Brigade africaine d’intervention rapide : l’Afrique trahie par ses armées

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L’idée de créer une brigade africaine d’intervention rapide sous l’égide de l’Union africaine, vieille comme cette organisation continentale, a été remise récemment sur la table, lors du dernier sommet de l’Union africaine. Annoncée avec pompe au point de presse du Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, cette décision applaudie de deux mains par la plupart des chefs d’Etat, a été qualifiée d’historique. Car, elle a fait l’unanimité de tous les présidents de la république et chefs de gouvernement présents qui ont promis de lui apporter leur contribution en hommes et en matériels. Une fois de plus, sa création s’avère comme un impératif de sécurité sur un continent laminé par des conflits armés, des guerres de rébellion et actuellement, en proie à des vagues de terrorisme, et dont la plupart des Etats sont incapables d’assurer seuls leur sécurité.

 

         L’histoire récente du continent africain qui, à maints égards, ressemble à celle mouvementée de l’Amérique latine, nous donne plusieurs péripéties de ses convulsions politiques. Et dans bien des cas, les rébellions ont pris le dessus, mettant en déroute les armées nationales et renversant les régimes établis qui n’ont pas su rallier à leur cause, les Etats voisins, eux aussi en proie aux problèmes politiques internes. Aujourd’hui, ce sont des groupes de terroristes issus des milieux religieux qui ébranlent les fondements des Etats, donnant du fil à retordre aux forces de sécurité. D’où la nécessité et l’urgence pour l’Union africaine de mettre en place et de disposer de sa force de réaction rapide capable d’intervenir du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, et de voler au secours des pays africains en proie aux rebellions alimentées de l’intérieur comme de l’extérieur.

         Au-delà des problèmes de faisabilité d’une telle brigade, ce projet appelle plusieurs interrogations que se posent de nombreux observateurs sur sa matérialisation. La première question est celle de savoir si les pays contributeurs éventuels disposent eux-mêmes d’armées fortes, disciplinées, possédant une longue expérience sur le théâtre des opérations. On a vu au Mali, l’armée bénéficier du soutien militaire de l’armée française pour bouter dehors les bandes des islamistes du Mujao et de l’Aqmi. Sans cet appui et celui de quelques pays voisins, on devine ce qu’il serait advenu de ce pays de l’Afrique de l’Ouest. Les observateurs s’interrogent aussi sur le matériel militaire des armées des Etats africains. Combien ont des équipements performants ? Si leur matériel est insuffisant par rapport aux besoins réels, il est également vétuste, régulièrement en panne et devait être remplacé depuis des années. Mais faute d’un budget militaire souvent revue à la baisse, les armées se débrouillent avec le matériel dont elles disposent, souvent acquis de seconde main. Combien disposent-elles des chars de combat, des blindés légers, des hélicoptères de combat et d’appui tactique des troupes au sol, des avions de chasse, des avions ravitailleurs et de transport de matériel et des troupes ? Combien des drones et des radars disposent-elles ? Sur le plan de la marine, combien des croiseurs et des porte-avions ?

         On dira que nous voyons gros, mais quelles sont les exigences en logistique d‘une armée moderne ? N’est-ce pas qu’il faut aussi des véhicules tous terrains, des autos amphibies, des équipements de déminage, des orgues de Staline, et des unités de transmission radio ? En dehors des unités commando et des parachutistes, ne faut-il pas disposer au sein de cette brigade, des bataillons des antiterroristes, des artilleurs de premier ordre, des marins et des pilotes ? Et s’agissant du budget de fonctionnement de cette brigade, qui en seront les pays contributeurs et à quelle hauteur ? En cas de difficulté de trésorerie due au retard de paiement de contributions, comment cette brigade pourra t-elle face aux arriérés de paie de la solde de ses éléments, et au paiement des frais de mission des troupes déployées sur le terrain ?

         Au-delà de ces questions d’ordre technique, les opinions politiques  de nombreux pays africains pensent que le problème fondamental est celui de la privatisation des Etats. Car, il est vrai que la gestion des armées a été longtemps privatisée, au point que ces forces combattantes ont été prises en otage par des chefs d’Etat qui en ont fait des instruments pour défendre leurs régimes, et non pour servir la défense de la nation. Le clientélisme et le favoritisme ont propulsé des éléments moins formés et moins expérimentés au détriment des experts militaires toutes armes. D’où les frustrations qui ont créé des aigris et fragilisé bon nombre d’armées sur le continent. En somme, les observateurs sont d’avis que si les Etats sont bien gérés, la gouvernance, la transparence, la redevabilité et le respect des critères de la méritocratie dans la promotion des sous-officiers et officiers, sont des facteurs qui pourront ramener l’harmonie et la cohésion nationale dans la gestion des institutions. Et il y aura moins de problèmes politiques et moins de rebellions. Les armées qui n’auront aucune coloration ethnique ou tribale, se considéreront comme des armées du peuple mises à son service pour sa protection et la défense de l’intégrité territoriale, et non au service des individus. A première vue, une brigade d’intervention rapide avec moins d’hommes ne pourra donc pas suppléer des armées entières avec des effectifs importants, et faire face à certaines rebellions renforcées par des supplétifs des armées étrangères. Ce projet qui sera soumis à l’étude des experts militaires de la plupart des pays africains ayant une longue tradition de guerres, mérite donc un examen approfondi, sinon il finira ses jours dans les oubliettes de l’histoire de l’Union africaine comme certains projets morts-nés.

             J.R.T. 

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