Chebeya : le scandale éclate!

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Onze nouveaux témoins défileront à la barre, dans les prochains jours, afin d’apporter leur éclairage dans l’affaire « Chebeya », du nom de l’activiste des droits de l’homme assassiné à Kinshasa en juin dernier. Dans cette liste proposée par les conseils de la partie civile, on retrouve notamment, le procureur Kisula ; Olivier Saya, le bourgmestre de la Commune de Mont-Ngafula ; le Commandant du 5ème Bureau de la Police ; le tout premier médecin légiste qui a oculté le corps de feu Chebeya ; un certain Marcel Gomere, actuellement détenu à Makala et son frère, Mbinda ; Christophe Ngoyi de l’ONDH ; le major Jerry ; le Commissaire principal Yav Kot ; Tshamuangana du service courrier à la Police nationale, etc. Cependant, le 1er président de la Cour militaire de la Gombe, le colonel magistrat Masungi, a réussi à mettre d’accord l’accusation et la défense pour que ces témoins prennent la parole progressivement, chaque fois que le besoin se fera sentir.

 

Siégeant le jeudi 23 décembre 2010 en matière répressive à la Prison Centrale de Makala, la Cour militaire de la Gombe a entamé l’instruction du dossier en faisant comparaître les 5 principaux prévenus, tous officiers de la Police nationale congolaise, suspectés d’avoir joué des rôles essentiels dans cet assassinat. Il s’agit de Daniel Mukalay wa Mateso, Inspecteur principal ; Georges Kitungwa, Inspecteur principal adjoint ; du Commissaire principal, François Ngoy Mulongoyi ; du Commissaire adjoint, Michel Mwila ; et du Sous-commissaire adjoint, Blaise Mandiangu. Inculpés pour association des malfaiteurs, enlèvement et assassinat avec préméditation, ces prévenus ont d’entrée de jeu rejeté toutes les charges portées contre eux.

Plus particulièrement accusé d’avoir pris le commandement de cette association des malfaiteurs, le colonel Mukalay a juré n’entretenir que des rapports de services avec certains d’entre eux. « J’en suis au 7ème mois d’emprisonnement alors que je ne connais rien ! » a-t-il clamé. De son côté, Georges Kitungwa, inspecteur adjoint, a souligné son étonnement d’être associé à une bande des malfrats et être amené précipitamment à la prison au moment où il était invité à une réunion. Quant à François Ngoy Mulongoyi, commissaire principal, il a juré n’avoir jamais être consulté par qui que ce soit pour poser des actes malveillants. « Je reconnais absolument rien dans cette affaire surtout ! » a-t-il clamé. La même rengaine est reprise par Michel Mwila, commissaire adjoint, jurant par ailleurs avoir fait connaissance avec la plupart d’entre eux à la prison. Selon lui, il est aux arrêts juste pour avoir rendu un service : celui d’aller déposer une lettre contenue dans une farde au siège de la Voix de Sans Voix (VSV), où travaillait le défenseur des droits humains, Floribert Chebeya. Catégorique, le Sous-commissaire adjoint, Blaise Mandiangu, a à son tour totalement nié s’associer à ce groupe, tout en attestant ne connaître personne parmi ses congénères.

Stratégie de dénégation systématique

Invité à prendre la parole, le ministère public a tenu tout d’abord à rafraîchir la mémoire de chacun des prévenus. Car, a-t-il précisé, ce n’est pas pour rien qu’ils sont traduits devant la justice. Ayant instruit ce dossier pendant 4 mois, l’organe de la loi a relevé que Michel Mwila, chargé de déposer uniquement la lettre, avait plutôt demandé à avoir un entretien personnel avec Floribert Chebeya. Quant à Ngoy Mulongoy, qui jurait n’avoir pas de contact avec le colonel Mukalay, il a manifesté un comportement surprenant lors de sa rencontre avec les auditeurs.

Concernant Mukalay, le ministère public a fait noter que le colonel a un chef hiérarchique, le général Unyon, qu’il ignore entièrement. « Il faut faire appel à ce général pour savoir si le colonel Mukalay passe par lui pour arriver à l’Inspecteur général de la Police… », a-t-on dénoncé. A propos de Georges Kitungwa, il est reconnu partout qu’il n’obéît qu’aux ordres du colonel Mukalay, pour qui il est le fidèle lieutenant. « Motu proprio, le colonel n’a pensé qu’à lui pour diriger la commission d’enquête lorsque le corps de Chebeya a été découvert », a enfoncé le ministère public, promettant par ailleurs que le rôle joué par chacun de ces 5 prévenus sera dégagé parce qu’ayant agi de concert. Pour lui, il apparaît déjà que les prévenus ont adopté la stratégie dénégation, mais il existe des éléments accablants qui vont les ébranler d’ici peu.

A cet effet, il a adressé une série des questions à Michel Mwila, le commissaire adjoint, qui au début « pensait » connaître le colonel Daniel Mukalay, mais qui a fini par avouer connaître parfaitement l’officier supérieur, car ayant été son secrétaire particulier pendant une certaine période. De son côté, Blaise Mandiangu, secrétaire du bataillon Simba de la Police d’Intervention Rapide (PIR), a fini lui aussi par reconnaître qu’il avait envoyé un message pour que ses cartes SIM soient brûlées ! « C’est un acte de nature à permettre aux auteurs de bénéficier de l’impunité… »

Intervenant en faveur de ses clients, un avocat de la défense a accusé le ministère public de mener l’auditoire sur une mauvaise piste. Pour le conseil, l’organe de la loi devait préciser le niveau de participation de chacun des prévenus. « Jusque-là pas de preuve et on est toujours dans l’attente des preuves… »

Controverse autour de la lettre

Prenant à son tour la parole, Me Mukendi wa Mulumba Joseph a posé quelques questions de clarification. Il a ainsi demandé au colonel Mukalay les raisons qui l’ont poussé à porter son choix sur Mwila pour une mission à la VSV alors que ce dernier n’est même pas commandant de la Police de Recherche et d’Intervention (PRI), mais simple chef de groupe. «C’est parce qu’il se rendait vers Jean XXIII à Kintambo que je me suis rappelé d’une lettre de la VSV qui traînait au bureau faute de moyen nécessaire pour l’envoyer », a expliqué le colonel.

Faisant remarquer que cela ne faisait pas partie des attributions du colonel d’expédier des courriers, Me Mukendi a relevé que pendant l’instruction préjuridictionnelle, le colonel avait affirmé que lors de sa rencontre avec Chebeya, ils avaient parlé d’un rendez-vous qui devait être organisé avec l’Inspecteur général, John Numbi. Mais, à ce jour, il parle plutôt d’une lettre ! Par ailleurs, pourquoi a-t-il tenu à brûler les étapes d’expédition de courriers alors qu’il existe déjà un système d’envoi ? « Je voulais tout simplement rendre un service en facilitant la transmission comme je le ferai pour tout autre citoyen… » a répondu le prévenu.

Toutefois, la défense a aussi relevé les propos tenus par le colonel Mukalay qui disait que, d’après le commissaire Mwila, le président de la VSV, après avoir reçu son courrier, a exprimé le souhait de rencontrer le général John Numbi et lui a même envoyé une carte de visite . Version balayée du revers de la main par le commissaire adjoint Mwila qui a révélé n’être plus rentré au bureau pour faire son rapport à son chef à qui il a parlé uniquement au téléphone! Bien plus, le prévenu a déclaré qu’il a gardé pour lui la carte de visite lui remise par Chebeya et ne l’a donc jamais remise au colonel. Pourquoi ce dernier soutient-il le contraire? La question mérite d’être posée.

Revenant à la charge, Me Ngomo Milambo Peter, avocat de l’accusation, a indiqué que la lettre de la VSV en question datait du 27 février 2010, mais était déposée le 28 mai alors que la rencontre de la Rawbank a eu lieu le 29 mai. Pour lui, ce n’est pas correct de dire que la transmission des courriers ne se fait pas à la police alors que les estafettes sont là pour ça et font parfaitement leur travail.

Au regard du développement de l’instruction, la cour a suspendu la séance pour la renvoyer au 30 décembre prochain.

Tshieke Bukasa

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