Bestine Kazadi : «La femme doit avoir la liberté de choisir ce qu’elle veut être et non devenir ce qu’on lui impose»

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aminakasadi08C’est depuis des années que la RDC est confrontée à des guerres dans sa partie Est. Et souvent, ce sont les femmes qui en pâtissent. Celles-ci sont victimes de viol, d’atrocités, de mépris qui les déchirent et déséquilibrent la société. Face à cette situation, il y a des femmes qui se lèvent pour dire non. C’est le cas de Bestine Kazadi, poètesse, avocate et présidente de l’ASBL «Socifec » (Société civile féminine congolaise), qui a accordé une interview au Phare, le vendredi 14 mars 2014  à son cabinet, sur les actions qu’elle mène pour la défense des droits de la femme.

Le phare : Votre ASBL plaide la cause de la femme. Qu’est-ce qui fait sa particularité parmi tant d’autres?

Bestine Kazadi : Je ne pense pas que l’on puisse parler de particularité car chacun porte en soi ses idées et ses convictions qu’il transmet. La Socifec met en exergue le combat pour le leadership féminin congolais, parce que nous pensons que la femme congolaise, représentant 53% de la population, est un agent actif de développement qui doit absolument occuper des places de décisions pour véhiculer ses programmes, ses convictions, ses idées. Ce combat lui permettra  de, non seulement participer à la gestion de la republica mais aussi de porter la voix des autres. Pour y parvenir, nous pensons qu’Il faut d’abord commencer par  investir dans la jeune fille parce que c’est la femme de demain.  Et ce, par la formation, la scolarisation, qui sont un tremplin de liberté et d’accessibilité à  l’avenir.

 

L.P.: Dans votre lutte pour les droits des femmes, avez-vous déjà rencontré les victimes des guerres dans notre pays ?

 

B.K.: J’ai été par exemple au Kivu de 2003 à 2005, mandatée par le HCR comme consultante juriste pour vulgariser tous les textes réglementaires, juridiques nationaux qu’internationaux qui mettent en exergue la lutte contre la discrimination  de la femme et la réforme du droit pénal concernant le viol.  Ensemble avec le HCR, nous avons rencontré ces femmes victimes de guerres  dans les camps des déplacés (réfugers). Les conditions dans lesquelles nous avions rencontré nos sœurs étaient difficiles à digérer. C’est vrai qu’il fallait faire le plaidoyer sur les droits des femmes, mais ce n’était pas ça la priorité. Il fallait plutôt les aider à sortir de cette prison mentale du viol afin qu’elles récupèrent une certaine dignité pour faciliter leur réintégration dans la société. Il fallait faire un travail d’écoute, d’échange et de partage. C’est ce qui m’a inspiré l’un de mes livres « infiniment femme ».

L.P.: Qu’exprimez- vous dans ce livre ?

 

B.K.: Ce livre  était pour moi une façon de déposer toutes sortes de sentiments (colère, regrées, désolation) que peut amener la guerre. Il était important que le plaidoyer se fasse sur la visibilité des atrocités, vu que   les femmes du Congo sont restées longtemps dans le silence et dans l’anonymat. A la Socifec, nous pensons que la présence de la  femme est indispensable  dans les discussions sur les négociations et accords des conflits armés, afin qu’elle porte sa voix. Nous sommes convaincus que si les femmes avaient été à Addis-Abeba et à la table des négociations avec tous ces chefs de guerres et tous nos voisins, nous aurions trouvé des solutions beaucoup plus rapides et durables. Comme preuve, il y a le Liberia et le Centrafrique,  2 pays de conflit et de guerre, qui ont choisi des femmes à leur tête et ont restauré la paix.

L.P.: Dans votre tache d’avocate, quelles catégories de personnes défendez-vous ? Avez-vous un penchant pour la femme ?

B.K.: Lorsque j’ai commencé mes études de droit, j’avais l’ambition d’aider les hommes qui avaient commis des délits. Malheureusement, je ne le fais pas trop parce que mon cabinet est ma source de revenus. Et ce n’est pas la défense des opprimés qui nous fait gagner de l’argent, mais plutôt des contrats avec les hommes d’affaires. Mais dans le registre pro deos  où en tant qu’avocats, nous  traitons des dossiers gratuitement, j’essaie d’orienter plutôt des dossiers femmes, surtout ces dernières années sur les viols. Cela grâce à la réforme du Code pénal qui définit maintenant le viol de manière concrète en précisant que toute tentative de viol équivaut à un viol. Aujourd’hui, le viol est qualifié de crime contre l’humanité et assorti d’une servitude pénale importante. Et dans ladite réforme, l’âge des victimes a été revu à la hausse jusqu’à 18 ans et toutes relations sexuelles d’une fille en-dessous de 18 équivaut à un viol.

L.P.: Avez-vous rencontré des difficultés tout au long de votre parcours ?

B.K.: Bien sûr! La vie est un combat pour chacun. Tous nous rencontrons des difficultés chacun à son niveau. Seulement, au fur et à mesure que nous évoluons dans le travail, au fil des années, on acquiert de l’expérience et une certaine notoriété qui nous aident et font en sorte que les difficultés rencontrées  n’aient plus la même importance et la même ampleur qu’à nos débuts. Mais pour mener ce combat et surmonter toutes ces difficultés, il faut que votre discours, votre combat soit le reflet de votre propre vie. La vie est un choix et il ne faut jamais en avoir peur. Une raison de plus pour que la femme se batte pour sa liberté afin qu’elle soit ce qu’elle veut être et non ce qu’on lui impose de devenir.

L.P.: Du 3 au 4 mars dernier,  Kinshasa a abrité le deuxième forum des femmes de l’espace francophone. Que gagne la RDC dans cette participation ?

B.K.: Notre pays gagne beaucoup en termes de pays phare. Nous devons tout d’abord savoir que ce forum est né sous l’initiative de la ministre française chargée de la francophonie, Yamina Benguigui, qui a été inspirée lors de son passage dans l’Est de la RDC à la tenue du sommet de la francophonie à Kinshasa. C’est donc à cette occasion, qu’elle estimera qu’il était important de faire quelque chose pour les femmes de la RDC et de tout l’espace francophone. Et elle a fait un plaidoyer auprès du président français, François Hollande, pour marquer la place de la femme dans l’espace francophone. Ainsi, le premier forum a eu lieu en France, à Paris avec  d’environ 300 femmes. Ce forum est vraiment un réseau des femmes unies autour d’un même combat qui est l’autonomisation de la femme. La RDC a donc beaucoup à gagner.

 Myriam IRAGI et Perside DIAWAKU  

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