Chebeya : le ministre de la Justice indésirable au cimetière

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Floribert Chebeya Bahizire, ancien directeur exécutif de la Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) et son chaufffeur, Fidèle Bazana Edadi, de la même ong, ont disparu depuis le rendez-vous que le premier avait, dans l’après midi du 1er juin 2010, avec le Général John Numbi à son bureau de l’Inspection générale de la Police, dans la commune de Lingwala. Si le corps torturé et  sans vie de Floribert Chebeya avait été retrouvé le lendemain, à Mitendi sur la route du Bas-Congo, celui de Fidèle Bazana reste introuvable. Et les différents prévenus impliqués dans ce crime refusent, jusqu’à présent, de dévoiler l’endroit où ils l’auraient jeté. C’est dans ce contexte que les Ongs de Droits de l’Homme ont commémoré ce 1er juin 2011, le premier anniversaire de ce double assassinat.

Les différentes cérémonies prévues à cet effet, ont commencé dans la matinée par un recueillement sur la tombe de Floribert Chebeya, au cimetière de Benseke Futi (Nouvelle Cité). Plusieurs responsables et animateurs des ongs de la capitale et d’autres provenant des provinces, ont participé à ce recueillement, en présence de Janvier Luzolo Bambi Lessa, ministre de la Justice et Droits humains, venu représenter le gouvernement de la République. On a aussi noté une présence remarquable des représentants certaines chancelleries occidentales. Plusieurs mots de circonstance étaient prévus à cette occasion avant la pose de la première pierre sur la tombe, par le ministre de la Justice, pour la construction d’un mausolée.

Ce dernier point, au moment de son accomplissement à la fin de la cérémonie de recueillement, a provoqué une vive tension parmi les acteurs de la Société civile présents au cimétière. Les responsables du Réseau National des Ongs de Droits de l’Homme au Congo (Renadhoc) et ceux de la VSV avaient prévu – en accord avec la famille biologique – la pose de cette première pierre. Par contre, plusieurs animateurs des Ongs présents sur le lieu, non seulement ont contesté la validité de cet acte en ce moment précis où le   verdict du procès contre les assassins n’est pas encore rendu public par la Justice militaire mais surtout ils se sont catégoriquement opposés à sa concrétisation sur la tombe de Chebeya. Ils ont justifié leur refus par plusieurs arguments : ils ne voulaient pas que le ministre de la Justice, représentant de l’Etat congolais – qu’ils considèrent comme responsable de ce double assassinat – pose cette pierre.

Enfin, un consensus évite l’affrontement

D’autres n’en voulaient pas en arguant que cela constituerait une injustice au moment où la tombe de Fidèle Bazana restait introuvable. Et ils ne comprenaient pas que ceux qui avaient établi le programme aient pu prévoir ce qu’ils considéraient, eux, comme une offense à la mémoire du défunt en permettant, en plus, à un représentant de l’Etat d’en être l’auteur. Les responsables de la Vsv et du Renadhoc ont usé de la patience et d’argument en montrant qu’un mausolée n’était qu’un abri digne (une petite construction abritant le tombeau), et que s’il fallait construire un monument, comme d’aucuns le réclamaient, on le ferait au Centre ville. A la fin, après le départ du ministre, un consensus a fait que la pierre a été posée par le Président du conseil d’administration de Renadhoc, en toute simplicité.

Prenant la parole avant cet incident, au nom de la famille biologique, Mme Adélaïde Chebeya Tshibalonza, sœur ainée du défunt, a remercié tous ceux qui ont pensé à venir se recueillir sur ce lieu en ce moment précis. Elle a cité expressément la VSV et le Renadhoc. Elle a tenu à préciser qu’après le double assassinat de Chebeya et de Bazana, un procès a établi de façon irréfutable que l’ancien directeur exécutif de la VSV et son compagnon ont été assassinés dans  les installations de la Police Nationale Congolaise.

Trois revendications pour les familles éplorées

Pour cela, elle a précisé que la famille Chebeya exprime trois revendications légitimes : primo, que toutes les personnes, officiers ou sous officiers de la Police et leurs complices, reconnus coupables de ce double assassinat, soient jugées sans complaisance et condamnées aux lourdes peines qu’elles méritent ; secundo, que toutes les personnes qui ont été mises à l’écart du procès en cours alors qu’elles y sont manifestement impliquées, soient rattrapées, traduites en justice et jugées à leur tour pour prouver que la justice dans notre pays et la tolérance zéro s’appliquait à tout le monde, sans exception ; enfin, tertio, que les familles, les parents, les enfants et les veuves des deux familles soient dédommagés par l’Etat qui est civilement responsable de ce double assassinat qui est un crime d’Etat.
Par ailleurs, le Grand-Frère de Fidèle Bazana, appelé à témoigner, a dit manquer des mots justes pour décrire ce qui se déroule sous ses yeux. Sa famille, dit-il, reste jusqu’à présent doublement peinée, du fait d’avoir perdu un de ses membres le plus cher, mais aussi de n’avoir jamais eu l’occasion de voir sa dépouille pour lui rendre un dernier hommage ; alors que l’assassinat s’est déroulé dans un bureau de l’Etat congolais. C’est ainsi que jusqu’à présent, il se pose la question de savoir si réellement en Rd Congo il existe encore un Etat digne de ce nom. Au moment où il parlait, il dit ne plus savoir à qui se vouer pour retrouver ne fut-ce que le corps assassiné de son frère.

Le ministre promet une justice juste et une existence juridique et politique aux défenseurs de droits humains

Par ailleurs, les représentants des organisations de la Société  qui ont pris la parole et ont tous juré de ne jamais laisser en paix tous ceux qui sont impliqués dans ces assassinats. Ils ont promis d’user de tous les moyens pour que cette impunité qui n’a que trop duré cesse. Par ailleurs, Dolly Ibefo, directeur exécutif de la VSV a amèrement regretté l’impunité qui gangrène notre société et les balbutiements de la justice non indépendante de notre pays qui est loin de garantir une justice juste et équitable. Prenant la parole, le ministre de la Justice a quant à lui fait une promesse sur la tombe : garantir l’existence juridique et politique aux défenseurs des droits de l’homme. Pour cela, il a annoncé le dépôt par  le gouvernement d’un projet de loi au Parlement. Il espère ainsi que ces défenseurs évolueront dans des conditions de sécurité différentes de celles d’aujourd’hui. Il a aussi promis une  justice juste et équitable non seulement pour les deux défunts, mais aussi pour tous ceux qui leur sont chers.

Dans l’après-midi, un Culte d’actions de grâce a été célébré à la Cathédrale Notre Dame de Lingwala, en présence de  plusieurs autorités et à l’issue duquel une enveloppe a été remise à la famille biologique de Chebeya.

SAKAZ

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