Calendrier électoral 2014-2016 : la fracture s’amplifie

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Ceni_1Le microcosme politique congolais s’agite terriblement depuis la publication par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) du calendrier des élections locales, municipales et urbaines. Comme on s’y attendait, le document a été accueilli avec enthousiasme par la Majorité Présidentielle, actuellement au pouvoir, estimant que le temps de la résolution de la crise institutionnelle, de la base au sommet, a sonné. De l’avis de cette famille politique, toutes les filles et tous les fils de la RDC qui pensent disposer d’une assise populaire solide devraient le démontrer à travers les urnes. Ne pas se soumettre à la sanction du peuple selon le chronogramme de la CENI, seule institution qualifiée pour la gestion du processus électorale, passe à ses yeux pour une fuite en avant.

Quant à l’Opposition, elle a rejeté massivement la démarche de cette institution d’appui à la démocratie, au motif qu’elle n’a pas été le résultat d’un consensus. Selon elle, il s’agit d’une nouvelle stratégie visant à dépouiller le souverain primaire de toute possibilité de libre choix de ses futurs élus mais aussi à prolonger implicitement les mandats des assemblées provinciales, du Sénat et du Président de la République. Bref, elle accuse la CENI de vouloir opérer un nouvel holp électoral, à l’image des scrutins de 2006 et 2007.

Instrumentalisée depuis les années’90, à l’époque de Mobutu, la Société Civile a une fois de plus réagi à travers des sensibilités tantôt régentées par la Majorité Présidentielle, tantôt par  l’Opposition.

Le grand Congo de nouveau divisé

Ce que de nombreux observateurs redoutaient, à savoir l’élargissement du fossé divisant le grand Congo en pro et anti-Ceni, comme au lendemain des scrutins de 2011, est arrivé. Du coup, l’on assiste à l’émergence de deux « Congo », l’un acquis au processus électoral tel que ficelé par le « pouvoir organiseur des élections » et l’autre foncièrement opposé à la manière dont cette institution d’appui à la démocratie compte le conduire.

D’aucuns pensent qu’il n’est pas indiqué d’organiser des élections dans un environnement de crise de confiance entre la CENI et une frange importante de la population congolaise. Les réactions négatives massives enregistrées contre le calendrier électoral sont révélatrices de la peur de beaucoup de compatriotes de revivre le cauchemar des tripatouillages des scrutins.

Il y a ainsi nécessité de les rassurer. Pour ce faire, l’on pense que l’abbé Apollinaire Malumalu et les membres de son staff devraient se faire violence, en prenant en compte les préoccupations de leurs partenaires politiques et sociaux qui estiment que la transparence du processus électoral n’est pas suffisamment garantie. Le débat autour du suffrage direct ou indirect, déjà engagé à l’Assemblée Nationale, et dont la conséquence logique devrait être la révision constitutionnelle ou non, mérite d’être relancé, afin de fixer l’opinion sur le mode de vote des députés provinciaux. L’équivoque doit absolument être levée au sujet du mécanisme d’élection de futurs membres des assemblées provinciales, car c’est à ce niveau que se situe l’énigme des élections des gouverneurs de province, des sénateurs et même du Président de la République. Le soubassement du suffrage indirect pour les députés nationaux est connu : révision constitutionnelle, élections des gouverneurs de provinces, des sénateurs et du président de la République au second degré. Celui du suffrage direct l’est également : maintien de la Constitution dans ses termes de janvier 2011, suffrage direct pour les gouverneurs de province, les sénateurs et le président de la République. Mais la CENI a déjà prévenu : ce dernier mode d’élection exige un coût excessif et des délais plus élastiques pour leur tenue, d’où le calendrier électoral devrait imploser au-delà de 2016. Moralité : les tenants du suffrage universel direct seraient tenus pour responsables de la prolongation des mandats des Assemblées provinciales, du Sénat et du Chef de l’Etat en fonctions.

            Mais, pour éviter des contestations électorales qui couvent, des analystes politiques recommandent à la CENI et à ses partenaires politiques et sociaux de réexaminer sa « feuille de route » afin de voir dans quelle mesure concilier leurs positions en vue d’apporter des correctifs aux éléments qui fâchent dans le processus électoral en gestation.

                                   Kimp

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