Carnet de voyage : cinq chantiers, zéro visibilité à Kananga

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 A neuf mois de la fin de la mandature en cours, il n’y a aucune trace visible des cinq chantiers du gouvernement dans la ville de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Occidental.
Hormis son aspect de ville ancienne, la voirie urbaine qui autrefois faisait la fierté de Kananga, surtout dans des communes comme Kananga et Katoka où les toutes grandes artères étaient asphaltées, est presque inexistante.
Partout, ce sont des trous, des nids de poule voire des tronçons entiers dont les bornes témoignent les traces d’asphalte.
Pire encore, les quelque 300 mètres qui séparent le Bâtiment administratif, siège du gouvernorat, de la résidence du gouverneur n’échappent à la règle.

 

 Que dire de la route de la Révolution qui relie la commune de Ndesha à celle de Katoka, De Ilebo, la principale voie qui part de la ville jusqu’à Ilebo en passant par les territoires de Demba et Mweka, ou encore la plus grande artère dite avenue Lulua qui se mue en route de Tshikapa une fois qu’on sort de Kananga. Tout est foutu. Et la ville donne l’impression d’une contrée non administrée.
Car, même une ville sortant de la guerre ne peut pas être dans un tel état une fois que l’administration s’installe.

Où sont passés les engins qui ont défilé le 30 juin 2008 ?

 Tout celui ou celle qui avait assisté au défilé commémoratif de l’indépendance nationale le 30 juin 2008, devant le chef de l’Etat, auquel toutes les institutions de la République avaient pris part, ne peut rien comprendre lorsqu’il se souvient des engins des cinq chantiers qui avaient défilé. Près d’une demi-heure de défilé était réservé uniquement aux engins des 5 chantiers qui devaient être affectés au secteur routier (voirie urbaine et routes de desserte agricole). Un tour effectué à travers la ville, aucune trace témoignant l’entrée en action desdits engins n’est visible, encore moins leur présence physique à Kananga !
Où sont-ils passés ? Quid de la réalisation ? A quoi a servi leur présentation en grande pompe ?
 Ces questions méritent d’être posées, parce que rien n’indique que la ville avait réceptionné de tels engins vu son état actuel. Notre curiosité ne s’est pas seulement limitée en ville. Nous avons dû parcourir quelques territoires voisinant Kananga, en l’occurrence Demba et Dibaya.
 C’est sur le tronçon Kananga – Demba qu’on a vu à peine un bulldozer et un caterpillar plus deux camions portant l’affiche de l’Union européenne. Ces engins étaient positionnés à l’entrée de la ville où aménagent la déviation de la route.
 Par contre sur l’axe Kananga – Dibaya, on n’a vu aucun engin commis à la réfection de la route. Ce sont plutôt les cantonniers qui essayent d’arranger manuellement la route  permettre le trafic. Renseignement pris, ces cantonniers seraient payés par UNOPS.

La ville aux mains des « Bayanda »

L’impraticabilité des routes de desserte agricole et des grandes artères qui mènent à Kananga a fait que les camions ne puissent plus fréquenter les milieux ruraux où ils achetaient des produits viviers pour revendre dans les centres urbains, particulièrement à Kananga.
 L’approvisionnement de la ville, une grande mégapole de la trempe de Kananga, est désormais assuré par des « Bayanda ».
 Des gens qui mettent de grandes charges sur le vélo et parcourent de longues distances pour approvisionner la ville. Quelque fois, ils ne parviennent pas à monter sur leurs bicyclettes parce que trop encombrées par des colis. Et ils se content seulement de les pousser, sans se rendre compte de tonnes de calorie qu’ils dépensent au détriment de leur propre santé ! Il y en a qui font plus de 200 km pour atteindre la ville.
A les voir, ils transpirent et accusent vraiment de la fatigue. Ce qui fait qu’ils ont du mal à fuir ou dégager la voie lorsqu’un véhicule klaxonne. Pour eux, les camions ayant disparu de la circulation, la route leur appartient. La prudence doit donc être de mise pour les rares conducteurs des jeeps 4×4, seuls engins qui affrontent encore les routes en délabrement.              
 Comment expliquer qu’en plein troisième millénaire, une ville de plus ou moins un million d’âmes soit approvisionnée par des moyens aléatoires ?
Alors qu’il y a peu, des camions provenant de tous les quatre points d’entrée à la ville affluaient et se disputaient l’espace au parking    du grand marché ou d’autres places publiques où la vente s’opérait à l’instar du marché Tshinseleka.
Cette réalité amère d’approvisionnement par des Bayanda, est visible lorsqu’on sort de la ville pour l’intérieur. Preuve : de Kananga à Demba cité, une distance de 65 km, on n’a rencontré aucun camion de marchandises.
Pourtant, ce fut l’une des principales voies d’approvisionnement de la ville !
La même réalité a été aussi vécue sur l’axe Kananga-Tshimbulu en plein territoire de Dibaya, situé à plus de 130 km, aucun camion rencontré. Idem en ce qui concerne le parking du grand marché qui n’affichait pas son ambiance d’antan.

Kananga encore récupérable

 En dehors de l’aspect qu’il offre d’une ville ancienne, le délabrement très avancé de la voirie, Kananga garde au moins un avantage. C’est la chance d’être récupéré en vue de sa modernisation quand il aura de bons gestionnaires. Parce que tout son patrimoine (édifices publics, écoles, espaces verts, espaces interdits d’habitation…) reste intact. Il faut toutefois signaler que construire en matériaux durables coûte de l’or à Kananga.  Le sac de ciment coûte entre 50 et 60 dollars, et il est rare.
 La raison de cette situation est simple : les constructeurs s’approvisionnaient en ciment de Lubudi qui venait par terrain dont la fréquence devient hasardeuse. Ceux qui peuvent s’approvisionner à Kinshasa, doivent embarquer dans le bateau. Celui-ci une fois à Ilebo, il faut se débrouiller autrement, parce que la difficulté liée à la fréquence du train se pose de la même manière.
 La tâche revient à ceux qui ont la destinée de la ville entre leurs mains de faire preuve de créativité en vue de braver tous ces obstacles.      Dom     

   

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