Chebeya : la vérité qui fait peur …

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Quelle est la cause réelle de la mort du directeur exécutif de la Voix des Sans des Voix(VSV), Floribert Chebeya, dont le corps sans vie a été retrouvé le 2 juin 2010 à Mitendi ? Ya-t-il eu torture ou arrêt cardiaque comme le prétend l’équipe mixte des médecins congolais et hollandais ? Fidèle Bazana, son compagnon, serait-il en fuite ou liquidé comme le soutient sa famille ? Qui avait donné l’ordre d’actionner la machine du « meurtre »? Et, dans quel but ? Ces questions, comme tant d’autres, sur lesquelles la justice militaire s’est appesantie durant la phase de l’instruction n’ont pas encore trouvé des réponses définitives, alors que les plaidoiries s’ouvrent ce jeudi 24 mars à la Prison centrale de Makala.

 En effet, après une vingtaine d’audiences à la Cour militaire de la Gombe, cette affaire « Chebeya », riche tout de même en révélations sur le dysfonctionnement de la Police nationale congolaise(PNC), n’a pas pour autant livré tous ses secrets.

 Ce, particulièrement à cause de la stratégie de dénégation totale adoptée tant par certains renseignants, que par les 5 prévenus eux-mêmes. A l’audience du jeudi 23 décembre 2010, par exemple, les 5 officiers et subalternes de la Police nationale congolaise(le Colonel Daniel Mukalay, Georges Kitungwa, François Ngoy, Michel Mwila et Blaise Mandiangu), principalement accusés, ont totalement rejeté les charges d’association des malfaiteurs, d’enlèvement et d’assassinat portées contre eux. Il a fallu la perspicacité du Ministère public pour démontrer  que les policiers inculpés ont tout simplement adopté cette stratégie funeste de dénégation systématique. Pour l’organe de la loi, chacun d’eux a joué un rôle prépondérant dans cette conspiration car ayant travaillé ensemble depuis des lustres. C’est le cas, selon lui, du colonel Mukalayi et Michel Mwila qui a été secrétaire particulier du colonel pendant une certaine période.
 Somme toute, malgré le scepticisme exprimé par certains observateurs à l’issue de 1er round de ce feuilleton judiciaire, la justice congolaise manifeste, à travers son comportement dans ce dossier, sa volonté de mener jusqu’à terme cette instruction. Aussi, au nom de la « Tolérance zéro », mot d’ordre réitéré récemment par le président de la République, l’opinion publique estime que l’appareil judiciaire a, entre ses mains, une belle occasion de s’affranchir de sa torpeur et de prouver qu’il peut servir de gardien de la démocratie pour l’émergence d’un Etat de droit où tous sont censés être égaux devant la loi.
 Point n’est besoin de rappeler les retombées positives pour la nation de l’éclatement de la vraie vérité car les  dossiers similaires (Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Armand Tungulu, Franck Ngyke, Bapuwa Mwamba etc.) ont laissé un goût d’inachevé.
 Pour rappel, de tous les mauvais coups de publicité que la RDC a réussi à se taper durant l’année 2010, l’attention des médias du monde entier est restée interminablement focalisé depuis début juin 2010, jusqu’à ce jour sur l’affaire « Chebeya ». Son assassinat a  retenti dans toutes les sphères, nationales et internationales, jusqu’au point d’ébranler les bouillonnants préparatifs du Cinquantenaire de notre pays, incitant donc opposants politiques et activistes des droits humains à appeler au boycott de cet événement. Ceux-ci ont, à titre exemplatif, convié le Roi des Belges, Albert II, à ne pas répondre à l’invitation de Kinshasa à l’occasion des 50 ans de l’indépendance de la RDC, signe de sa désolidarisation aux violations des droits de l’homme. Heureusement que le pire a été évité de justesse et les festivités ont été célébrées sans anicroche.
 Pourtant, l’affaire est encore brûlante devant la Cour militaire de la Gombe qui a commencé l’instruction du dossier  le jeudi 23 décembre 2010 à la Prison Centrale de Makala. Outre les 5 prévenus, une bonne trentaine des renseignants ont défilé devant la barre au cours de 24 audiences afin d’éclairer les zones d’ombres qui entourent cette affaire. Dans le lot, l’assistance a été abondamment édifiée par les dépositions du général Unyon, numéro 1 de la Direction des services des renseignements généraux( DGRS) ; du général Dieudonné Oleko, patron de la police nationale dans la Ville-province de Kinshasa ; du colonel Van Bile de la police scientifique ; du Major Nana Tshamuangana, Inspecteur adjoint et chef de département administratif au Secrétariat général de la Police ; du Commissaire principal Yav Kot, secrétaire au Secrétariat général de la Police ; et d’Olivier Kungwa, membre et agent de l’ONG la « Voix des Sans Voix » (VSV) ; du colonel Kanold Kanam, numéro 1 de la police nationale à Kisangani ; de Gomer Martell, sujet camerounais « témoin » de la présence de Chebeya à l’Inspection générale de police ; de papa Mukalay, chargé de communication à l’IG ; des experts des sociétés de télécommunications locales ( Vodacom, Airtel et Tigo) ; des activistes de droits de l’homme ; de Madame Yandé, de la Division des droits de l’homme de la Monusco ; etc.  Tous sont intervenus comme renseignants au cours des audiences-fleuves allant souvent jusqu’à 17 heures !
 Cependant, jusqu’à la fin de la phase instructive de ce procès,  alors que les avocats de l’accusation réclamaient à cor et à cri l’arrestation du général Numbi, premier suspect selon eux, c’est plutôt son adjoint, le colonel Daniel Mukalayi, ainsi que d’autres policiers qui ont été inculpés. Quant à John Numbi, toujours frappé de suspension, il a eu à comparaitre comme renseignant, face à l’incompétence de la Cour militaire de le poursuivre. Toutefois, lors de cette comparution, John Numbi a indiqué qu’il n’avait jamais pris un rendez-vous quelconque avec Chebeya et était absent de son bureau le 1er juin 2010, jour présumé du passage du président de la VSV à l’Inspection générale de la Police.  
 Il faudrait noter qu’à la suite de l’ouverture du dossier par le Procureur général de la république(PGR), une autopsie a été faite par une équipe mixte des médecins congolais et hollandais, avant son transfert auprès de l’auditeur général des FARDC. Ceux-ci ont plutôt conclu, nonobstant les traces de violence sur le corps du défunt, à une mort provoquée par un dysfonctionnement cardiaque !
 Par ailleurs, l’affaire qui est fixée depuis lors devant la cour militaire n’a pas traitée le cas de Bazana Fidèle, chauffeur de l’activiste, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Lors de cette macabre découverte du 2 juin 2010, l’inspecteur provincial de la Police, le général Jean de Dieu Oleko, avait attesté la présence des objets suspects dans le véhicule du défunt (préservatifs, cheveux de femme, produits aphrodisiaques etc.). Pour la défense, il s’agit d’un montage grossier.
 La deuxième phase de cette affaire qui s’ouvre demain jeudi 24 mars permettra donc à toutes les parties de pouvoir argumenter à partir des débats à l’audience, sur les faits et les points de droit pouvant asseoir la défense pour les accusés et l’accusation pour la partie civile. 

Tshieke Bukasa

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