CENI : ça sent le brûlis

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L’accusateur porte un nom : René Isekimanga, ministre honoraire des Hydrocarbures dans le gouvernement Gizenga. L’accusé aussi : Zacharie Botuli, chef de Bureau démissionnaire de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), en fonction depuis la création de la défunte CEI (Commission Electorale Indépendante). Le hic se trouve dans la rumeur qui circule avec force dans le territoire de Befale, en province de l’Equateur, et qui donne l’intéressé pour prétendant à un mandat de député national dans la circonscription électorale précitée.

Ambition politique légitime ? Non ! Selon René Isekimanga, il s’agit d’une candidature très suspecte car émanant d’un citoyen qui a eu la charge de recruter et positionner, dans le territoire précité, le personnel local de la CEI/CENI, à savoir les agents chargés de l’enregistrement écrit des candidats à l’enrôlement, des opérateurs de saisie, du traitement des données et clichés, de l’impression des cartes d’électeurs, de la surveillance des bureaux de vote, de l’encadrement des résultats, etc.

Constat de Isekimanga : le sieur Zacharie Botuti a démissionné de ses fonctions car convaincu d’avoir planifié sa victoire électorale aux législatives toutes proches. Cette nouvelle, qui est encore perçue comme une allégation, mérite d’être sérieusement recoupée. Il n’est pas possible en effet qu’un cadre de la CENI qui est tenu par le serment de neutralité et d’apolitisme puisse se réveiller un bon matin pour renoncer à ses fonctions et postuler pour la députation, dans un territoire où ses anciens subalternes ne pourraient lui faire allégeance, pour leur avoir permis de rompre avec le chômage depuis 2005 pour les uns et 2009 pour les autres.

S’il y a un vœu à émettre, c’est celui d’inviter le président du bureau de la CENI, Daniel Ngoy Mulunda, à ouvrir l’œil et le bon, de manière à décourager, dès à présent, une manœuvre qui épouse les contours d’une tricherie planifiée. A cet effet, son institution devrait exercer une surveillance accrue sur son ancien « expert » dans le territoire de Befale, afin de l’empêcher de faire accréditer la thèse du manque de transparence dans l’organisation de futures élections présidentielle, législatives, sénatoriales, urbaines, municipales et locales.
En plus d’une enquête fortement attendue sur la situation du territoire de Befale, il est souhaitable que ses limiers se déploient vers d’autres territoires, où des cadres et agents ayant œuvré sous le label de la CEI et de la CENI en cette période électorale, seraient tentés de rendre le tablier après avoir soigneusement préparé le terrain pour le trucage des résultats du vote à leur profit personnel.

Jamais un sans deux ?

Il y a eu d’abord l’affaire de l’enrôlement des enfants mineurs au Katanga et dans la ville de Kindu, au Maniema, dénoncée dernièrement par l’ancien président de l’Assemblée Nationale, actuel président national de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise), Vital Kamerhe. En dehors d’une réponse convaincante des gestionnaires de la Commission Electorale Nationale Indépendante, une large partie de l’opinion nationale et internationale est tentée de souscrire à l’alerte de l’ancien Directeur de campagne de Joseph Kabila, qui en sait certainement un bon bout sur les tripatouillages des résultats sous le mandat de l’abbé Apollinaire Malumalu, en 2006.

Aujourd’hui, tout le monde est ahuri d’apprendre qu’un ancien sociétaire de la CEI/CENI s’apprête à engager un combat inégal contre ses adversaires politiques dans le territoire de Befale. A présent que son manège a été éventré, il est permis de croire que sa disqualification d’office est acquise. A défaut, son apparition sur les tablettes des candidatures constituerait un gros scandale.
Comme par hasard, Befale est inscrit dans les annales du processus électoral de 2006 comme l’unique territoire où les élections législatives avaient été annulées, pour de multiples raisons, le bourrage des urnes, la mise à sac des bureaux de vote, des affrontements sanglants entre partisans des candidats, etc. La CENI se trouve devant un terrible défi : celui de rassurer la communauté nationale quant à sa détermination à ne pas favoriser des élections complaisantes des candidats, à quelque niveau que ce soit.

Jacques Kimpozo

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