

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 Après plusieurs reports, le réseau téléphonique Vodacom a finalement présenté, hier jeudi 10 mars 2011 à la Prison centrale de Makala, son rapport des communications impliquant les principaux suspects du meurtre de l’activiste des droits humains, Floribert Chebeya. En somme, comme un diable dans un bénitier, l’expert de cette société, Marcellin Bokungu, s’est débattu pour récuser les accusations de la partie civile lui imputant la dissimulation des preuves en omettant volontairement certains appels et messages téléphoniques (sms) reçus et émis par l’Inspecteur général de la Police nationale congolaise( PNC), le général John Numbi. Pour l’expert, ces déficiences se justifient tout simplement par le fait que le numéro de téléphone de John Numbi était en itinérance internationale et donc, pris en charge par les partenaires de Vodacom.

 

 Justification balayée par la partie civile, celle-ci a fait noter à l’assistance que lorsque l’utilisateur est en roaming, tous ses appels, entrants et sortants, sont toujours configurés par toute société commerciale car « les finances sont toujours intéressées ». « Sinon, quels seront les intérêts de l’entreprise et comment les mesurer ? » a questionné un des avocats. Puis d’ajouter qu’il est suspect que le numéro de John Numbi apparaisse dans certains relevés et non dans d’autres lors de ses communications avec Paul Mwilambwe. En définitive, appuie-t-il, c’est une pièce « frauduleuse » que Vodacom vient de confectionner en cours d’instance et que le juge n’en tienne pas compte. La main sur le cœur, Marcellin Bokungu a juré d’avoir livré, sans complaisance, toutes les informations nécessaires sur cette question. Aussi, il a même invité ses détracteurs à prendre contact avec les partenaires de Vodacom (Vodacom PTY, MTN, etc.) afin de se rassurer. « Il ne s’agit ni d’omission volontaire, ni de dysfonctionnement… » a-t-il conclu. 

Le colonel Mukalayi face aux activistes des droits humains
 Animateurs des ONG de défense des droits de l’homme, Robert Ilunga des « Amis de Nelson Mandela » et Christopher Ngoyi Mutamba de la « Synergie Congo, Culture et Développement »(SCCD), se sont vus hier confrontés au colonel Mukalayi Daniel, à la suite des accusations qu’ils ont portées à l’endroit de l’officier de police depuis la semaine dernière. Selon Robert Ilunga, au lendemain de la disparition de Chebeya, le 2 juin 2010, le colonel Mukalayi lui avait dit qu’il l’avait attendu jusqu’à 20 heures sans que le Secrétaire exécutif de la « Voix des Sans Voix » ne vienne, ni décommander par téléphone le rendez-vous. Néanmoins, Robert Ilunga affirme que l’élimination physique de son confrère devrait être dictée par son engagement dans la recherche de la vérité sur le massacre de Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo, ou bien à cause de sa démarche visant à décourager le Roi belge, Albert II, de  venir en RDC, lors des festivités du Cinquantenaire. Ou encore d’autres questions telles que celle d’Aimée Kabila ou une histoire de nationalité.
 Quant à son collègue, Christopher Ngoyi, il est revenu sur les menaces proférées par le colonel Mukalayi à un groupe de défenseurs des droits de l’homme, en mars 2009, en leur promettant une « extermination ». « J’avais même prévenu Chebeya de se méfier du colonel Daniel que je venais de découvrir depuis notre calvaire à l’ANR, puis Kin-Mazière… » a déclaré le coordonateur de la SCCD, surpris de voir le colonel piquer une colère noire à l’écoute du nom de Vital Kamerhe. Complété par un avocat de l’accusation, il a, sans ambages, qualifié le colonel Daniel Mukalayi d’« homme cruel et sans cœur ». Epithète jugée trop sévère par la défense, cette dernière a exprimé son indignation devant le juge militaire face à ces « invectives » gratuites et déplacées.
 Invité à son tour à la barre, l’officier de la Police a totalement rejeté avoir proféré de quelconques menaces sur les activistes des droits de l’homme en mars 2009. « Pourquoi devrais-je les menacer ? Je ne connais même pas Christopher Ngoy. Je le découvre durant le procès dans cette salle. D’ailleurs durant cette période là, j’étais à Goma. Je n’ai jamais été avec Christopher Ngoy à Kin-Mazière et ne m’habille jamais en Nzamballa (Boubou). Ce n’est pas mon look… » a clamé le colonel Mukalayi, nonobstant son contradicteur qui s’est dit « peiné » de sentir le reniement du policier.  
 L’instruction du dossier se poursuit le lundi 14 mars avec l’audition de deux détenus incarcérés actuellement à la PCM. Ceux-ci affirment avoir recueilli les confidences du Camerounais Gomer Martell, lequel avait juré de se venger, coûte que coûte, du colonel Mukalayi.  

Tshieke Bukasa

 

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