Chebeya : le rendez-vous était aussi connu de la Monusco

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Coup de théâtre hier lundi 21 février 2011 à la Prison centrale de Makala où une fonctionnaire de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation de la RD Congo(Monusco) a apporté un éclairage considérable sur la controverse autour du rendez-vous fatidique de feu président de l’ONG « la Voix des Sans Voix », Floribert Chebeya, avec le général John Numbi, à l’Inspection Générale de la Police nationale congolaise(PNC), le 1er juin 2010.

 

En effet, au cours de sa brève comparution, Mme Yandé, de la section Droits de l’homme qui a levé ce coin de voile, a révélé que ce jour-là à 16 heures 52, l’activiste des droits humains lui avait envoyé un message téléphonique indiquant qu’il se rendait à son rendez-vous avec l’Inspecteur général de la PNC. « Je vais rencontrer l’IG à 17 heures 30. Merci de suivre. Floribert » a-t-elle lu pour l’assistance. En guise de réponse, poursuit-elle, j’ai répondu « Ok. Merci de me tenir informée ». L’ayant perdu de vue à 18 heures, Mme Yandé a déclaré qu’elle a cherché à rappeler Chebeya à 21 heures, mais son téléphone est resté fermé. C’est le 2 juin vers midi qu’elle apprendra la nouvelle du décès. Tenue par le devoir de réserve certainement, la fonctionnaire onusienne n’a pas pu faire d’autres déclarations.

Situation n’ayant pas convaincu la défense, celle-ci a demandé au juge de noter qu’ « une dame a comparu sans comparaitre soi-disant qu’elle serait couvert d’une immunité diplomatique ».

 

Rétention d’information chez Vodacom ?        

 

    Avant elle cependant, l’expert de la société téléphonique « Tigo » est revenu pour la seconde fois à la barre pour une analyse minutieuse de la situation des communications entre les principaux prévenus avant et après le meurtre de Chebeya.

    En somme, a déclaré Philippe Manuana, il en ressort que le colonel Mukalayi Daniel a été le plus en communication avec les autres. Fait particulier : il y a eu plusieurs échanges d’appels entre l’inspecteur Mukalayi et le commissaire adjoint Michel Mwila. Interprétation saluée par le Ministère public, ce dernier a fait observer que ces deux personnages se sont appelés le 27 mai 2010 six fois. S’appuyant sur un appel du 28 mai, l’Organe de la loi a noté qu’à 18 heures 13, le colonel s’est entretenu pendant 342 minutes (soit 6 minutes) avec son collaborateur, Mwila. « Lequel a appelé immédiatement après Olivier Kungwa, agent de la VSV, en lui disant de l’appeler pour confirmer le rendez-vous ».

Invitée à interroger l’expert en télécommunication, la partie civile s’est empressée d’abord de saisir le président de la Cour militaire à propos du travail réalisé précédemment par une autre société de télécommunication, Vodacom. Pour l’accusation, il y a eu beaucoup d’imperfections et des informations non révélées. A titre exemplatif, reproche-t-il, Vodacom n’a pas divulgué que le général Numbi et Paul Mwilambwe du bataillon Simba s’étaient entretenus 26 fois ! De même qu’il y a eu 26 communications entre le même Numbi et un autre policier, Christian Ngoy, aujourd’hui en fuite. Voire, il a été tu les 8 appels entre le général Numbi et le colonel Mukalayi.

    Finalement, il a sollicité un temps supplémentaire aux juges afin de pénétrer convenablement le rapport de l’expert de Tigo, puis le rappel de celui de Vodacom pour expliquer les relevés suspects qui ont été détectés.

    Face à l’avalanche des accusations portées contre lui, le colonel Mukalayi a maintenu qu’il avait dit à Chebeya de ne plus venir quand il avait appris par talkie-walkie que l’Inspecteur général de la PNC n’était pas au bureau. Quant à l’avocat du policier Ngoy Mulongoy, il a annoncé à la Cour que le malheur de son client est d’avoir reçu la veuve Chebeya le 2 juin. « Si cette dernière ne comparait pas, ce sera un malheur pour lui… »

    Revenant à la charge sur le colonel Mukalayi, le Ministère public a cherché à savoir pourquoi le commandant du bataillon Simba avait envoyé un sms en swahili à son chef lui disant qu’il était « dans le Challenger et attendait les ordres de l’intérieur ». Je n’ai jamais vu cet sms, a sèchement répondu l’officier.

    Il faudrait noter que l’audience va se poursuivre le jeudi 24 février prochain avec une descente sur terrain, d’abord à l’Inspection générale de la PNC, afin de vérifier les propos de Gomer Martell, ensuite sur le site de Mitendi où a été découvert le corps de Chebeya. D’ores et déjà, la défense qui réfute le témoignage de ce sujet Camerounais car animé d’un esprit de vengeance, a annoncé qu’elle va faire venir dans les prochains jours des témoins actuellement détenus à Makala pour « détruire tous les propos de Gomer Martell ».

Tshieke Bukasa

 

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