CENI : le TGV du glissement lancé !

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Bloqué en janvier 2015 par les manifestations de rue contre la tentative de tripatouillage de la Loi électorale et en passe de l’être par le Sénat, très tatillon sur la seconde lecture du projet de loi sur la répartition des sièges par circonscription électorale pour les élections locales et municipales, le TGV (Train à Grande Vitesse) du glissement est finalement lancé. Après avoir longtemps résisté aux pressions du Gouvernement, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a fini par céder, en acceptant de réaménager le calendrier des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs de nouvelles provinces.

Comme par hasard, ce round électoral improvisé a pour point de départ le 21 juillet 2015 (début de l’opération de dépôt des candidatures) et pour point de chute le 22 octobre 2015 (publication des résultats définitifs), ce qui entraîne un chevauchement suspect avec les élections locales, municipales et législatives provinciales. Il ne faut pas être sorcier pour comprendre que la CENI va être fatalement obligée de renvoyer ces dernières à une échéance ultérieure, dont la fixation va dépendre du sort que le Sénat va réserver au projet de loi portant répartition des sièges par circonscription électorale.

Le tableau des opérations électorales en vue du vote des gouverneurs et vice-gouverneurs de nouvelles provinces vient d’ôter tout doute sur le chambardement que va subir le chronogramme de tous les scrutins planifiés par la CENI entre octobre 2015 et novembre 2016. Pourtant, les responsables de cette institution d’appui à la démocratie ne cessaient de soutenir, depuis la publication du calendrier global des élections, que cette « feuille de route » serait exécutée sans faille. Ils ajoutaient que si le calendrier électoral devait subir une quelconque modification, cela devrait être le résultat d’un consensus entre acteurs politiques de la Majorité et de l’Opposition. Curieusement, il a suffi de la poussée d’une seule famille politique pour que son indépendance montre ses limites.

Si l’on doit s’en tenir à la logique de la Majorité présidentielle, selon laquelle l’ordre d’organisation des élections devrait être scrupuleusement respecté, à savoir que la CENI devrait démarrer par les élections locales, municipales et législatives provinciales, pour boucler la boucle par la présidentielle et les législatives nationales, ces deux derniers scrutins ne devraient pas avoir lieu le 27 novembre 2016. Car, il saute aux yeux que les retards qui ne font que s’accumuler sur le calendrier électoral ne pourraient pas être résorbés. Il reste à savoir si l’opinion nationale, dont une forte majorité est foncièrement opposée à tout glissement de mandat des animateurs des institutions en place, dont certains (députés provinciaux, sénateurs, gouverneurs de provinces) en sont à leur neuvième année dans la fonction, contre les cinq « constitutionnelles », va tolérer un « coup de force » qui ne dit pas son nom. A qui profiterait la nouvelle tentative de glissement si la rue, une fois de plus, faisait bloc contre ceux qu’elle considère, depuis le précédent fâcheux de la Loi électorale, comme les ennemis de la démocratie ?

 

Mauvais signal après le message d’Obama

 

Le décor de prolongation des mandats des hommes au pouvoir en République Démocratique du Congo est en train de se planter au moment où le président américain, Barack Obama, vient de mettre en garde les dirigeants africains contre leur manie de s’accrocher au pouvoir. Il s’agit là d’un mauvais signal dans un environnement politique où la CENI répète à l’envie qu’elle va organiser des élections réellement démocratiques, transparentes et apaisées, et où la Majorité présidentielle, soupçonnée des velléités de violation de la Constitution et des règles de l’alternance démocratique, ne cesse de promettre de jouer franc jeu.

Le changement des dates de la tenue des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces tombe d’autant mal que le pays tout entier attend que le Chef de l’Etat, constitutionnellement interdit de briguer un troisième mandat, n’a toujours pas fixé les forces politiques et sociales sur la convocation ou non du Dialogue national. La voie du glissement automatique empruntée par la CENI risque de faire voler en fumée le maigre capital-confiance que l’Opposition et la Communauté internationale ont placé dans un forum dont l’objectif devrait être de favoriser le compromis autour des sujets qui fâchent (calendrier électoral non consensuel, financement hypothétique du processus électoral, fichier électoral présumé pollué, enrôlement de nouveaux majeurs, restriction des libertés publiques, libération des prisonniers politiques et d’opinion, réouverture des médias fermés, etc.).

Il est paradoxal de noter que la Majorité continue d’entretenir des agendas cachés tout en reconnaissant que sans Dialogue, le peuple congolais n’aurait point d’élections crédibles et apaisées. Est-ce possible de bâtir un Congo nouveau dans la logique de la conservation du pouvoir par les modifications intempestives des règles du jeu, comme dénoncé par Barack Obama du haut de la tribune de l’Union Africaine, à Addis-Abeba ?                Kimp