Cancer du col utérin : 40% de femmes dans l’ignorance en RDC

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«Près de 40% de femmes n’ont jamais entendu parler du cancer du col utérin », a déclaré le professeur Dr Désiré Banza Kamba, le vendredi 7 mai 2010 à l’hôtel Sultani, où l’Association de lutte contre le cancer du col utérin (ALCC) a organisé une conférence sur le cancer du col de l’utérus. L’orateur qui est aussi président de l’ALCC rendait ainsi publique une étude menée de janvier à juin 2009 à Kinshasa, Kisangani, Goma, Bukavu et Lubumbashi auprès des femmes dont le niveau d’études était de 6 ans post-primaires.

Il a indiqué qu’il avait initié cette étude pour tenter de connaître le niveau des connaissances et la perception que les femmes congolaises ont du cancer du col utérin en vue de motiver la nécessité de mener des activités de lutte contre la maladie. Outre cet objectif général, l’étude avait aussi des objectifs spécifiques tels qu’avoir une idée de la proportion de femmes qui meurent du cancer du col utérin ; du nombre des femmes qui n’ont pas encore entendu parler du cancer du col utérin ; des sources d’information… Il a signalé que la majorité des femmes interrogées était des jeunes âgées entre 20 et 29 ans (55,32%),  célibataires (62,88%), étudiantes (55%). L’orateur a reconnu des limites à son étude, car l’échantillon n’était nullement représentatif des couches de la femme congolaise. Il est difficile de nommer cette maladie dans nos langues nationales et face aux nombreuses femmes analphabètes, il y a certainement beaucoup plus de femmes qui ignorent son existence. Le questionnaire, a-t-il dit, était élaboré dans un français simple.  

Cette étude renseigne aussi  que parmi  les 58% qui affirment avoir entendu parler de la maladie,  seulement 17% connaissent l’agent causal principal (HPV); et seulement 6% la transmission sexuelle du virus. A ce sujet 43% des femmes interrogées ne citent aucun facteur de risque ; les contraceptifs, oraux sont les plus cites ; les facteurs qui favorisent la transmission du virus, à savoir la multiplicité de partenaires sexuels et les rapports sexuels précoces sont cités par 30% des femmes. Seulement 18% de femmes citent l’un ou l’autre symptôme du cancer du col tel que la métrorragie de contact ou les pertes génitales malodorantes

58% des femmes ayant entendu parler du cancer du col utérin, Dr Banza a déclaré que beaucoup de femmes ont eu l’information par leurs amis que par leurs parents.

A une autre question sur l’usage de certains produits par les femmes pour soigner leur appareil génital, le docteur a répondu que seule l’eau suffisait, beaucoup de produits modernes ou traditionnels détruisaient la flore vaginale censée protéger leur organe.           

Beaucoup de femmes meurent de ce cancer et la  majorité semblent être conscientes que le cancer du col tue, a dit le docteur.

A la clôture, le directeur de cabinet du ministre de la Santé, Tony Musinde, a déclaré que le ministère était prêt à travailler avec les spécialistes pour que cette maladie soit prise en compte comme certaines maladies évitables comme la tuberculose… Le président d’ALCC a plaidé pour une structure étatique d’encadrement définissant clairement la politique à suivre dans ce domaine ainsi que les stratégies à appliquer par tous les acteurs qui s’intéressent à la prévention et au contrôle du cancer du col en Rd Congo.

Dans son mot d’ouverture de cette conférence, le président d’ALCC a dit que « le cancer du col de l’utérus constituait un problème majeur de santé publique non seulement dans le monde, mais aussi et surtout dans les pays à ressources limitées comme le nôtre où il tue impitoyablement de nombreuses femmes à un âge relativement jeune. La prévalence élevée du VIH/Sida nous ajoute un fardeau supplémentaire quand on sait que l’évolution des lésions cervicales vers un cancer invasif se fait plus rapidement chez les PVV. » L’ALCC envisage de mener une étude pilote pour expérimenter l’opérabilité de différentes méthodes de dépistage et de prise en charge précoce des états précancéreux. C’est dans ce cadre qu’il compte inviter des chercheurs norvégiens qui ont mis au point une technique de détection et de typage d’HPV que l’on peut expérimenter en Rd Congo.

Par ailleurs, il a signalé qu’un groupe scientifique de travail, dirigé par le professeur Wembodinga de l’Ecole de Santé publique et composé des experts en gynécologie, en anatomie- pathologie, en santé publique et en cancérologie, est à pied d’œuvre pour proposer un projet sur la prévention et le contrôle du cancer du col utérin au pays à partir de l’expérience vécue dans un autre pays africain. Les grandes lignes de ce projet ont été présentées à l’assistance.

L’étude menée par le docteur signale aussi que 3,98% des femmes interrogées  pensent qu’on peut prévenir le cancer du col utérin soit par le dépistage, soit par la vaccination ou soit par les deux moyens.

Jean-René Bompolonga

 

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