Chantage sur la CPI

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La Cour Pénale Internationale en a reçu pour son grade, tout d’abord lorsque des éminentes personnalités du monde tant politique, économique que culturel avaient menacé de mettre le feu aux poudres si l’on ne retire pas le mandat d’arrêt à charge de Bosco NTAGANDA. Ensuite, il y a peu, certains chefs de guerre et officiers militaires proches de ce général ressortissant du Rwanda reconnus coupables des crimes de guerre et contre l’humanité ne sont pas allés avec le dos de la cuillère pour menacer ouvertement cette juridiction internationale en déclarant sans gêne que : « si vous n’annulez pas le mandat d’arrêt, nous allons continuer de tuer, de violer et de piller ». Un chantage  ignoble fait publiquement par des gens qui ont les mains couvertes de sang des populations civiles et non armées pour assouvir des ambitions indéfendables et qui risquent de plonger la R.D.C. dans une guerre de 100 ans.
Ce chantage  inacceptable survient juste à la veille de la prise des fonctions d’une originaire d’Afrique en la personne de Mme Fatou BENSOUDA appelée à prendre le relais de l’indécrottable Luis MORENO Ocampo. Ce juriste argentin qui a, à son actif, l’arrestation de quatre ressortissants du Congo, notamment Thomas LUBANGA Dyilo, Jean-Pierre BEMBA, Germain KATANGA  et Matthieu NGUJOLO Chui, tous accusés des crimes de guerre et contre l’humanité. Thomas LUBANGA a déjà été condamné et la peine qui sera bientôt prononcée ne sera pas de moins de 30 ans d’emprisonnement ferme et sans espoir d’une quelconque remise. 
Avant de prendre son siège de Procureur près la Cour Pénale Internationale et face à ces chantages lancés par des individus qui se croient intouchables, Mme Fatou BENSOUDA a d’abord rappelé que son prédécesseur vient d’ajouter au dossier judiciaire du Rwandais Bosco NTAGANDA d’autres nouveaux chefs d’accusations. Cet homme serait l’instigateur d’une mutinerie d’anciens rebelles pourtant incorporés dans les rangs des FARDC et de nouveaux enrôlements d’enfants soldats pour continuer à répandre la mort et la désolation dans les territoires de l’Est. Des crimes qui viennent de coûter cher à son ancien chef hiérarchique dans la milice Union des Patriotes Congolais qui a semé la terreur dans le territoire de l’Ituri entre 2002-2003.
Pour balayer du revers de la main les accusations souvent portées à l’encontre de la Cour Pénale Internationale de ne s’intéresser qu’aux africains, Mme Fatou BENSOUDA, une juriste gambienne, a déclaré qu’elle sera le Procureur pour 121 Etats et pas seulement pour les pays africains. « Je vais étendre les investigations vers d’autres continents pour que les droits de l’homme soient respectés par tous sans distinction aucune», a-t-elle indiqué.
 
L’étau se resserre sur Kigali 
 
Tout récemment, notre confrère « Le Monde » a fait état d’une demande formulée par la Cour Pénale Internationale à l’endroit du Rwanda pour transférer d’autres criminels, notamment Jules MUTEBUTSI, RUHORIMBERE et GISHONDO, tous des colonels ayant fait la pluie et le beau temps dans les rangs des forces armées du Rassemblement Congolais pour la Démocratie tout au long de la fameuse guerre de 1998-2003 où ils n’ont pas laissé que de bons souvenirs. Jules MUTEBUTSI a, quand à lui, joué un rôle très déterminant en qualité de second de l’ex- général de Brigade Laurent NKUNDA en 2004 dans leur aventure tragique de Bukavu avant de fuir vers le Rwanda où il bénéficie de certaines faveurs.
Que va être la réaction de Kigali face à cette demande d’extradition de ces officiers militaires accusés des crimes de guerre et contre l’humanité perpétrés sur le territoire congolais ? Cependant, sans préjuger de la position de ce pays, l’on sait d’une part que le Rwanda n’est pas signataire de la Charte de Rome et que d’autre part, l’Union Africaine a pris une résolution de ne plus livrer des sujets africains à la Cour Pénale Internationale car selon elle, cette juridiction ne s’intéresse qu’aux africains en fermant les yeux sur des crimes commis par les ressortissants d’autres continents dont particulièrement l’Amérique du Nord et l’Europe. Les autorités du Rwanda se trouvent devant un nœud gordien ou une situation shakespearienne. En refusant de livrer ces individus accusés des crimes de guerre et contre l’humanité, Kigali va se mettre à dos toute la communauté internationale qui l’accuse de connivence criminelle. Kigali risque de perdre la sympathie de toute la communauté internationale et apporter ainsi de l’eau au moulin des milieux extrémistes de tous bords qui le soupçonnent d’entretenir l’insécurité dans la Région des Grands Lacs.
 
F.M.   

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