Campagne électorale dans la violence : Week-end noir à L’shi, Mbuji-Mayi et Kinshasa

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Lundi, 07 Novembre 2011 17:45

Une semaine après son lancement officiel, la campagne électorale est loin d’être apaisée en République Démocratique du Congo. Il y a une semaine, Kinshasa, Mbuji-Mayi et Kisangani ont été le théâtre d’affrontements sanglants entre les militants des partis de la Majorité Présidentielle et ceux de l’opposition. Casses, blessés et morts d’hommes ont sanctionné ce feuilleton de violences électorales dues en grande partie à la mauvaise gestion des manifestations publiques par la Police Nationale Congolaise.

Alors qu’on en est encore à épiloguer sur ce début chaotique de la campagne électorale, le dernier week-end a également connu son lot de dérives électorales. Cette fois, ce sont les villes de Kinshasa, Lubumbashi et Mbuji-Mayi qui se sont mises en vedette. Le bilan provisoire fait état de l’arrestation manquée du député provincial Martin Fayulu dans la capitale, de 16 blessés lors des batailles rangées entre miliciens de l’Unafec et combattants de l’UDPS à Lubumbashi et d’échauffourées entre combattants de l’UDPS et « sportifs » au service du gouverneur du Kasaï Oriental à Mbuji-Mayi, sanctionnées par le décès d’un enfant victime de la barbarie d’un cacheur.

Fayulu sauvé de justesse par la Monusco

Une situation cocasse a eu pour cadre le périmètre du terminus de l’UPN, dans la commune de Ngaliema, samedi dernier. Alors qu’il supervisait le déploiement de son matériel de campagne au niveau de ce site, le député provincial Martin Fayulu, candidat à la députation nationale, s’est vu interpellé par des policiers du sous-commissariat de ce secteur, sur instruction du colonel Kanyama selon eux, au motif qu’il aurait tenu un meeting dans l’enceinte de l’Université Pédagogique Nationale et incité les étudiants de cet établissement à la désobéissance civile en cette période de campagne électorale.
En dépit des efforts fournis par l’intéressé pour faire comprendre aux policiers qu’il était là juste pour assurer le suivi de ses supports de campagne, les hommes en uniforme n’exigeaient qu’une chose : l’amener au Camp Lufungula auprès de leur hiérarchie.

Flairant un coup fourré, Martin Fayulu a eu le réflexe d’alerter un galonné de la Monusco et ses amis de l’Opposition qui se réunissaient au siège de RLTV. Tout ce beau monde s’est finalement retrouvé dans les installations de l’ex-Circo où, le général Oleko, après avoir soutenu au départ la version du colonel Kanyama faisant état d’un campagne d’intoxication des étudiants de l’UPN par ce candidat à la députation nationale, a finalement accepté de le laisser partir. D’aucuns pensent que n’eut été la présence d’un galonné de la Monusco, Fayulu se serait retrouvé avec une histoire à dormir débout entre les bras.
Hier dimanche, un sérieux accrochage a eu lieu entre partisans du candidat Gérard Mulumba de la Majorité Présidentielle et sympathisants de l’UPDS au quartier Kingabwa. Plusieurs blessés ont été dénombrés de part et d’autre.

Lubumbashi : 16 blessés

S’agissant de Lubumbashi, la journée de samedi 05 novembre 2011 a été marquée par l’attaque d’une caravane de campagne des combattants de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) par un groupe de miliciens de l’Unafec (Union Nationale des Fédéralistes du Congo), le parti cher à Kyungu wa Kumwanza. A en croire un bilan partiel, 16 blessés ont été enregistrés dans les deux camps. Le bilan aurait pu être plus lourd si les miliciens de l’Unafec avaient mis à exécution leur projet d’aller saccager le siège provincial de l’UDPS. Armés de machettes, couteaux et gourdins, ils n’ont pu passer à l’action car les combattants de l’UDPS ont décidé de défendre leur patrimoine avec le même arsenal de guerre. Finalement, l’affrontement meurtrier que redoutait tout Lubumbashi n’a pas eu lieu.

Il n’empêche que les «frères ennemis» restent sur le pied de guerre. Selon plusieurs sources, le climat d’intolérance est principalement entretenu par les partisans de Kyungu dans la capitale du cuivre. En dépit des appels au calme du Gouverneur de province, Moïse Katumbi, la tension ne baisse toujours pas. On redoute le pire dans les jours à venir. L’environnement politique qui prévaut à Lubumbashi fait penser à celui connu entre 1990 et 1992, à l’époque de l’affaire « Lititi mboka » (agression planifiée des étudiants à l’Université de Lubumbashi) et de l’épuration ethnique orchestrée par les miliciens de l’ex-Uferi du duo Nguz-Kyungu contre des ressortissants des deux Kasaï.

Mbuji-Mayi : un mort

Quant à la ville de Mbuji-Mayi où le gouverneur Ngoyi Kasanji a quitté son habit d’autorité provinciale pour revêtir celle de candidat et de propagandiste de la Majorité Présidentielle farouchement opposé à la campagne des candidats de l’opposition, elle était de nouveau secouée par des violences électorales le dernier week-end. On indique que des « sportifs » instrumentalisés par le numéro un de cette province ont lancé des actions punitives contre les combattants de l’UDPS et ceux d’autres partis non affiliés à la Majorité Présidentielle.
Dans ce feuilleton des violences, un cacheur est tombé sur un pauvre enfant qu’il a envoyé, sans appel, au Royaume des ancêtres.
Depuis que la campagne électorale a été lancée, Mbuji-Mayi est devenue l’épicentre des violences, à cause notamment de l’incapacité du gouverneur Ngoyi Kasanji à maîtriser ses sentiments de candidat et de partisan de la famille politique au pouvoir.

Goma : un musicien enlevé

La situation était fort explosive à Goma suite à l’enlèvement, vendredi par des hommes en uniforme d’un musicien nommé Fabrice. La population composée en majeure partie des jeunes protestaient contre ce énième enlèvement d’un paisible citoyen qui avait le tort de soutenir un candidat de l’Opposition à la présidentielle. On laisse entendre que ce candidat serait Vital Kamerhe. Hier dimanche, la police a dû tirer plusieurs coups de feu en l’air pour obliger les manifestants à quitter les rues et à évacuer les barricades dressées depuis vendredi.

Des inquiétudes pour l’avenir
Les tensions électorales qui se font jour aux quatre coins de la République confirment, au jour le jour, le caractère non apaisé des élections présidentielle et législatives. Chaque jour qui passe, la République Démocratique du Congo offre au monde extérieur l’image d’un Etat où la diversité d’opinions et la liberté de mouvement semblent interdits à certains candidats. Les scrutins voulus libres, démocratiques, transparents et pluralistes ne le sont plus que de nom.
Des obstructions délibérées et systématiques sont organisées contre les activités de propagande des candidats autres que ceux des partis et regroupements politiques au pouvoir.
L’insécurité est permanente pour les candidats indépendants et ceux de l’opposition ainsi que leurs partisans. Les grandes villes, à savoir Kinshasa, Matadi, Bandundu, Lubumbashi, Mbuji-Mayi, Kananga, Kisangani, Mbandaka, Goma, Kindu et Bukavu offrent le décor de sites interdits aux opposants et à leurs supporters.

Dans ce décor de violences électorales, la police donne l’impression d’avoir reçu la mission spéciale de saper le moral des candidats de l’opposition, des indépendants et de leurs « bases ». La politisation des forces chargées du maintien de l’ordre et de la sécurité suscite une série interminable de questions. De nombreux compatriotes pensent, à la lumière des actes que la police pose dans la capitale, au vu et su de nombreux Congolais et des expatriés, que l’arrière-pays doit connaître des situations pires, qui se passent loin des regards indiscrets.
L’aveu d’impuissance de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) face au contrôle de l’espace politique par la Majorité Présidentielle, ne présage rien de bon. La démocratie congolaise naissante court le risque de sortir fort diminuée au terme des scrutins du 28 novembre 2011. Kimp

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