Chebeya : la maladie d’un juge « tue » le verdict

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Tout le monde a été surpris, hier jeudi 16 juin 2011 à la Prison centrale de Makala, l’absence de la Cour qui devait en prononcer l’arrêt tant attendu du procès « Chebeya ». Aucune ombre d’un quelconque membre de la Cour militaire n’était en vue. Débutant, depuis le commencement du procès, à 10 heures 30, l’audience d’hier n’émettait aucun signal positif sur sa tenue jusqu’à 12 heures, alors que les avocats ont été régulièrement notifiés.

L’assistance, composée essentiellement des avocats de toutes les parties, des familles des victimes Chebeya et Bazana et celles des policiers prévenus, des membres du Ministère public, des journalistes, des diplomates, des activistes des droits de l’homme ainsi que des observateurs et des inconnus non identifiés, est restée pantoise à l’extérieur de la Prison durant des heures, en l’absence d’information crédible pouvant l’éclairer l’avortement brusque de l’audience. Fait insolite : la hiérarchie de la télévision nationale congolaises (RTNC) a dépêché deux cars de reportage pour une transmission directe de l’événement sur l’ensemble du territoire national et éventuellement en dehors de nos frontières.

Perplexe, le directeur de la prison, Dido Kitungwa, a tout simplement indiqué avoir reçu un coup de fil d’un membre de la Cour sur la non tenue de la séance. D’où l’impréparation de la salle destinée à recevoir le public. Toujours sceptique, ce dernier n’a pas daigné évacuer les lieux, préférant attendre la moindre bribe d’information justifiant ce rendez-vous manqué. C’est à ce moment que des nombreuses rumeurs, cocasses les unes autant que les autres, se sont déclenchées, puis commençaient même à prendre corps. Arrêtées net par une nouvelle tombée tel un couperet, selon laquelle l’audience est reportée, car l’un des magistrats chargé du dossier serait malade. Version corroborée par plusieurs autres sources en contact avec des juges de la Cour, elle a pourtant été étrillée par les avocats de toutes les parties abasourdis par cette procédure. 

Pour Me Serge Mayamba, conseil des parties civiles retirées du procès depuis le jeudi 12 mai dernier, sa présence ainsi que celle de ses collègues du même banc ne signifie pas une remise en question de la décision prise en faveur de leurs clients, mais est justifiée par la communication leur faite par la Cour de tenir l’audience du prononcé de l’arrêt.  Surpris de constater son report à travers les questions des journalistes, Me Mayamba souligne toutefois que ce procès « Chebeya » symbolise la volonté de l’instauration d’un Etat de droit. D’où l’espoir de voir la justice congolaise rendue en toute indépendance  et dans le respect des règles du jeu malgré l’influence politique qui pèse sur cette affaire.

Quant à son confrère Didier Dimina, avocat de la défense, il a indiqué sa désolation sur le silence de la Cour qui avait pourtant fixé rendez-vous le 16 juin pour le prononcé. La moindre des choses, selon lui, aurait été d’informer le public même par la voie de presse. Concernant le cas de son client, l’Inspecteur Georges Kitungwa, pour lequel il a plaidé, Me Dimina a confié sa certitude pour son acquittement pur et simple dans les prochains jours.

La VSV pessimiste

Dans un communiqué de presse parvenu hier au Phare, l’ONG la « Voix des Sans Voix »(VSV) a rappelé qu’elle s’était retirée du procès suite à la tentative du Premier président, le colonel Camille Masungi Muna, de procéder à la requalification des infractions à charge des prévenus en homicide involontaire.
Concernant le verdict qui sera prononcé le jeudi 23 juin prochain, la VSV a fait noter son pessimisme suite à la tentative de minimisation de ces faits infractionnels amorcée par le 1er président de ladite Cour. « Le verdict risque donc de ne pas répondre aux objectifs assignés à un procès sur la mort tragique d’hommes dans un lieu de service public en l’occurrence l’Inspection Générale de la Police », lit-on.

En définitive, comme l’a aussi déclaré Dolly Ibefo à la prison de Makala, la VSV se réserve le droit de saisir les instances judiciaires supérieures après le prononcé de l’arrêt de la Cour. Par ailleurs, elle a réitéré son exigence de l’arrestation du général John Numbi Banza Tambo, suspect numéro n°1, selon l’ONG, dans l’ignoble assassinat de Chebeya et son chauffeur Bazana, en vue de sa comparution devant la Haute Cour militaire.

Tshieke Bukasa

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