Bilan de Kabila : positif à Gombe… négatif au pays réel

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Il y a beaucoup à dire et à redire sur le bilan de 17 ans de règne de Joseph Kabila, Chef de l’Etat. Il est largement positif ou largement négatif, selon que l’on situe dans la fameuse « République de Gombe », où s’agglutinent les animateurs des institutions nationales, ou au
pays réel, où se recrute l’écrasante majorité des laissés pour compte. Quand à Gombe, on estime que le pays est unifié, pacifié, démocratisé et engagé dans la voie de l’émergence économique, c’est le doute au sein de la « majorité silencieuse ».
On n’a du mal à croire à l’unification, à la pacification, à la
démocratisation et à une embellie économique lorsque des pans entiers
de plusieurs parties de la République en Ituri, au Nord-Kivu, au
Sud-Kivu, au Nord-Katanga voire dans les deux Kasaï restent sous
l’emprise des forces négatives, lorsque des milliers de compatriotes
sont tués tous les jours dans des zones où sont présentes aussi bien
l’armée régulière que les troupes de la Monusco, lorsque des
manifestants pacifiques non armés sont abattus comme des mouches par
les forces de l’ordre, lorsque les libertés individuelles sont
confisquées, lorsque des citoyens frappés par une pauvreté extrême ne
savent ni se nourrir, ni se loger, ni se vêtir, ni se faire soigner,
ni payer les études de leurs enfants, etc.

A combien s’élève la nouvelle dette extérieure ?

Le gros échec des deux mandats présidentiels est d’ordre social. A
l’image des Mobutistes, les Kabilistes ont brillé par une gouvernance
de la prédation, marquée par le pillage des richesses nationales par
une minorité de jouisseurs politiques. Pendants 17 ans, une poignée
d’individus se sont partagé le « gâteau national », laissant des
miettes à la multitude. D’où, le Congolais moyen n’a ressenti aucun
effet de l’atteinte de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés)
en 2010, sous le mandat du Premier ministre Adolphe Muzito, avec
l’effacement d’environ 9 milliards sur les 14 représentant la dette
extérieure du pays. Au moment où le Chef de l’Etat fait le bilan de
ses deux mandats, d’aucuns auraient aimé connaître la nouvelle hauteur
de ce cette extérieure, puisque, selon les institutions financières
internationales, le pays est retombé dans le cycle de l’endettement.
Personne ne croit en l’amélioration du cadre macro-économique vanté à
longueur de journée âr Matata, alors Premier ministre, au regard des
mouvements sociaux récurrents qui s’observent chez les enseignants,
les agents de l’administration publique, les infirmiers, les
professeurs d’universités, les magistrats, mais aussi la mutation de
plupart d’entreprises publiques en canards boiteux. Que les cours des
matières premières se portent bien ou mal, la descente aux enfers de
la RDC, au plan économique et social, parait irréversible.

Les élections ou le développement ?

A Gombe, on est d’accord avec le Président de la République sur
l’argumentaire du coût excessif des élections et de la nécessité de
retenir, comme priorité, le développement. Chez les Congolais
d’en-bas, on trouve curieux qu’un Chef de l’Etat qui a déjà épuisé ses
deux mandats, pose le problème de la reconstruction du pays. Même si
le pays était secoué par des conflits armés  de 2001 à 2006, il aurait
pu penser, plus tôt, à la mobilisation des fonds pour la construction
des routes, des voies ferrées, des aéroports, des ports, des écoles,
des hôpitaux, des industries lourdes comme légères, etc. Ce n’est pas
en plein processus électoral, pense-t-on, que devrait intervenir un
débat autour de l’opportunité ou non d’affecter 1,2 milliards de
dollars à l’organisation des élections. Si la volonté d’amener
réellement les Congolais aux urnes le 23 décembre 2018 existe,
l’exercice est sans prix. Quant au développement du pays, il
appartiendra aux futurs animateurs des institutions de la République
d’y réfléchir.

Vérités non partagées

A propos des vérités historiques que Joseph Kabila a cru devoir
rétablir, leur partage est controversé. Si chez les dignitaires de
Gombe, la paternité de Constitution qu’il revendique ne se discute
pas, au-delà, c’est la controverse. Chez les Catholiques, on rappelle
qu’une vaste campagne de vulgarisation du document, en français comme
en langues nationales, au niveau de la Commission Justice et Paix,
avait été menée dans le Congo profond, en prévision de son adoption
par référendum.
Côté UDPS, on indique qu’on avait fait une croix sur les élections de
2006 pour la simple et bonne raison qu’on n’avait pas recensé les
nationaux, en vue de leur identification formelle, ce qui avait donné
carte blanche aux non-Congolais pour leur participation aux scrutins,
en qualité d’électeurs comme de candidats.
S’agissant de la Monusco, des sources onusiennes signalent, entre
autres contributions à sa lutte contre les forces négatives, la
neutralisation du M23, après son entrée fracassante à Goma, en 2012.
Il y a aussi plusieurs opérations d’appui aérien aux FARDC (Forces
Armées de la République Démocratique du Congo), en termes de
bombardements des positions des groupes armés, de leur localisation,
de surveillance de l’espace aérien, etc. A l’époque de l’invasion et
de l’occupation de presque trois quarts du territoire congolais par
des mouvements rebelles (RCD, MLC, RCD/K/ML, RCN), entre 1998 et 2003,
avec le soutien de leurs parrains ougandais, rwandais et burundais, la
neutralisation de toutes les forces négatives et armées étrangères,
sur la ligne de front, était l’œuvre de la Monuc (Mission des Nations
Unies au Congo), peu après la signature de l’Accord de Lusaka. Par
ailleurs, entre 2003 et 2006, on n’oubliera pas de si tôt le rôle de
gendarme de la cohabitation non conflictuelle entre le gouvernement de
Kinshasa et les seigneurs de guerre assumé par la Monuc, sous le
Régime 1+4. Son numéro un, Swing, pilotait le CIAT (Comité
International d’Accompagnement de la Transition).

Du « Groupe de Binza » aux Kabilistes

De 1960 à 1965, on avait beaucoup épilogué au sujet du fameux «
Groupe de Binza », ce conglomérat de bourgeois politiques congolais
résidant sur les hauteurs de la cité de Binza, à Kinshasa, dans la
commune de Ngaliema, et ayant pour parrains des lobbies américains,
belges, britanniques et français. Faiseurs des institutions nationales
et provinciales et grands spécialistes des coups bas politiques, ils
étaient impliqués jusqu’au cou dans l’assassinat du Premier ministre
Patrice Emery Lumumba. Architectes du « premier coup d’Etat » civil
ayant conduit à la neutralisation du précité le 14 septembre 1960, au
profit du président Joseph Kasa-Vubu, ils allaient régler son compte à
ce dernier le 24 novembre 1965, à la faveur d’un coup d’Etat militaire
planifié par le général Josep-Désiré Mobutu et ses soutiens
occidentaux. A l’époque, là où le « souverain primaire » voyait noir,
le « Groupe de Binza » voyait blanc, cautionnant ainsi le monopartisme
comme la « démocratie à la congolaise », le pillage des ressources
nationales comme la « révolution-comparaison ».
Mobutu ne cessait de revendiquer le statut de père de la Nation,  de
sauveur de la patrie, d’unificateur, de pacificateur, de bâtisseur,
etc. Chacun avait pu constater, en 1997, lors de sa chute brutale de
son piédestal, dans quel gouffre profond il avait plongé l’ex-Zaïre.

Cauchemar du
« Retour  ou recours à l’Authenticité »
Lorsque Joseph Kabila exprime le regret de n’avoir pas pu changer le
Congolais, cela donne des sueurs froides à plus d’un nostalgique du «
Retour ou recours à l’Authenticité », décrété par Mobutu en 1971, au
retour d’une longue tournée en Asie, notamment en Chine et Corée du
Nord. Dans le soi-disant souci de redonner au peuple congolais son
identité et sa dignité, il avait décidé de donner au pays ce qu’il
considérait comme son nom d’origine, à savoir Zaïre. Devenu Zaïrois,
les ex-Congolais étaient interdits de porter des prénoms chrétiens
(Joseph, Jacques, Jean, Paul, Pierre), qui les aliénaient mentalement.
La veste et la cravate occidentale étaient abandonnées au profit de
l’abas-cost et de la pochette. Le port du pantalon et des postiches
était interdit aux femmes et filles. Où en est-on aujourd’hui ?
Quand on pense que des « Kabilistes » avaient battu campagne, pendant
un temps relativement long, pour un changement de mentalités… quand on
pense au ministère ayant en charge l’ Initiation à la Nouvelle
Citoyenne », l’on est en droit de se demander si le nouveau Congolais
devrait être « formaté » idéologiquement, intellectuellement ou
socialement. Si l’on veut construire un Congo des valeurs, l’exemple
devrait venir d’en haut. Hors, lorsqu’on observe les antivaleurs
(corruption, concussion, mensonge, détournement des deniers publics,
injustice sociale, criminalisation de l’économie, déficit de
patriotisme, trahison de la patrie, etc), leurs adeptes peuplent les
rangs des gouvernants.
D’où, lorsque le Chef de l’Etat se réjouit d’un paquet d’acquis de
ses 17 ans de gouvernance à la tête de la RDC, le discours ne sonne
pas bien dans les oreilles de ceux qui, nombreux et clochardisés,
pensent qu’il n’a pas répondu à leurs attentes. Nostalgiques de la
colonisation belge et des premières années du mobutisme, ils ne
demandent qu’à tourner la page.                 Kimp