Brazza : après Kengo, rien n’a changé

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Après le ministre des Affaires Etrangères, Raymond Tshibanda, le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, refoulerétait la seconde personnalité de haut rang de la RDCongo à être dépêché à Brazzaville par Joseph Kabila, avec un message spécial pour son homologue de l’autre rive du fleuve Congo, Denis Sassou Nguesso. Les deux déplacements avaient trait au dossier du refoulement désordonné des RDCongolais de Brazzaville et Pointe Noire et à l’examen des voies et moyens de mettre un terme aux dérapages dont sont victimes les ressortissants de la RDCongo.

 

            Le constat à faire après la mission de Léon Kengo est que rien n’a changé. Non seulement des bateaux-charters continuent de débarquer, chaque jour, en moyenne 4.000 refoulés au beach de Kinshasa, mais aussi les traitements inhumains et dégradants entourant leur rapatriement forcé n’ont pas cessé. Tout se passe comme si les autorités du Congo/Brazzaville ne prennent en compte aucune requête de leurs homologues de Kinshasa.

            Le principal enseignement à tirer des expulsions du Congo /Brazzaville et de l’Angola, est que les dirigeants du Congo/Kinshasa et leurs citoyens devraient réfléchir sérieusement aux stratégies de leur auto-prise en charge. La chasse aux originaires de la RDCongo dans les pays voisins devrait constituer une urgente interpellation pour les gouvernants comme les gouvernés au sujet de l’attitude de rejet qui s’observe chez les peuples et gestionnaires des Etats voisins.

La question de fond est celle de savoir pourquoi les populations congolaises se ruent vers le Congo/Brazzaville et l’Angola. L’une des réponses à cette interrogation est que notre pays connaît un développement à plusieurs vitesses. Pour ne prendre que les « 5 chantiers de la République » et la « Révolution de la Modernité », ces deux plans de développement, dont le mérite est de pousser le grand Congo vers l’émergence, pèchent malheureusement par leur limitation aux grandes villes.

Les populations des campagnes congolaises sont jusque-là tenues à l’écart des infrastructures modernes (routes, barrages hydroélectriques, usines de production d’eau potable, ports, aéroports, hôpitaux, écoles, marché), des progrès technologiques de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, de nouvelles technologies de l’information et de la communication, du marché de l’emploi, du système bancaire, etc. Elles n’ont que deux pistes de sorties pour quitter ce qu’elles considèrent comme l’ « enfer » : venir à Kinshasa grossir les rangs des chômeurs ou traverser la frontière.

L’affaire du renvoi massif et sauvage des Congolais vers leur mère patrie devrait être mise à profit pour repenser les programmes nationaux de développement, de manière à créer, dans l’arrière-pays, des conditions de vie de nature à fixer les autochtones dans leurs milieux. Si les milieux ruraux congolais sont desservis en eau potable, électricité, routes de desserte agricole, écoles, universités, instituts supérieurs, hôpitaux, usines de fabrication de savon, d’huile de palme, d’allumettes, marchés modernes, ports, chemins de fer et aéroports modernes, banques, petites et moyennes entreprises…les Congolais n’iraient plus se faire humilier à Brazzaville, Pointe Noire, Luanda ou ailleurs. Heureux chez eux, dans un pays réellement plus beau que celui d’avant 1960, ils ne chercheraient pas à courir le monde, à la recherche d’un bonheur insaisissable. C’est le lieu de capitaliser la mésaventure des refoulés pour construire un avenir meilleur et sécurisant pour tous, sur la terre de nos ancêtres.

Kimp

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