Brouille Kinshasa-Bruxelles : quel climat des affaires ?

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Le pourrissement des relations entre Kinshasa et Bruxelles fait planer, entre les deux capitales, le spectre de la rupture des relations diplomatiques. La fermeté affichée par certains officiels congolais pourrait faire croire que la RDC ne craindrait pas de
franchir la ligne rouge, au nom du respect de son indépendance et de sa souveraineté. Quant à savoir quelle partie va être la plus perdante dans l’affaire, nombre d’analystes congolais n’hésitent pas à pointer du doigt le pouvoir en place à Kinshasa, coupable à leurs yeux de n’avoir pas réussi, après 17 ans de règne, à poser les jalons du développement intégré du pays en termes d’industrialisation, de mécanisation de l’agriculture, de modernisation des infrastructures de
base (routes, rails, ports, aéroports), de production de l’électricité
et de l’eau potable… bref d’amélioration du social des catégories
sociales modestes, etc.

Mais pour des observateurs qui se veulent optimistes, les chances
d’une rapide accalmie demeurent intactes. Même si le mauvais vent
venait à passer à plus ou moins brève échéance, la question de fond
reste de savoir quels dégâts moraux et matériels cette brouille aura
produit sur le climat des affaires en République Démocratique du
Congo, en raison de la fragilité de son économie et de son incapacité
à financer, sur fonds propres, ses projets d’industrialisation, de
prospection et d’exploitation de ses ressources naturelles (cuivre,
cobalt, diamant, or, coltan, pétrole, bois, gaz méthane), de
construction des barrages hydroélectriques et d’usines de traitement
d’eau, d’aménagement de fermes agro-pastorales, de mécanisation de son
agriculture, etc.

De Muzito à Tshibala : difficile pari d’amélioration du climat des affaires

Du gouvernement du Premier ministre Adolphe Muzito à celui de Bruno
Tshibala, en passant par ceux d’Augustin Matata et de Samy Badibanga,
soit de 2008 à 2018, un discours quasi identique est tenu aux
investisseurs nationaux et étrangers : c’est celui de l’amélioration
du climat des affaires. Entre autres indicateurs du changement, les
gouvernants congolais brandissent l’adhésion du pays au Droit Ohada,
la réduction du délai de création d’entreprise,  de délivrance du
registre de commerce et du permis de construire, l’institution d’un
Guichet Unique à l’Import et Export, les facilités d’accès aux
crédits, la réduction des taxes administratives, douanières et
fiscales, la limitation à quatre des services autorisés à œuvrer au
niveau des postes frontaliers, la libre entreprise, etc.
En dépit des gages du changement qui s’opère progressivement et des
campagnes de charme menées en leur direction, notamment à travers des
chambres de commerce mixtes, les investisseurs, surtout occidentaux,
ne se précipitent pas. La lourdeur administrative et des antivaleurs
telles que les tracasseries aux postes frontaliers, n’incitent pas les
détenteurs des capitaux à se presser au portillon de la RDC. D’où la
conclusion des contrats souvent léonins avec des investisseur peu
scrupuleux, qui entrent au pays avec des mallettes vides et en
ressortent les poches pleines, avec la complicité de nos compatriotes.
Avec ces « aventuriers », les joint-ventures et autres sociétés-écrans
ne vivent que l’espace d’une année ou deux, le temps de piller le
sous-sol congolais et de disparaître dans la nature.
Par conséquent, d’énormes efforts que déploient les décideurs
politiques congolais pour booster les secteurs des mines, des
hydrocarbures, de l’élevage, de la pêche, des transports, de
l’électricité, de l’eau potable… afin de pousser le pays vers
l’émergence s’avèrent sans lendemain.
En décrétant la fermeture de la « Maison Schengen » et du Consulat de
la RDC à Anvers ainsi que la réduction du nombre des fréquences de SN
Brussels Airlines entre Kinshasa et Bruxelles, les autorités
congolaises ont-elles pensé à l’impact négatif de telles mesures sur
le climat des affaires, aujourd’hui et demain? Quelle va être,
désormais, l’attitude d’opérateurs économiques étrangers contraints de
se soumettre à une longue gymnastique administrative pour entrer en
territoire congolais ou en ressortir ? Quel discours va-t-on tenir à
un chef ou un représentant d’une multinationale victime du manque de
vol sur Kinshasa ou Bruxelles à la date qu’il aurait bien voulu
voyager pour négocier ou conclure un contrat avec le gouvernement
congolais ?
Quels arguments ministres, conseillers à la présidence de la
République et experts congolais vont-ils développer, dans les jours et
semaines qui viennent, en direction de ceux qui détiennent les
capitaux et qui hésitent à investir en territoire congolais ?
L’histoire risque de donner raison, d’ici peu, à ceux qui estiment que
la RDC a tout à perdre dans le bras de fer engagé contre la Belgique
car ce pays ne représente que le bout de l’iceberg que les autorités
congolaises ont cru bon de bousculer. Car, derrière Bruxelles, se
cachent des intérêts de 17 Etats.
Vers la fin de l’année dernière, une délégation mixte Présidence de
la République- Gouvernement avait dû faire le tour des postes
frontaliers du pays et des zones minières pour assainir le secteur des
affaires, rassurer les opérateurs économiques et conscientiser
davantage les cadres et agents opérant dans les régies financières de
la nécessité de maximiser les recettes publiques sans pour autant
énerver les privés créateurs des richesses pour le pays. Beaucoup de
soin était mis dans ces missions pour ne pas semer la panique chez les
opérateurs économiques, qu’un ancien Premier ministre de Mobutu
décrivait comme des « animaux très peureux ». Toute cette bataille
pour établir des relations de confiance avec eux risque de faire flop
et de renvoyer le pays à la case-départ. Réservoir des ressources
naturelles, la RDC n’a pas encore les moyens de narguer les « grands »
de l’hémisphère Nord.
Kimp