Bernard Katompa préconise un leadership responsable, fort, visionnaire… pour sauver le Congo

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Leader et acteur politique congolais résidant présentement en Afrique du Sud, Bernard Katompa s’est livré, mercredi 22 janvier dernier à partir de Johannesburg, à Canal Kin Télévision dans le cadre de son émission « 60 minutes ». Le Congo, à l’en croire, est un terrain vide, un pays avec un leadership faible et des institutions tout aussi faibles. Raison pour laquelle des gens en profitent à travers le monde pour y faire n’importe quoi. Il préconise ainsi l’arrivée aux commandes d’un leadership responsable, visionnaire, inspirant, honnête, dévoué à la cause du Congolais ; un leadership qui vient en politique pour servir le peuple et consentir des sacrifices afin que celui-ci recouvre sa dignité et regagne le concert des nations. Et de noter que les Congolais, premiers responsables de leur sort et destin, doivent dorénavant prendre la décision de cesser de se plaindre et d’être prêts pour des actions à même d’apporter des solutions à leurs problèmes.

Gestionnaire d’entreprise chevronné avec à son actif un palmarès très riche, Bernard Katompa est actuellement leader civique et opérateur économique. PDG de la compagnie financière Liberty Africa, il a été également Vice-Président de la Compagnie de manganèse de BHP Billiton où il a commencé comme Auditeur principal en 1992, à Johannesburg (Afrique du Sud). Il a dirigé les opérations minières en Afrique, Amérique du Nord, Amérique latine, Australie et en Europe.

Bardé de plusieurs diplômes dont le diplôme avancé en gestion des entreprises de l’université d’Harvard à Boston (USA), Bernard Katompa est polyglotte. En plus du tshiluba, swahili et lingala, il parle correctement le français et l’anglais. Il parle aussi un peu d’espagnol et de portugais.

Ci-dessous, les propos recueillis et retranscrits par Moïse Musangana (Correspondance particulière)

Quelle lecture faites-vous de la situation du Congo, qui est la risée de tous, sur les plans tant social, économique que politique ? Et pensez-vous qu’il y a lieu d’en sortir ?

J’ai des larmes aux yeux en parlant du Congo. Nous avons un paradis que Dieu nous a donné, un paradis qui devrait faire de nous un peuple fier, heureux, content et avec un esprit patriotique très élevé. Mais, nous vivons en réalité un paradoxe humiliant qui fait qu’en dépit de tout ce que nous avons comme ressources, nous avons la population qui vit dans la pauvreté la plus honteuse : près de 70 % des Congolais sont en dessous de la ligne de pauvreté au moment où notre pays est assis sur 24 mille milliards USD de ressources. Nous avons de l’eau partout, mais notre population n’a pas d’eau potable. Nous avons un pays très vaste, mais nous n’avons que 2800 km de routes asphaltées. Au niveau de la santé, nous avons 10 000 malades pour un médecin et 8 lits d’hôpital pour 10 000 malades au moment où nous avons des médecins congolais partout dans le monde qui donnent des services et qui sont appréciés. Quant à l’éducation, c’est un secteur qui est au plus bas. Nous formons de gens qui, non seulement, ne peuvent pas trouver du travail – parce que le travail n’existe pas – mais qui n’ont pas non plus de capacité pour pouvoir répondre aux besoins de notre économie et de notre société. (…)

L’on avait pensé que le problème du Congo c’était la dictature de Mobutu. Mais, 17 ans après la chute et la mort du Maréchal, le pays n’est toujours nulle part. Où se situe fondamentalement le problème?

Mobutu a dirigé le Congo pendant 32 ans et il est parti il y a 17 ans. Dix-sept ans, c’est plus de la moitié du temps que Mobutu a passé au pouvoir. Les choses sont telles que l’après Mobutu est semblable au temps de Mobutu. (…) Le problème se situe au niveau de la population, l’opposition et la société civile, ainsi que la classe dirigeante.

La population se caractérise par une adaptabilité inédite. Elle ne connaît ni ses droits ni ses devoirs. De 3 repas par jour, elle en est réduite aujourd’hui à manger à tour de rôle. Ce sont des choses qui n’existent pas dans d’autres pays et qui ne peuvent pas être acceptées. Juste le changement du prix d’un pain peut être à la base des remous sociaux, obligeant les gouvernements à rendre compte. Au Congo, le peuple s’est adapté à cette situation-là (…).

L’opposition et la société civile sont justement les groupes qui pouvaient aider le peuple à canaliser ses efforts, à être éduqué, à comprendre les choses, à savoir quand demander des comptes, comment agir et se chercher des leaders qui peuvent avoir le souci de son bien-être. Paradoxalement, ils jouent le même rôle qu’une opposition et une société civile à besoins alimentaires ou besoins de profil. Dans pareille situation, l’intérêt du peuple ne passe pas en premier.

Les dirigeants ne sont pas là pour le peuple. Leurs priorités sont ailleurs. Ce qui est important, c’est comment je vais être là et je vais y rester.

Le problème du Congo, ce n’est pas aussi la mainmise des grandes puissances occidentales pour nous maintenir au même point, sinon nous affaiblir davantage, afin de disposer à leur guise de nos richesses. La guerre qui a été imposée au Congo dans sa partie orientale n’entre-t-elle pas dans le cadre de cette stratégie ?

Le Congo n’est pas le seul pays riche au monde. Tous les pays riches ne sont pas dans l’instabilité. La RDC est considérée comme un terrain vide, un pays avec un leadership faible, sans dirigeants, ni législations et, quand bien même celles-ci existent, elles ne sont ni renforcées ni appliquées. Les gens en profitent ainsi pour faire n’importe quoi.

Est-il besoin de rappeler que c’est la guerre de l’Est qui a mis l’administration actuelle au pouvoir et l’y maintient ? (…) Avec un leadership efficace et avec des institutions fortes et stables dirigées par des personnes compétentes, la situation du Congo va changer.

Tout le monde sait que le Congo a été victime d’une agression de la part du Rwanda et de l’Ouganda et qu’il a fallu que la communauté internationale hausse le ton pour y mettre fin en éliminant le M23.

Tout le monde sait que le M23 a été soutenu par le Rwanda et l’Ouganda. Tout le monde sait pertinemment bien aussi que les personnes qui ont fait partie du M23 sont comptées parmi celles qui avaient en son temps installé l’administration actuelle au pouvoir. Ce n’est pas un secret qu’avant son avènement au pouvoir, l’administration actuelle a été soutenue par le Rwanda. Ce n’est pas non plus un secret que le M23 a de gens qui ont contribué à la prise du pouvoir par LD Kabila au moment où Mobutu était déjà très malade.

Le Congo est un scandale géologique, hydrographique et énergétique, agricole, forestier, en biodiversité et touristique, mais il fait paradoxalement la queue des nations en termes d’indices de développement humain. Avez-vous l’impression que le Congo est sur la rampe du développement et que le pari de l’émergence pourrait être gagné vers les années 2030 comme le pense le gouvernement ?

Le gouvernement congolais doit avoir un peu de gêne. Ce que le peuple congolais cherche aujourd’hui c’est la nourriture sur la table. Ce n’est pas les maquettes des buildings qui font l’émergence ou son bien-être. Le minimum pour le peuple congolais, c’est d’avoir la nourriture et de recouvrer sa dignité. La croissance de 8,3 % du PIB dont il se prévaut ne se transmet pas dans l’amélioration des conditions de vie du Congolais. Celui qui souffre au Congo depuis des années continue à souffrir. (…) Le pays est assis sur 24 000 milliards USD de ressources, compte 80 millions ha de terres arables, mais 70 % de sa population se trouvent en dessous de la ligne de pauvreté et continuent à importer de la farine des pays voisins ! C’est ridicule que les Congolais se trouvent prisonniers dans les hôpitaux chez eux pour n’avoir pas payé les frais et qu’il y ait des épouses de gouverneurs de province et d’autres officiels pour les délivrer. (…)

Un des fléaux du Congo sous lequel le pays ploie, c’est la corruption. Comment mettre fin à ce phénomène qui gangrène tous les secteurs de la vie nationale, particulièrement le secteur minier, pourtant un des secteurs porteurs ?

La corruption (…) peut être combattue. Elle existe pour deux causes principales : l’impunité qui ne permet pas l’application des législations et la pression sociale et financière dans laquelle les gens se trouvent. Si la sanction est réhabilitée, la pression socio-financière allégée, elle va être diminuée et éliminée. (…)

Tout au long de votre carrière, vous n’avez jamais eu de projets sur le Congo, pourtant, convoité par tous ?

(…) Je me suis retrouvé dans des projets miniers qui devaient rapporter des milliards au Congo et qui ont été déclinés suite à l’environnement corrompu. On m’exigeait des commissions pour commencer une mine au Congo. Sur base de mes valeurs et de l’éthique des compagnies que je dirigeais, la croix a été mise sur la RDC. (…) Avec Liberty Africa que j’ai fondée moi-même et installée dans 16 pays africains, je ne suis pas allé au Congo pour les mêmes raisons (…).

Des informations font état de la vente à vil prix de certaines mines (10 à 30 millions USD) et leur revente par les acquéreurs à 350 millions USD ou plus. Comment expliquez-vous ce genre de situation ?

Ceux qui sont impliqués dans pareilles transactions voient d’abord leurs poches. La valeur réelle de la chose vendue n’est pas ainsi connue, et même alors on ne s’y attache point. On vend un investissement à sa valeur faciale au moment où sa valeur réelle n’a pas été comprise ou est demeurée tout simplement ignorée. Dans ce contexte, la chose vendue à vil à prix est revendue à très cher, simplement parce que l’acquéreur l’a ramenée à sa valeur réelle avec la possibilité de générer des fonds à travers les bourses étrangères et les placements privés.

Est-ce par ignorance ou par cupidité que nos cadres agissent de la sorte ?

C’est la combinaison de deux. De fois, ils connaissent la valeur, mais ils ne s’y attachent parce que, in fine, il y a une enveloppe. Parfois, ils ne comprennent rien du tout et bradent, par conséquent, la chose.

Que doit être finalement le Congo de demain et en avez-vous quelques idées ? Quel est alors votre projet de société1 ?

Si le Congo est dirigé par un leadership compétent, visionnaire, inspirant, honnête, dévoué à la cause du Congolais, un leadership qui vient en politique pour servir le peuple et consentir des sacrifices afin que celui-ci recouvre sa dignité, il y a lieu de sortir de la situation actuelle. Il n’y a pas que les mines au Congo, il y a aussi l’agriculture. Il faudrait aider les agriculteurs à pouvoir écouler leurs produits, à parvenir à nourrir ceux qui travaillent dans d’autres secteurs. On peut y parvenir en arrangeant les infrastructures, les routes, pour que les choses produites par les fermiers puissent être vendues. De la sorte, ils auront le retour en capital. L’électricité est nécessaire afin de faciliter la naissance de la moyenne entreprise. (…) Point de départ, l’agriculture peut attirer le développement de la petite industrie si l’électricité est rendue possible.

Autre volet  important, c’est l’éducation. Notre système éducatif doit être basé sur les besoins actuels de notre économie et de notre société. On ne peut pas oublier la formation professionnelle et se baser sur la formation des cadres dont les connaissances ne sont pas solides et les qualifications pas attendues par la société. Notre système éducatif doit être réformé.

La santé est très importante. Notre peuple doit avoir des soins élémentaires, de l’eau potable. Quant au domaine minier, il faut mettre en place des réglementations et les renforcer de sorte que ce secteur puisse créer de la valeur pour la communauté congolaise.

 

Pensez-vous, au regard de vos entrées dans le monde, jouer un rôle prépondérant dans le pays ? Lequel ?

(…) Si j’ai ces relations et que je les maintiens, c’est aussi pour prouver à la face du monde que le Congo n’a pas que de gens corrompus, il a aussi de gens qui pensent, qui raisonnent ; les gens qui ont le souci du bien-être de leur peuple, l’intégrité, le sens de l’honnêteté et du moral, ainsi que du respect des biens d’autrui. Je suis animé de la détermination d’aider mes compatriotes, mais jusque-là aucune décision n’est prise.

Comment réaliser ce bien-être sans rôle prépondérant au Congo ? Serez-vous candidat président de la République ?

Tout Congolais qui a des aptitudes de gestion, un leadership requis, des valeurs  attendues pour diriger le pays a le droit de se présenter ou de se déclarer candidat aux présidentielles. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore dit à qui que ce soit que je serai candidat en 2016. Les gens peuvent me prêter des intentions, mais je prendrai la décision au moment opportun.

Vous avez parlé en novembre dernier au Forum for Africa à Johannesburg, vous avez été reçu par beaucoup d’officiels américains, vous avez été même invité à la Convention des démocrates en 2011, vous avez tenu des conférences au Canada, vous accordez des interviews aux grandes télévisions du monde, et partout vous parlez du Congo. N’est-ce pas là une campagne qui ne dit pas son nom au niveau international ?

Le Congo, c’est mon pays. C’est mon souci. Ce que j’ai créé comme valeurs pour mes actionnaires à travers le monde, pour les pays dans lesquels j’ai travaillé (les USA, le Canada, les pays de l’Amérique latine, l’Australie, l’Europe, l’Afrique du Sud, la Guinée Conakry et les autres pays africains avec Liberty) – a fait que tous ces pays ont pu garder un souvenir très vivace et reconnaissant de ce que je leur ai donné. Mais, mon pays n’a pas encore eu ce que je peux donner. (…)

Vous avez sûrement fait du chemin sur le plan international, mais quid à l’intérieur du pays où vous n’êtes pas pratiquement connu?

J’ai passé le temps au Congo dans des milieux où les gens m’ont connu. Ces gens-là peuvent parler de mon enfance, mes études, bref de ma vie jusqu’au moment où j’ai quitté le pays. Ils forment donc un noyau. Vous qui me côtoyez et qui partagez avec moi aujourd’hui, vous savez ce que je vaux. Si ceux qui sont restés au pays ont la chance ce jour de suivre notre entretien, ainsi que bien d’autres que j’ai eus à travers le monde, ils comprendront que j’ai un souci, le souci de laisser un héritage prospère aux présentes et futures générations congolaises.

Est-ce que les grandes puissances comme les Etats-Unis sont-elles prêtes à mettre fin à l’exploitation du Congo, à ne pas lui imposer des dirigeants et l’aider enfin à s’en sortir ?

Le peuple congolais est responsable de son sort et de son destin. La communauté internationale est même prête à l’aider pour avoir des élections libres, transparentes et démocratiques. Elle a le souci de le voir se choisir un dirigeant qui va l’ouvrir au reste du monde afin que les valeurs puissent être créées en son sein (…). Si le Congo peut se choisir un leader qui l’ouvre au monde et qui crée de la valeur pour son peuple, je ne vois pas qui va l’en empêcher.

Allez-vous, dans le cadre de vos ambitions, créer un parti politique ou vous greffer sur une coalition politique pour vous investir ? Quelle idée avez-vous sur les partis politiques et la société civile congolais ?

Les partis politiques ont déçu le peuple congolais. La société civile aussi. Le Congo compte plus de 500 partis politiques. Pensez-vous qu’il puisse y avoir 500 manières d’atteindre l’idéal qu’est l’amour du pays, le bien-être de son peuple ? (…) la question de partis et d’alliances politiques ne se pose pas aujourd’hui. Elle trouvera solution à temps opportun.

Votre mot de la fin

Le Congo n’appartient pas à un individu, encore moins à une famille ou à un groupe. Il nous appartient à nous tous et notre souci doit être celui de voir notre pays recouvrer sa dignité et retrouver le concert des nations. (…) Nous voudrions que les Congolais puissent accepter que l’unité va faire la force, transcender leurs appartenances politiques, religieuses, ethniques, tribales, provinciales, ainsi que tous les autres facteurs séparateurs, et comprendre qu’ils ont un pays qu’ils chérissent, un pays pour lequel ils doivent travailler. (…) Ma demande au peuple congolais est qu’il puisse prendre la décision de cesser de se plaindre et d’être prêt pour des actions à même d’apporter des solutions à nos problèmes. Nous devons faire l’union et celle-ci faisant la force, nous allons réussir.

1 COMMENT

  1. Voila enfin un leader tant attendu par le peuple congolais, un leader capable de sortir son peuple du marasme politique et economique Dans lequel le pays se trouve plonge depuis des generations. Mr Bernard Katompa est l’homme qu’il fait a la place qu’il fait. Et a partir de 2016 Notre peuple pourrait retrouver son sourire si longtemps perdu! Aller de l’avant Mr Katompa, je dirais mieux « Mr le President » nous sommes derriere vous! Que Dieu benisse le Congo

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