Bruno Tshibala pour combien de temps ?

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Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Les absences de trois des animateurs de la fronde contre le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement ont fortement alimenté, hier mardi 09 mai 2017, les commérages dans les quartiers populaires de Kinshasa, peu après la publication du
gouvernement Tshibala. Le petit peuple était certain que ceux qui rivalisaient d’ardeur dans les médias dans la campagne de diabolisation de Félix Tshisekedi, Pierre Lumbi, Moïse Katumbi, autres Martin Fayulu, allaient enfin recevoir le salaire de leur zèle. D’où des railleries à cœur ouvert à l’endroit de Roger Lumbala, Valentin Mubake et Raphaël Katebe Katoto. S’agissant de Joseph Olenghankoy, il a réussi à placer son frère Emery Okundji dans la nouvelle équipe gouvernementale, à l’image de Vital Kamerhe qui y reste valablement
représenté par Kangudia et Boji.

On retient par ailleurs que la Majorité Présidentielle a réussi à garder le contrôle des ministères dits « stratégiques » avec Léonard She Okitundu aux Affaires Etrangères, Emmanuel Ramazani Shadari à l’Intérieur, Alexis Thambwe Mwamba à la Justice, Crispin Atama Tabe à la Défense et Henri Yav Mulang aux Finances.

Elections impossibles en 2017…

La question qui continue de trotter dans les esprits est celle de savoir combien de temps Bruno Tshibala va rester Premier ministre, au regard des circonstances ayant prévalu à sa nomination et de la vague de contestations qu’elle continue de susciter à l’étranger, notamment aux Nations Unies, à l’Union Européenne ainsi que dans plusieurs capitales occidentales (Washington, Bruxelles, Paris, Londres). Chacun se demande si le nouvel occupant de la Primature va tenir au-delà de trois mois. Son prédécesseur, Samy Badibanga, rêvait peut-être d’une petite longévité mais le cours des événements en a décidé autrement.

D’aucuns pensent que Bruno Tshibala est assis sur une chaise éjectable et qu’il ne va pas, contrairement à la mission lui assignée en priorité, organiser les élections. Tout le monde pressent le caractère éphémère de son mandat, au regard de la multiplication, au
niveau du Conseil de Sécurité des Nations Unies, de l’Union Européenne, des autorités américaines, belges, françaises, britanniques, canadiennes et autres, d’appels au respect strict de l’esprit et de la lettre de l’Accord du 31 décembre 2016, mais aussi à sa mise en œuvre dans le respect des critères consensuels de
désignation du Premier ministre et du Président du Conseil National de
Suivi de l’Accord de la Saint Sylvestre.
Même la signature du texte réaménagé de l’Arrangement Particulier
entre la Majorité Présidentielle et une frange de l’Opposition et de
la Société Civile n’a pas convaincu les partenaires de la RDC de la
volonté des hommes au pouvoir à Kinshasa d’organiser une transition
pacifique, destinée à conduire le peuple congolais vers des élections
transparentes, démocratiques et apaisées.
S’agissant précisément des élections, le décor du « glissement » est
solidement planté, avec la suspension des opérations d’enrôlement dans
le Grand Kasaï, pour cause d’insécurité, alors qu’elles se poursuivent
dans l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Tanganyika, où la paix
reste tout autant troublée par des forces négatives, locales et
étrangères. Techniquement, la CENI (Commission Electorale Nationale
Indépendante) ne pourrait pas boucler les opérations de révision du
fichier électoral en juillet 2017, ni d’ici à décembre 2017.
Financièrement, les caisses de l’Etat sonnent creux. En son temps,
l’actuel ministre du Budget, qui est maintenu à son poste, avait fait
savoir aux députés nationaux, lors d’une plénière organisée au Palais
du Peuple, que l’Etat congolais n’avait pas les moyens de financer le
processus électoral. Plusieurs indices montrent que la volonté
politique d’organiser les élections fait défaut. En effet, le budget
national qui se situait à 9 milliards de dollars en 2015, a été ramené
autour de 8 milliards de dollars en 2016, avant d’être revu à la
baisse, autour de six milliards de dollars en plein exercice
budgétaire. Pour 2017, le pays n’a toujours pas de budget et continue
de vivre d’expédients appelés « crédits provisoires ». Cela n’augure
rien de bon pour une année présumée électorale.

La MP cherche à gagner du temps
Le scénario mis en œuvre par la Majorité Présidentielle au lendemain
de la signature de l’Accord de la Cité de l’Union Africaine, le 18
octobre 2016, avec la nomination du Premier ministre Samy Badibanga,
tout en sachant qu’il n’était qu’une parenthèse avant l’organisation
du Dialogue réellement inclusif entre la Majorité Présidentielle et
les forces politiques et sociales non signataires de ce deal
politique, revient à la surface. Manifestement, la famille politique
du Chef de l’Etat cherche à gagner du temps, tout en n’ignorant pas
les limites de son « alliance » avec des dissidents du Rassemblement.
L’essentiel pour les stratèges de ce camp politique, pense-t-on, est
de faire passer le temps, de manière à rendre techniquement,
financièrement et politiquement impossible la tenue des élections en
2017. Selon nombre d’analystes politiques, le « passage en force »
opéré avec comme fausse locomotive Bruno Tshibala, n’a pas pour
objectif de mettre le cap sur les élections, mais plutôt de réunir les
conditions de leur report sine die, dans l’attente d’une cohabitation
future avec le véritable Rassemblement des Forces Politiques et
Sociales Acquises au Changement, dans la droite ligne de la Résolution
2348 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Kimp

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