Burkina : nouvelle leçon de démocratie à l’Afrique

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burkina fasoDécidément, le Burkina Faso est en passe de se positionner comme un nouveau modèle de démocratie en Afrique. Après la triste fin de Blaise Compaoré, qui lui avait imposé 27 années d’un règne sans partage, voici que son armée, qui inspirait beaucoup d’inquiétude quant à sa volonté de s’impliquer dans la dynamique du changement impulsée par la « rue », vient de surprendre agréablement en remettant le pouvoir aux civils.
Qui aurait cru que le lieutenant-colonel Zida numéro 2 de la Garde présidentielle, une branche connue en Afrique comme plus puissante que l’armée régulière, allait s’effacer démocratiquement, deux semaines seulement après le départ en exil de son maître ? En effet, au lendemain de la chute de celui qui avait privatisé le « pays des hommes intègres », l’on craignait la confiscation pure et simple de la « révolution populaire » par ses amis militaires ou encore la répétition du syndrome égyptien, avec le retour en force de l’armée au pouvoir, après l’intermède de Morsi, successeur éphémère du dictateur Hosni Moubarak.

En principe, la voie de la démocratie véritable semble tracée pour le peuple burkinabé, qui peut se réjouir d’avoir à sa tête un Chef de l’Etat chargé de conduire une courte transition d’une année, avec comme point de chute les élections présidentielles et législatives en novembre 2015. Comme un film ou un roman policier, une croix définitive est tirée sur le régime dictatorial de Blaise Compaoré et les dignitaires de sa République.
L’on croit savoir que les pressions de la « rue » mais aussi celles de grandes puissances planétaires (France et Etats-Unis) ont fait beaucoup réfléchir les officiers supérieurs burkinabé, même s’ils étaient tentés au départ de jouer des prolongations destinées à distraire l’Opposition, la Société civile et les masses populaires foncièrement opposées à toute modification de la Constitution et partant au maintien au pouvoir de l’ancien Chef de l’Etat après son quatrième mandat.
Ainsi qu’on peut le constater, un candidat à la présidence à vie ainsi que sa famille biologique et politique viennent d’être amèrement désillusionnées par le véritable détenteur du pouvoir d’Etat, à savoir le souverain primaire. Le grand tournant que vient d’aborder le Burkina Faso devrait faire méditer les décideurs africains qui donnent l’impression de banaliser ce qui vient d’arriver à l’ancien maître de ce pays de l’Afrique de l’Ouest. La grande leçon à retenir du nouveau paysage politique burkinabé est que l’armée, traditionnellement complice des dictateurs, vient de se ranger du côté du peuple, le véritable maître du jeu dans la vie d’un Etat.
L’autre enseignement à en tirer est qu’on le veuille ou non, l’Occident a toujours son mot à dire dans la marche des affaires publiques en Afrique.
L’on doit se dire que désormais en Afrique aussi, c’est le souverain primaire qui commence à régler le sort des hommes forts, en dépit de la forte militarisation de tous les rouages de la vie publique et des moyens financiers qu’ils mobilisent pour l’achat des consciences des complices de leur longévité au pouvoir.

La fin des présidents
à vie ?

Les peuples d’Afrique semblent sortir d’un long sommeil pour s’opposer, progressivement, aux candidats à la présidence à vie. Aux quatre coins du continent, l’idée de la non limitation des mandats ou de l’exercice de plus de deux mandats présidentiels a de plus en plus du mal à passer. Hier passifs face aux turpitudes de leurs « présidents-fondateurs », ils se montrent de moins en moins réceptifs à ces Chefs d’Etat qui sollicitent des mandats à durée indéterminée pour nourrir éternellement leurs peuples des promesses de modernisation des routes, chemins de fer, ports et aéroports, d’industrialisation des secteurs miniers et agricoles, d’amélioration des taux de desserte en eau potable et électricité, d’éradication de la pauvreté, de construction des logements sociaux, d’amélioration des infrastructures scolaires et sanitaires, de lutte contre le chômage, etc.
Dans tous les forums qui s’organisent en Afrique comme en dehors de celle-ci – cas du Sommet de Washington ayant en toile de fond le thème de la démocratie (non modification des textes constitutionnels, bonne gouvernance, respect des libertés individuelles) – les Africains comme les Occidentaux parlent d’une seule voix pour condamner, sans réserve, les velléités des hommes au pouvoir sur le continent à vouloir prolonger leurs mandats par des artifices non démocratiques.
Les pays de vieille démocratie voudraient voir l’Afrique arrêter la spirale des régimes autoritaires, dont les animateurs rêvent de finir leur vie dans leurs fauteuils de « monarques ». L’histoire a déjà montré que ceux qui refusent de rendre le tablier après 10, 15, 20, 30 ou 40 ans de pouvoir terminent souvent dans le déshonneur : Sékou Touré, Jean-Bedel Bokassa, Hailé Sélassié, Mobutu Sese Seko, Ben Ali, Hosni Moubarak, Khadafi, Blaise Compaoré, etc. Par contre, les personnalités politiques ayant choisi de se retirer du pouvoir avant qu’il ne soit trop tard, sont entrées au panthéon des immortels : Léopold Sédar Senghor, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere, Nelson Mandela.
Kimp

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