Certification des compagnies aériennes : la RDC toujours sous embargo

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Uu Airbus de la Compagnie africaine d'aviation (CAA).Photo Okapi.Il y a péril en le demeure. Les travaux de certification des compagnies aériennes de droit congolais placées sous l’administration de l’Autorité de l’aviation civile, AAC, touchent à leur fin. Dans moins d’une quinzaine de jours, les experts de l’Association internationale du transport aérien, IATA et leurs homologues de l’AAC vont présenter les conclusions finales de l’examen des dossiers des cinq premières compagnies soumises à la certification.

Les échos qui nous parviennent des milieux proches de l’administration aéronautique congolaise semblent très alarmants. L’opinion se souviendra qu’à la suite de la cascade d‘accidents et d’incidents survenus dans l’espace aérien congolais, les autorités du pays ont résolu de faire passer au peigne fin toutes les compagnies aériennes de droit congolais opérationnelles en RDC. Pour résoudre ce problème grave de sécurité, l’Etat congolais a fait appel au financement de la Banque Mondiale.

Dans un premier temps, le ministre des Transports et Voies de Communication a désigné cinq transporteurs aériens sur base des critères discrétionnaires. Ainsi donc, aux yeux du commun des mortels, ce sont les compagnies aériennes congolaises les mieux outillées pour défendre valablement la réputation de la République sur base d’éléments techniques probants, qui ont été propulsées sur la ligne de front.

Choix de l’IATA par la Banque mondiale

La certification actuelle est conduite par un consultant international, l’IATA qui a été recrutée par la Banque mondiale. Une enveloppe de USD 1.000.000,- a été dégagée  pour couvrir tous les frais des travaux d’une durée de six mois. Les experts de l’IATA Michel BELAND (Canadien), TAVARES et ALIOU (tous deux Sénégalais), travaillent ensemble avec dix homologues congolais de l’AAC triés sur le volet sur base d’un examen minutieux de leurs dossiers par le consultant international.

Les experts de l’IATA sont arrivés à Kinshasa le 15 avril 2013 à la faveur des journées aéronautiques organisées à l’hôtel Memling par le ministère des Transports et Voies de Communication. Les travaux de certification des compagnies aériennes congolaises proprement dits ont commencé le 13 mai 2013 et sont répartis en cinq phases essentielles. La première phase a trait à la pré-évaluation, la manifestation d’intérêt d’être certifiée communiquée dans un formulaire ad hoc par la compagnie requérante.

La seconde phase est consacrée à la demande formelle introduite par la compagnie requérante en y joignant toutes les informations et la documentation exigées. Il s’agit principalement des personnes attitrées devant occuper des « postes holder » dont un dirigeant responsable, un responsable des opérations aériennes, un responsable de la maintenance, un chef pilote, un chef de l’assurance qualité, un chef de la sécurité, un chef de la sûreté, un chef de. la formation.

Présentation d’une documentation technique fournie

La compagnie requérante présente aussi un certain nombre de manuels décrivant le modus operandi. Il s’agit du Manuel d’exploitation (MANEX A, B, C et D). La partie A concerne les procédures générales (la manière dont le transporteur opère). La partie B décrit l’utilisation de chaque type d’avion. La partie C reprend tous les aérodromes fréquentés faisant partie du programme d’exploitations. La partie D a trait à la formation du personnel d’exploitations (personnel navigant technique, assistant technique d’exploitations et personnel technique).

Sont compris dans cette documentation requise le MCM (maintenance control manual), le MME (maintenance management exposition) ou le MOE (maintenance organisation exposition), le manuel Qualité, le manuel Sécurité-Sûreté, le manuel Cabine (Cabine attendant manual).

Dans la troisième phase, les experts de l’IATA et leurs homologues de l’AAC s’appesantissent sur la vérification documentaire. Cette étude porte sur la conformité des manuels présentés par la compagnie requérante avec la réglementation internationale et les lois. A ce stade, certains manuels doivent être approuvés, d’autres acceptés.

La quatrième phase intègre la vérification physique de toutes les informations communiquées dans la documentation de la compagnie requérante avant d’aboutir à la certification qui en est le couronnement à la cinquième phase.

Des inquiétudes persistantes

            S’agissant de l’examen des dossiers des cinq compagnies désignées par le ministre des Transports et Voies de Communication, trois d’entre elles ont passé la phase 2 après plusieurs ajournements. Il a fallu attendre la mise en demeure et la date limite du dépôt des documents au 12 août 2013 pour récupérer les deux autres transporteurs aériens.

            Au stade actuel, une seule compagnie serait en voie de passer la phase 3 de la vérification documentaire avant d’être admise à la phase d’inspection. Le processus devrait en principe se terminer ce lundi 30 septembre 2013, les deux semaines qui restent étant consacrées à la préparation du rapport final de la mission d’expertise IATA.

            Telle qu’apparaît la situation, il faudrait un miracle pour certifier les quatre autres compagnies avant la fin de la mission des consultants de l’IATA. Des conséquences fâcheuses risqueraient d’en découler :

– Avant le 15 octobre 2015, les avions des compagnies concernées ne seraient plus habilités à voler ;

– La RDC serait enclavée ;

– La Banque mondiale se poserait des questions sur l’utilisation de ses fonds dans cette opération de résolution d’un problème grave de sécurité ;

–           Rien ne pourrait s’opposer à la justification du pays sur la liste noire comme preuve évidente.

Des solutions palliatives douteuses

            Le ministère des Transports et Voies de Communication a trouvé un autre consultant chargé du processus de certification de 20 autres compagnies de droit congolais. Il en a fait largement écho dans son récent show à Goma. Dans les milieux de la profession, des voix s’élèvent pour s’interroger sur la pertinence d’un tel choix. Alors que le bon sens recommande plutôt de terminer l’opération qui est en cours avec la mission d’experts de l’IATA, en évaluer les résultats et les « foundings » pour refaire une nouvelle session plutôt que de se jeter dans les bras d’autres consultants. Si les cinq premières compagnies phare ont échoué, quelle garantie pour la suite ?

            S’agissant de l’autre consultant pris par le gouvernement, les professionnels de l’aviation se demandent s’il a la même notoriété que l’IATA recrutée par la Banque mondiale. La certification du nouveau consultant aura-t-elle la crédibilité voulue notamment auprès de l’OACI (Organisation internationale de l’aviation civile) et des organes professionnels attitrés comme l’IATA ?

Libérer la licence d’exploitations de LAC-Sarl

            Pour les esprits avertis, dès le déclenchement du processus de certification, il a été clamé tout haut que seule la compagnie aérienne nationale, Lignes Aériennes Congolaises (LAC-Sarl) au demeurant membre de l’IATA qui a fait ses preuves pendant des décennies, présente toutes les garanties exigées pour la certification. Ceci est d’autant plus vrai que l’ex-AIR CONGO, AIR ZAIRE, aujourd’hui LAC-Sarl a toujours opéré selon les normes de l’OACI et dans lesquelles elle s’est développée.

            Les observateurs avisés se posent aussi la question de savoir pourquoi le ministre des Transports et Voies de Communication continue à bloquer la licence d’exploitations de LAC-Sarl depuis plusieurs mois pendant que les services techniques attitrés de l’Autorité de l’aviation civile ont déposé un rapport favorable quant à ce. L’obtention de la licence d’exploitation n’est pas le fait d’une décision politique !

            LAC-Sarl offre des garanties matérielles, techniques et même financières requises pour la licence et la certification. Il est grand temps de mettre un terme à cet acharnement du locataire de l’immeuble de la SCTP (ex-ONATRA) sur la dissolution de la compagnie aérienne nationale pour des buts inavoués privant ainsi la République de son instrument désigné.

                                                                                       Kimp 

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