Brouillard sur la décrispation politique, la CENI et la Cour Constitutionnelle : le CLC relance bientôt la « guerre »  contre le pouvoir

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Des délégués du Comité Laïc de Coordination venus de Kisangani, Kananga, Lubumbashi, Mbandaka et Kinshasa qui constituent les 6 provinces ecclésiastiques du pays et réunis dans la capitale du 30 avril au 1er mai 2018, ont fait l’amer constat du déficit d’avancées
dans l’application de l’Accord du 31 décembre 2016. Ils ont notamment relevé une grande incertitude au sujet de la tenue des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales à la date du 23 décembre 2018, le refus du pouvoir de libérer les « prisonniers
emblématiques » (Diomi, Muyambo, Diongo) et d’autoriser le retour au pays des exilés politiques (Katumbi, Mbusa), le déficit criant d’indépendance et de neutralité de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) ainsi que la transformation continue de la
Cour Constitutionnelle en caisse d’enregistrement du pouvoir en place.

Compte tenu de l’enlisement de la crise politique et institutionnelle et des velléités affirmées d’un énième glissement de calendrier électoral, le Comité Laïc de Coordination a décidé de relancer, dans les tout prochains jours, les hostilités contre les hommes au pouvoir.

Ainsi donc, dans un avenir tout proche, des actions de rue, notamment des marches pacifiques, des opérations sifflets, cloches, klaxons et autres tams-tams devraient être mises à contribution pour obtenir l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre. Sans pour autant donner les détails de ce qu’ils comptent mettre en œuvre comme
pressions contre le pouvoir en place, les laïcs catholiques soutiennent que le peuple ne va pas se fatiguer dans son bras de fer contre ceux qui bloquer son droit de s’exprimer librement à travers les urnes.

DECLARATION DES PARTICIPANTS ET MEMBRES DU COMITE LAIC DE COORDINATION
EN CONGRES
Introduction

1. Nous, Laïcs catholiques provenant des six provinces ecclésiastiques
que compte la RDC, réunis à Kinshasa le 30 avril et le 1er mai 2018,
pour évaluer la situation générale du pays et, en particulier le
processus devant conduire à la tenue d’élections présidentielle,
législatives et provinciales transparentes, crédibles et apaisées à la
date du 23 décembre 2018;
2. Rendons gloire au Dieu créateur qui nous a donné en héritage un si
beau et grand pays au cœur de l’Afrique, la République Démocratique du
Congo ;
3. Nous inclinons devant le martyre des compatriotes qui ont perdu
leur vie ou qui ont été atteints dans leur intégrité physique au cours
de toutes les marches historiques et pacifiques réprimées sauvagement
par le régime en place. Nous pensons particulièrement à Jean-Baptiste
Landen Kalamba, Godefroid Namwisi Mayi Kwenge, Mambidi Kianga, José
Fataki, Héritier lbanda, Hervé Bena Kalala, Serge Kikunda, Thérèse
Kapangala, Hussein Ngandu, Gurbeau Bwemba, Benjamain Mwinyilayi,
Mathieu Fwamba, Jackson Kabadiashi Malanga, Eric Bolokoloko et Rossy
Tshimanga Mukendi, dont la dépouille est jusqu’à ce jour prise en
otage, privant ses parents, sa famille, ses amis et connaissances du
droit d’organiser ses funérailles dans la dignité ;
4. Nous souvenons aussi de toutes les familles qui vivent, à travers
la République, la même peine de ne pouvoir récupérer les dépouilles de
leurs proches, victimes de la répression et des enterrements
clandestins ; et demeurons également préoccupés par la pratique des
cachots secrets, des détentions illégales et de l’instrumentalisation
des rivalités communautaires ;
5. Saluons le courage et le patriotisme des prêtres, des pasteurs, des
religieux et religieuses, des chrétiens catholiques et protestants,
des musulmans, des membres des mouvements citoyens, tous les Congolais
de bonne volonté qui ont organisé et pris part aux marches pacifiques
des 19 septembre et 19 décembre 2016, du 31 décembre 2017, du 21
janvier et du 25 février 2018; des marches qui ont été l’expression de
notre volonté et de notre détermination commune de sauvegarder les
acquis de la lutte glorieuse du Peuple congolais pour la liberté et de
nous affranchir définitivement de tout régime dictatorial ;
6. Renouvelons tout notre soutien à Son Eminence, le Cardinal Laurent
Monsengwo Pasinya et à l’ensemble des Archevêques et Evêques de la
Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), particulièrement le
Président, Mgr. Marcel Utembi Tampa Archevêque métropolitain de
Kisangani et le Vice-Président Mgr. Fridolin Ambongo Archevêque
Coadjuteur de Kinshasa. • Rendons hommage à leur courage et leur
engagement exemplaire en faveur de la démocratie et du bien-être du
Peuple congolais et les rassurons que notre action se fondera toujours
sur leur message prophétique en tant que nos Pères spirituels ;
7. Saluons les multiples initiatives prises par la communauté
internationale notamment à travers les résolutions 2277, 2348 et 2409
du Conseil de sécurité des Nations Unies (O.N.U.), les prises de
position et les recommandations pertinentes de l’Union Africaine
(U.A), de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs
(CIRGL), de la Communauté de Développement des Etats de l’Afrique
Australe (S.A.D.C), et de l’Union Européenne (U.E), pour soutenir la
tenue d’élections démocratiques conformément à la Constitution
congolaise ;
8. Relevons cependant, qu’en dépit de la publication du calendrier
électoral par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI),
de la promulgation de la loi électorale modifiée, de la clôture des
opérations d’enrôlement des électeurs et de l’adoption en cours de la
loi portant répartition des sièges aux élections législatives,
provinciales, municipales et locales, les sacrifices du Peuple
congolais et les efforts de la communauté internationale n’ont pas
encore donné les résultats escomptés.
9. Au cours de nos travaux, nous avons fait le constat amer que la
situation générale de la ROC reste préoccupante et l’avenir du pays,
plus que sombre parce que incertain.

Constat
Cinquante-trois jours -après -le 10 mars, la date d’annonce de notre
trêve au Secrétaire Général des Nations-Unies, à huit mois des
élections programmées au 23 décembre 2018, le constat unanime est le
suivant:
i. L’incertitude du calendrier électoral : Le calendrier publié par la
CENI fixe la date des élections combinées (présidentielle,
législatives et provinciales) au dimanche 23 décembre 2018. Cette date
étant considérée comme ultime, elle ne doit naturellement plus être
dépassée quelles que soient les circonstances. Pourtant, à 55 jours du
24 juin, la date de convocation de l’électorat pour l’ouverture des
Bureaux de Réception et Traitement des candidatures des députés
provinciaux, et à 86 jours du 25 juillet, la date de l’ouverture des
Bureaux de Réception et Traitement des Candidatures présidentielles et
des députés nationaux, la CENI continue à gaspiller à la fois son
temps, ses moyens et son énergie à la défense de son projet illégal et
•conflictuel d’imposition d’un matériel électoral décrié sur le plan
national et déconseillé par tous les pays amis y compris celui de
provenance de cette technologie. Alors qu’avant ces dates ou
parallèlement, devaient également être organisés l’enrôlement des
Congolais vivant à l’étranger, l’audit du fichier électoral et la
formation des agents en charge des opérations électorales. Il est peu
probable qu’à la date critique du 19 septembre 2018, la CENI puisse
être capable de rendre publiques, comme prévu par le calendrier
électoral, les listes définitives des candidats à tous les niveaux en
vue des scrutins présidentiels, législatifs nationaux et législatifs
provinciaux, du 23 décembre 2018.
ii. Aucune mesure de décrispation politique n’a été véritablement
d’application. En effet, à ce jour, à trois mois d’ouverture des
Bureaux de réception et traitement des candidatures pour l’inscription
des candidatures présidentielles et des députés nationaux, aucun
opposant politique emblématique n’a été libéré ; aucun exilé politique
n’a pu retourner au pays ; le contentieux du dédoublement des partis
politiques n’a pas été vidé ; les espaces démocratiques et médiatiques
n’ont pas été libéralisés ; les poursuites judiciaires contre les
opposants n’ont pas été abandonnés ; les mesures d’interdiction des
manifestations pacifiques n’ont pas été levées ; la liste des partis
politiques autorisés à participer au processus électoral n’est
toujours pas publiée.
iii. La partialité de la CENI : La haute direction de la Commission
Electorale Nationale Indépendante n’a cessé de se disqualifier par son
incapacité à s’inscrire dans les objectifs de l’Accord et surtout par
son manque d’impartialité en se comportant telle une administration
électorale partisane, comme l’illustre son entêtement à vouloir
imposer la machine à voter, l~ constitution ~on transparente du
fichier et de la cartographie électorale, l’opacité dans la passation
des marchés et la gestion peu orthodoxe des fonds électoraux. En
effet, on ne sait toujours rien de la destination de l’argent
budgétisé et décaissé pour les présentes élections depuis 2012 ;
l’audit de la CENI se fait toujours attendre; le budget électoral,
visiblement trop onéreux pour les capacités réelles du pays, ‘\ serait
prêt à servir d’alibi pour de nouveaux reports.
iv. Instrumentalisation de la Cour Constitutionnelle : Comme organe
compétent pour la gestion du contentieux des candidatures et du
résultat de vote pour les élections présidentielle et législatives
nationales, cette cour peut, en dernier ressort, invalider des
candidatures et rectifier les résultats de vote. Malheureusement, en
référence à certaines décisions iniques intervenues dans le cadre du
processus électoral, cette haute Cour a donné la preuve de son
instrumentalisation par le régime Kabila, comme le témoignent ses
arrêts autorisant respectivement la nomination des Gouverneurs de
province (Commissaires Spéciaux) (septembre 2015) et la prorogation de
fait du mandat du Président de la République (octobre 2016), arrêts
rendus en violation flagrante de la Constitution, de sa loi organique
et son règlement intérieur; et le rejet du recours introduit par un
groupe de députés et sénateurs toutes tendances confondues sur
l’inconstitutionnalité de la loi électorale.

En conclusion,

Nous, Participants et Membres du Comité Laïc de Coordination en
Congrès, nous appuyant sur ces observations indicatives ainsi que le
refus du pouvoir en place de mettre en œuvre les mesures de
décrispation politique, constatons que le processus électoral actuel
risque d’aboutir à l’un des deux scénarios suivants:
*soit le gouvernement et la CENI repoussent les échéances électorales
à de nouvelles dates hypothétiques, en prenant prétexte des
difficultés opérationnelles et logistiques, manipulant une fois de
plus l’opinion nationale et internationale;
*soit que ces deux organes conduisent le pays aux élections sans
mesures préalables de décrispation politique, ni de garantie de
transparence et de crédibilité, la Cour Constitutionnelle étant
d’avance programmée pour statuer sur les litiges électoraux suivant
les injonctions qui lui seront données.
Disons trois fois NON à ces deux scénarios. Le peuple congolais qui a
consenti tant de sacrifices pour mettre fin à la dictature et qui a
investi tant de vies humaines pour la tenue des élections crédibles,
transparentes et apaisées, ne peut tolérer de nouveaux reports, encore
moins la mise en scène d’une parodie électorale. Raison pour laquelle
nous interpellons une fois de plus le Chef de l’Etat et le
gouvernement. Il n’est pas encore trop tard pour changer le cours de
l’histoire. Car nous n’accepterons jamais cette situation et nous ne
baisserons pas les bras.
Pour ces différentes raisons, prenons, ce jour, la décision de mettre
un terme à la trêve que le Comité Laïc de Coordination avait décrétée
pour donner le temps nécessaire à tous les acteurs de la crise
politique en RDC de trouver une solution acceptable.
A la date d’aujourd’hui, 1er mai 2018, annonçons le démarrage des
préparatifs de nos actions pacifiques d’envergure,  de protestation et
de revendication, sur l’ensemble du territoire national.
Demandons au peuple congolais de se mobiliser, dans l’unité, à travers
toutes les provinces : villes, villages, quartiers, avenues et rues.
Demeurons ensemble, prêts à affronter le pire pour arracher le
meilleur, à savoir, le respect de notre dignité, la conquête de notre
liberté confisquée et la protection, la préservation et la promotion
de notre patrimoine commun : la République Démocratique du Congo.
Fait à Kinshasa, le 1er mai 2018
POUR LE CONGRÈS DU COMITE LAIC DE COORDINATION
Justin Tshiombela
Isidore Ndaywel
Justin Okana

Les Représentants des Provinces ecclésiastiques
Bukavu
Raphaël Wakilongo
Kananga
Léonard Balanganayi
Kinshasa
Marc Mpongo
Kisangani
Floribert Asiane
Lubumbashi
Me Hubert Tshiswaka
Mbandaka
Ivon Banga