Bemba : coup dur

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Plus rien ne sera comme avant et tout porte à croire que le sort de l’ancien vice-président de la République Démocratique du Congo pendant la transition de 1+4 tend à se compliquer davantage au lendemain de la mort de celui qui passait pour son témoin ultime. A l’annonce du décès de ce Ange Félix Patassé, baobab de la vie politique centrafricaine survenu à l’hôpital général de Douala, capitale économique du Cameroun, un froid est tombé dans le camp de Jean-Pierre BEMBA Gombo. La désarroi mêlé à la désolation a élu domicile dans les rangs du Mouvement de Libération du Congo, parti politique fondé par le fils de feu Jeannot BEMBA Saolona depuis 1998 et qui du mouvement politico-militaire s’est mué plus tard en parti politique qui a mis Joseph KABILA en ballottage lors de l’élection présidentielle de 2006 avant de prendre la tête de l’opposition parlementaire dans l’hémicycle de la Commune de Lingwala.

La disparition brusque de cet homme constitue un évènement douloureux non seulement pour sa famille biologique et ses amis politiques dans son pays mais aussi un coup dur pour les avocats de la défense. Ceux-ci sont appelés à redimensionner leurs stratégies de défense par rapport à cette nouvelle donne. Tout d’abord, toute la tactique consistait à demander à la Cour Pénale Internationale de procéder à l’audition d’Ange-Félix PATASSE même en qualité de renseignant dans ce dossier qui déchire la nation congolaise car il menace la liberté des mouvements d’un de ses vaillants fils. Tous les quatre avocats de la défense y étaient abondamment penchés lors du démarrage de ce procès. En arguant que comme la Cour avait écarté la responsabilité pénale personnelle de Jean-Pierre BEMBA pour n’avoir pas dirigé personnellement les troupes sur le terrain de opérations à Bangui entre 2002-2003, il était de bon droit d’entendre sur procès-verbal celui qui était à la tête de la République centrafricaine en qualité de commandant suprême des forces armées régulières engagées dans les opérations de traque contre les rebelles du général François BOZIZE. Aussi curieux que cela puisse paraitre, Luis Moréno OCAMPO,  procureur près la Cour Pénale Internationale avait balayé d’un revers de la main cette demande de la défense et la Cour semble le suivre dans cet argumentaire alors que le droit de la défense est réputé sacré.

On sait aussi que c’est à la demande d’Ange-Félix PATASSE et de la CEMAC que Jean-Pierre BEMBA, alors chef de la rébellion armée menée par le M.L.C. avait envoyé ses troupes pour voler au secours d’un gouvernement légal et légitime car issu des urnes en butte avec une rébellion dirigée par François BOZIZE, ancien chef d’Etat Major de l’armée régulière centrafricaine. Pour la défense, les troupes du MLC avaient été placées sous le haut commandement du gouvernement centrafricain qui avait aussi bénéficié de l’assistance considérable de la Lybie en termes d’appui en armes et munitions de guerre, en soldes pour les militaires engagés dans les opérations sur le terrain. Il est aussi établi que le Guide de la Révolution libyenne  y avait dépêché ses propres   troupes dans les rangs desquelles il y avait de mercenaires venus des pays voisins pour traquer les rebelles venus du Nord du pays et du Tchad.

Faut-il pour autant entonner le « De Profundis » pour Jean-Pierre BEMBA ? Certainement non pour le moment, car la défense dispose d’autres cartouches dans ses manches en comptant probablement sur d’autres témoins capitaux telles que certaines autorités politiques et militaires en fonctions à l’époque des faits, à savoir le premier ministre, le ministre de la défense, le chef d’Etat major général de l’armée régulière centrafricaine, les différents officiers supérieurs, les ministres des finances, de l’Intérieur, des Affaires Etrangères ainsi que le maire de la capitale Bangui et bien d’autres responsables des services de sécurité tant intérieure qu’extérieure. Sans oublier des hauts fonctionnaires de l’Etat dans la mesure où la demande d’assistance militaire à Jean-Pierre BEMBA s’est faite officiellement et des traces administratives existent dans les archives de l’Etat centrafricain. De même, lorsque des bruits des exactions qu’auraient commises les troupes du MLC à Bangui avaient couru avec pertinence, Jean-Pierre BEMBA avait personnellement adressé une lettre à la force onusienne de maintien de la paix en Centrafrique pour lui demander de mener des enquêtes sur les lieux supposés avoir été le champ de ces infractions criminelles et de lui faire rapport pour des sanctions exemplaires en rapport avec les crimes dénoncés.

Une fois les opérations militaires de ratissage terminées à Bangui, Jean-Pierre BEMBA avait organisé à Gemena en RDC un procès en l’encontre de certains de ses hommes reconnus coupables des crimes de guerre et des sanctions avaient été prises à cet effet. Mais c’était sans compter avec le procureur près la Cour Pénale Internationale, le gouvernement de l’ancien rebelle qui avait été à l’origine de l’expédition des troupes du MLC à Bangui et surtout de certaines ONG de défense des droits de l’homme  aux yeux desquels ce sont les troupes de Jean-Pierre BEMBA qui étaient responsables des crimes dans l’un des quartiers de la capitale centrafricaine.

Castro       

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