Calendrier électoral: NGOYI Mulunda tente d’éviter le passage en force

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Sept jours durant, les membres du Bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) ont travaillé d’arrache-pied sur le projet de calendrier électoral devant définir les échéances électorales dont le démarrage est prévu pour le second semestre de cette année. « La responsabilité est de celle d’organiser les élections dans un délai constitutionnel et ensuite celle de se réserver de publier ce calendrier électoral ici au Katanga avant d’évaluer les implications légales et budgétaires très considérables. Il nous faut consulter, tout d’abord, nos différents partenaires directs, à savoir le gouvernement de la République, les dirigeants des partis et regroupements politiques, les différentes confessions religieuses et d’autres partenaires intéressés », a indiqué le samedi dernier le Pasteur Daniel NGOYI Mulunda, président de la CENI. Ce séminaire qui s’est ouvert le 25 mars dernier à Lubumbashi avait pour but d’évaluer toutes les données en présence, notamment les implications budgétaires, a-t-il ajouté avant de noter qu’à ce séminaire ont pris part des représentants de la communauté internationale et des experts de la CENI.  

Pour autant, une chose est d’élaborer un projet de calendrier électoral mais une autre est de savoir si l’équipe du Pasteur Daniel NGOYI  Mulunda va organiser de véritables consultations avec les forces politiques et sociales ayant pignon sur rue et non des faire-valoir pour faire passer la pilule renfermant les volontés d’une oligarchie qui tient à demeurer éternellement au pouvoir par la magie des manipulations des textes. Toute la crédibilité du Pasteur NGOYI Mulunda dépend de la manière dont il va conduire ces consultations et s’il va prendre en compte les desiderata de véritables forces politico-sociales du pays. Autrement dit, l’opinion voudrait voir sortir de ces consultations un projet de calendrier électoral réaliste car tenant compte des avis et considérations de ces forces et regroupements politiques, bref des réalités du pays pour éviter de tomber dans certaines erreurs d’un passé récent qui ont provoqué des troubles et guerres  coûteuses en vies humaines, viols, pillages et destructions méchantes.

Ce calendrier devrait régler d’abord les questions de fond, notamment un timing réaliste pour la révision du fichier électoral, la prime des agents électoraux, la sécurisation de ces kits et agents, l’état des infrastructures, les états financiers, etc. IL va s’agir de rassurer toutes les forces vives de la Nation par des vraies consultations populaires par le biais de ses représentants légitimes devant déboucher sur l’organisation d’un processus électoral apaisé et non de simples jeux de dribbles ayant pour finalité de rouler en farine les esprits naïfs en imposant un calendrier qui ne va pas régler les questions de fond. Essentiellement face aux bruits faisant état d’un plan de découplage de l’élection présidentielle des élections législatives et provinciales. Alors que ce sont des raisons de compression budgétaire qui avaient été avancées pour justifier la révision constitutionnelle en modifiant le mode de scrutin par l’organisation d’un seul tour pour l’élection présidentielle.

Spectre d’une oligarchie sans contre-pouvoir

Pour bon nombre d’observateurs, il faudra que le projet de calendrier soit une occasion pour écarter la menace de voir la République prise en otage par un individu, fût-il président de la République élu au terme d’un seul tour de l’élection présidentielle et qui va se retrouver seul aux commandes de l’Etat  sans de véritables contrepouvoirs et qui va user et abuser des moyens financiers de l’Etat pour fausser les élections législatives et provinciales. Dès lors que grâce à la dernière révision constitutionnelle, Joseph KABILA s’est octroyé des pouvoirs exorbitants lui permettant de dissoudre à sa guise les assemblées provinciales.
Dès lors qu’une oligarchie pourra s’offrir le siège de la présidence de la République et que pour gouverner seule, elle va utiliser à fond le trésor public pour fausser les résultats des élections législatives et provinciales. Dieu Seul sait si par boulimie du pouvoir, elle ne va être tentée de toucher à l’intouchable, à savoir procéder à la révision de l’article 220 de la Constitution qui limite à deux le nombre des mandats du président de la République. Comme on dit, l’appétit vient en mangeant.

Chat échaudé a peur de l’eau froide    

On rappelle que suite à la forte et inattendue poussée du vent venu du Nord, à savoir la « perestroïka » lancée par l’inoubliable Mikhaïl GORBATCHEV, le maréchal MOBUTU entreprit des consultations populaires à travers tout le territoire national. Quelle ne fut pas la surprise de l’opinion d’entendre le guide du MPR-parti Etat proclamer fort et loin que le peuple congolais lui avait demandé de maintenir le système en place, notamment le parti unique? Mais qu’en bon nationaliste il avait résolu de libéraliser l’espace politique par la mise en place d’un nouvel échiquier composé de trois partis, dont deux nouveaux aux côtés de celui qui à ses yeux représentait la plus grande majorité du peuple congolais. On se rappelle les multiples tentatives opérées par le maréchal pour manipuler à sa guise les textes constitutionnels.

Comme personne n’avait pris la température de ces consultations populaires qui s’étaient déroulées dans des salles réservées jusque là au MPR-parti Etat et dont la majeure partie des participants étaient des membres de ce parti unique, la question à ce jour est de savoir comment le Pasteur NGOYI Mulunda va évaluer les différents avis et considérations qui sortiront de ces consultations qu’il compte entreprendre pour enrichir le projet de calendrier à rendre public. Va-t-il se limiter à un décomptage par le biais des avis et considérations émanant de la majorité numérique des participants ? Va-t-il tenir compte de la pertinence des remarques dans la mesure où de l’avis de la plupart des partis et regroupements politiques et sociaux, découpler l’élection présidentielle des élections législatives et provinciales, c’est recréer de facto les deux tours de la présidentielle qui avait servi en 2006 mais que l’on vient d’annuler lors de la révision constitutionnelle?

Tous les regards sont donc tournés vers l’issue de ces consultations que compte entreprendre le président de la CENI et son bureau pour voir comment les valeurs républicaines et les intérêts des Congolais seront défendus.

                                     

F.M.   

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